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LA DAMOISELE A LA MULE
« La terre a vu jadis errer des paladins,
« Malheur à qui faisait le mal !
« Contre le genre humain et devant la nature,
« De l'équité suprême ils tentaient l'aventure... »
La Légende des siècles, XV.
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University of Toronto
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.M S. DE BERNE N° 354, fol. 2b v°
LA
DAMOISELE A LA MULE
(La Mule scui~ Frain)
CONTE EX VERS DU CYCLE ARTHURIEN
PAR
PAÏEN DE MAISIÈRES
NOUVELLE EDITION CRITIQUE
Accompagnée d'une étude philologique, de recherches sur les thèmes compris
dans le conte et d'un index complet des formes
PAR
BOLESLAS ORiOWSKI
Elève titulaire de l'Ecole des Hautes-Etudes
Docteur de l'Université de Paris
AVEC UNE PLANCHE HORS TEXTE
PARIS
LIBRAIRIE ANCIENNE H. CHAMPION, ÉDITEUR
5, QUAI MALAQUAIS, 5
I^I I
FES 1 r
Il 153
HOMMAGE
A L'UNIVERSITÉ DE LÉOPOL
POUR SON 2)O e ANNIVERSAIRE
AVERTISSEMENT
» Et se aucuns demandoit por quoi cist
livres est escri^ en romans seîonc le langage
des 'François... y je àiroie que ce est por deus
raisons : l'une, car nos souies en France, et
l'autre por ce que la parleùre est Jelitable et
plus commune a toutes gens. »
Brunetto Latixo, Li livres dou Trésor.
Dans le prologue de son roman Païen de Maisières insiste sur
l'idée que la valeur des choses d'esprit s'accroît avec le temps, une
morale pour les rimenrs (médiocres) s'en suit : il faut être tenace
dans son travail et savoir attendre patiemment le moment où
l'œuvre aura la chance de plaire. Notre auteur, pour son compte,
ne s'y est pas trompé. Ses contemporains ne paraissent pas avoir
apprécié hautement le poème. Petit et petit l'intérêt allait en crois-
sant. Les érudits du XVI e siècle le respectaient presque comme un
auteur classique \ au XVIII e et au commencement du XIX e siècle,
on lui trouvait le même piquant que celui qui attirait les collection-
neurs îles fabliaux. Mais c'est de nos jours que notre trouvère
semble atteindre le maximum de renom.
Deux philologues venant de deux endroits éloignés du monde,
l'un des marches de la Pologne, l'autre du sud de ïlllal de Con-
nccl iciil , se sont mis et l'œuvre et peu près en même temps, ignorant
i. Voir, pour plus de détails, plus loin p. 143.
VIII AVERTISSEMENT
tous deux leur entreprise, f } ai appris aussi que deux savants éprouvés
sont proposé cette édition, et qui sait s'il n'y a pus d'autres con-
currents désagréablement surpris pur f apparition de l'édition de
M. Hill ' ou de lu mienne.
Bien que cela puisse paraître étonnant, il faut que je parle ici de
la légitimité de mou édition, pour dissiper les doutes de ceux qui
pourraient encore en avoir. La première réflexion sur le droit que
[avais de l'entreprendre s'est présentée et moi quand, étant déjà fort
avancé dans mon travail, j'ai lu la note par laquelle G. Paris et
M. H'. Foerster annonçaient dans le tome XXV de la Romania,
un recueil de textes qui devait comprendre entre autres La mule
sans frein 2 . Tout en regrettant qu'un de ces deux maîtres
de la critique de textes n'ait pas exécuté son projet, je me suis
dit alors qu'abandonner mou entreprise signifierait que Ton s'est
trompé sur T utilité de pareilles annonces. Elles servent en effet
très bien èi diviser la tâche actuelle entre divers travailleurs qui
n'ont pas de rapports entre eux, mais si ou eu tenait compte après qua-
torze ans écoulés, elles auraient comme résultat d'arrêter plutôt le
progrès de notre science que de l'activer. J'ai décidé donc de continuer
le travail, en me rappelant aussi qu'une édition du Chevalier a
l'espee promise également dans cette noie par G. Paris et
M. Foerster, a été depuis ce moment publiée par M. Armslrong.
Néanmoins, pour éviter à moi-même et à d'autres un travail inu-
tile, (ai demandé l'insertion d'une notice sur mou édition à la
Romania, M. Hill n'a pas pu en tenir compte, et pour cause, la
notice n'a pas paru... Je peux encore ajouter pour me justifier que,
selon les informations que f ai recueillies avant d'aborder ce travail,
personne en France ne s'occupait de ce sujet.
La copie du manuscrit (que j'ai trouvé après des recherches dans
les papiers de Lacurne de Saint e-Palaye) était prise depuis le mois
de juin jcjio, une grande partie du travail — particulièrement
l'étude littéraire et le lexique — était achevée, quand le / cr mars iyii
:. La Mule miii; frain, an Arthurian romance. Baltimore, 191 1.
2. P. } 12 (août 1896;.
AVERTISSEMENT IX
les maîtres de philologie romane à Paris trouvèrent dans leur
courrier une enveloppe dans laquelle M. Thompson Hill leur
envoyait une brochure, sa thèse de Doctoral de VUniversité de Yale,
portant le titre : La mule sanz frain. An arthurian romance.
etc....
Fallait-il renoncer à la publication Je mon ouvrage, ou bien en
donner seulement les parties qui n'étaient pas contenues clans la dis-
sertation de M. Hill ? Différentes raisons m'ont décidé +k publici-
té livre tel qu'il était projeté : une édition de texte complète. D'abord
le sujet étant accepté par la Faculté de Paris et inscrit pour
l'exercice de l'année 1910-11, il était trop tard pour le
retirer. Ensuite, en lisant Texcellent et méritoire travail de
M. Thompson Hill, je me suis aperçu en combien de points mes
résultats différent des siens, sans parler des questions sur lesquelles
les recherches du philologue américain n'ont pas porté. M. Hill.
avec lequel depuis des rapports amicaux m'unissent, promettait de
compléter ce qui manquait dans sa thèse, il se résigna néanmoins
et voir paraître mon travail avant le sien. Je lui souhaite, s'il
persiste dans l'idée de poursuivre cette élude, des trouvailles plus
heureuses et des résultats plus surs que ne le sont les miens. Et ceci
pour le profit de la discipline dont nous portons tous deux la
bannière.
Il me semble qu'à l'heure présente où les études de philologie
romane prennent de plus eu plus d'extension et puisqu'un service
d'information n'est pas organisé, le principe qui défendait et d'autres
d'entreprendre des travaux que quelqu'un a annoncés, devra perdre
de sa valeur. D'ailleurs dans le cas présent — j'ose le dire — la
philologie ne fait que gagner. Les romanistes pourront désormais
choisir entre les deux textes établis d'après des procédés tant soit
peu différents et donner la préférence aux leçons qui leur convien-
dront. Mais, j'ai déjà dit que l'historien delà littérature trouvera
dans ce livre des parties nouvelles. En s* fondant sur une étude de
littérature comparée, nousjttvons donné l'explication du cadre du récit
pour lequel nous avons reconnu le thème de La sœur déshéritée.
en laissant à d'autres le sont d'en glaner les variantes dans les
littératures. De plus, chaque sujet qui compose le récit de la Damoi-
PQ
15 bl
,P\2>
X \\ ERTISSEMENT
solo a la Mule 1 a été étudié, et ainsi s'est [orme un recueil de
petites monographies des sujets merveilleux et fabuleux du cycle
arthurien. Particulièrement le château féé et tournant et le jeu
parti du coup de la hache mit fait l'objet de notre attention. Je
concède que ces micrographies pour être des contributions sérieuses
à l'histoire des motifs littéraires, auraient pu être plus documen-
tées et plus développées, elles le seront peut-être un jour. L'amateur
de la littérature moyenâgeuse trouvera dans les chapitres littéraires
de cette Introduction, que certains diront par trop étendue peut-
être, des renseignements sur différentes questions 4t*Hachanl à
T étude du cycle de la Table Ronde. Il trouvera aussi dans les
quelques pages parlant de Tailleur, un essai de représenter comment
ces trouvères se mettaient à T œuvre et comment ils formaient leur
style. Il me semble qu'on a jeté un peu de lumière sur la psycho-
logie de cette production littéraire presque anonyme, tant elle est
impersonnelle. Dans cette partie du travail pour plus de clarté
nous avons procédé d'après le conseil qu'a donné M. Tobler en
citant dans la Préface à sa Versification les mots de M. Jour-
dain : « Vous entende^ cela, et vous save% le latin sans doute ». —
« Oui, mais faites, comme si je ne le savais pas : expliquez-moi ce
que cela veut dire » 2 . Nous ne craignons pas les reproches de ce
côté.
Au moment où je vois devant moi les épreuves définitives de ce
livre, ma pensée se dirige avec gratitude vers ceux qui ont été mes
guides bienveillants dans mon apprentissage de philologue, d'abord
à mou cher maître M. E. Poreboiuic^, professeur et la Faculté de
Léopol (LiL'oiu), qui m'a initié à ces études. Puissé-je par des tra-
vaux plus importants contribuer èi la continuation de cette œuvre
dont il est le champion en Pologne.
Je remercie ensuite les professeurs français qui m'ont accueilli à
Paris avec leur bonne grâce habituelle et qui, désormais, sont
devenus mes chers maîtres. Tout en me laissant une pleine indépen-
i. On trouvera plus loin (p. 138) l'exposé des raisons qui nous ont amené à
publier le roman sous ce titre qui est le seul exact. Le principe de conserva-
tion nous a semblé mal appliqué quand il s'agissait d'une erreur à rectifier.
2. Bourgeois gentilhomme, acte II, scène 4.
AVERTISSEMENT XI
dance d'opinion, dont je leur sais particulièrement gré, ils m'ont
souvent éclairé par leurs sages conseils. M. Joseph Bédier, profes-
seur au Collège de France, a exercé sur moi sa puissante faculté
d'encouragement dont sa personnalité rayonne. M. Mario Roques,
mon directeur à l'Ecole des Hautes Etudes, a eu la patience de
suivre mes recherches préparatoires. M. A. Thomas, de l'Institut .
en examinant le manuscrit de la thèse en caractère de titulaire de
la chaire à la Sorbonne, a bien voulu discuter avec moi magistrale-
ment plusieurs points du texte et de T étude linguistique.
MM. Gaido^, Jeanroy, Vendryès, de même Miss J. West on
et Miss G. Schoeperle, ont eu l'amabilité de s'intéresser èi
mes recherches. Je suis très reconnaissant à mes camarades
MM. L. Hogu et P. Tujjrau, agrégés des lettres qui ont lu
avec moi le manuscrit de la première partie. M. de Mùhlinen,
directeur de la Bibliothèque de Berne, m'a facilité le travail,
en me communiquant le manuscrit èi Paris sur les démarches de
MM. les Ministres de f Instruction publique et des affaires étran-
gères.
Le ministère autrichien de l'Instruction publique et des Cultes
nia fait l'honneur de m' accorder à deux reprises, sur la proposition
de l'Université de Léopol, une bourse dont il dispose pour cou-
vrir une partie des frais d'études des membres de T enseignement
secondaire.
Voilà les éléments de ce livre.
Viroflay, près Versailles, en été 191 1 .
PREMIERE PARTIE
CHAPITRE I
Le manuscrit et la langue du poème
LE MANUSCRIT
La Dctmoisele a la Mule nous est conservée dans un seul
manuscrit : celui de la Bibliothèque de Bongars à Berne
(Xr. 354), manuscrit bien connu qui contient aussi le
Perceval de Chrétien, la Folie Tristan, les Sept Sages de Rome.
M. Armstrong dans son édition du Chevalier a l'espee l a
raconté les aventures de ce manuscrit. Au commencement
du xix e siècle on l'a cru perdu ; en effet il a été volé et racheté
seulement en 1836 par la Bongarsiana pour la somme de
1.000 francs 2 . Méon qui voulait insérer le petit roman sous
le titre La Mule sans frein dans son recueil des Fabliaux et
Contes, n'a pas pu consulter le manuscrit de Berne. On l'a
fait venir pour lui, mais il disparut en 1809 du cabinet du
Duc d'Otrante, ministre de l'Intérieur. Méon se servit alors
d'une copie du xvm e siècle faite pour Lacurne de Sainte-
Palaye 3 et collationnée parce savant 4 .
La copie est conservée à la Bibliothèque Nationale ! et elle
nous a servi de point de départ dans la recherche du manus-
crit. Fidèle et soignée, elle est supérieure à l'édition de Méon
qui, en apportant de prétendues améliorations, s'éloigne trop
1. p. 37.
2. Cf. Jubinal, Rapport à Monsieur le Ministre..., p. 15, 16 et 19., et surtout
Lettre au Directeur de V Artiste.
3. On peut le conclure de l'introduction à son Xouveau Recueil de Fabliaux et
Contes inédits, Paris, 1823.
4. Vivait entre 1697 et 1781.
5. Fonds Moreau 1720.
LA DAMOISELE A LA MULE
souvent sans raison valable du manuscrit. (Test ainsi que l'ar-
ticle lo lui déplaisait, il le remplace dans quelques endroits
par le, tout en laissant subsister lou\ l'éditeur ne semble pas
comprendre la fonction du cas régime: il corrige frainc en
frains (vv. 292, 371). Pour rapprocher le texte du français mo-
derne, il corrige suen en sien, il remplace Ye du ms. par ai dans
les futurs, il suit Lacurne en imprimant aura, saura, de même
il laisse subsister le signe graphique x pour us. Avec Lacurne
il écrit moult pour l'abréviation mît, quoique le ms. donne
aussi la forme moût. Parmi ses conjectures il y en a de
bonnes p. e. si pour si de la copie au v. 23, bestes pour
beste (v. 139), paor pour puor (v. 186), /// les pour /// iest
(v. 528), en^en pour en\ en\(y. 559).
Le manuscrit lui-même est de la fin du XIII e siècle ou du
commencement du XIV e ', il est assez correct et l'écriture en
est soignée. Les lacunes existaient évidemment dans le texte
que le scribe copiait ; au vers 870 il s'en est rendu compte,
et laissa l'espace d'une ligne libre.
Les abréviations ne présentent aucune difficulté, nous
avons résolu a en us, puisque pour ces copistes ce n'était
qu'un signe graphique et non pas un caractère alphabétique,
ceci facilitera la lecture, en rapprochant la forme écrite du
son : l'écriture de cette époque était très phonétique. Le
manuscrit donne promiscue q et qu, c'est cette dernière
forme, plus répandue, que nous avons choisie.
Le scribe n'observe aucune orthographe, il écrit les mots
de différentes façons, il conserve de préférence e devant une
nasale, la nasale devant une labiale est écrite //, la nasalisa-
tion est souvent exprimée par redoublement de consonne.
Le produit de ^+ nasale 4- a est écrit d'une façon variée ;
les graphies moinne (v. 72), amoinne (v. 990), ne trompe-
ront personne sur la valeur du son, d'autant plus qu'on trouve
à coté d'elles maine, et que ces graphies sont mêlées en rime :
paiiinc : moinne (v. 71). Cette graphie rationnelle seulement
\. Hagen, Catalogus, p. 338. G. Paris, Romania, t. XXIX, p. 595,
LE MANUSCRIT
pour ein < c -h n, en montrant la difficulté qu'éprouvait le
copiste à distinguer les sons [wen] et [ £ ïn], prouve aussi que
oi devait se prononcer à l'époque du copiste [ws] même
devant une nasale \
La langue du scribe — champenoise — a été étu-
diée par M. Armstrong 2 et nous ne reprendrons pas ce tra-
vail. Il est très heureux que la langue de l'auteur et celle du
copiste soient à peu près homogènes.
i. Voyez Rossmann, Fran^ôsisches oi, p. 167. G. Paris, Romania, XI, p. 607-
608.
2. Le Chevalier à l'épée.
LA LANGUE DE L'AUTEUR
PHONÉTIQUE
Voyelles
A. Voyelles orales.
I i. i produit de ë influencé par une palatale suivante
rime avec un i -+- palatale : respit : e outre dit, v. 87.
^ 2. e a) e provenant de a latin rime avec e de e qui cepen-
dant ne pouvait pas avoir un son ouvert \ pleut é :De\. 623.
Cet e avait dans les suffixes -are, -ate, -atis, -atu une
valeur spéciale comme ces e ne riment qu'entre eux. — Sur
cruel (< crudalis) : el (< alid), voyez Foerster, Chevalier as
.II. espees, p. xxxvi. Ztschr.f. Roui. Phil., t. III, p. 565. Meyer-
Lùb^ke, Grammatik, t. II, § 356.
fi) e < fltë rime deux fois avec e < ë : querre : terre, vv. 499,
775, 817, 981, 5mr : querre, v. 527.
y) g de provenance germanique (< i ou r) a un son ouvert,
car il rime avec e < ë \at\n Jel : Marcel, v. 509, terre .-guerre,
v. 741.
B) 6' <.(' entr. rime avec < ï entr. chevestre : eslre, v. 43.
b) Notons encore que : ne rime jamais avec *>.
^ et e sont distincts
* 3. a Pour 0/iVtt > âge nous avons la rime rage : langage,
v. 1029.
LA LANGUE DU POLME
) 4. o x) provenant de Ô est toujours distinct de < d
&) dans la terminaison 6>r, ouvert est distinct de Yo fermé.
Il est ouvert : v. 173, 263, fermé : v. 141, 185, 211, 275, 415.
y) or se trouve pour 0#r, il rime avec or de la même pro-
venance corent : anormt, v. 67.
8) < « germanique sonne fermé, il rime avec < ô latin
mtor: w/or, v. 529.
s) ûftt a un son ouvert, < au : < o c/05 : ^ro5, v. 433,
0$fe (« hôte ») : oste (« ôte »), v. 573.
B. Voyelles nasales.
I 5. i + n ne rime qu'avec z 4- ;/ (3 fois), la nasalisation
était donc déjà sensible.
§6. en et an se trouvent couramment mêlés (17 fois).
~ 7. o nasal n'est jamais en rime avec un oral. La nasali-
sation entraîne la fermeture de Yo : u -f- n : + //, m/// :
amont, vv. 53, 879, 106 1.
C. Diphtongues.
§ 8. ie provient dans notre texte d'un e, de a précédé d'une
palatale, de -aria et -eriu. Il ne rime jamais aveetf. La nasale
mouillée qui suit peut rendre les sons moins distincts, ie h- n
et e -+- //' riment, praigm : aviegne, v. 581.
j 9. ai Le texte donne indistinctement la graphie aiete,
aussi bien pour 0*' <Ca-hi (vv. 309, 371, 843) que pour a*
<Oz + r/ (v. 93, 323).
<// rime avec g entravé, v. 187, //£rtr£ : estre.
ai -f- /' ne riment qu'entre eux (7 fois).
: 10. oi < au h- i rime avec 01 < ë ; joie : avroie, v. 81.
0* < « -h pal. rime avec oi < ë t mois : bois, v. 143 ;
0/ a donc probablement un son fermé.
11. ou, perillouse : tenebrose v. 17. Selon Metzke (Der
10 LA DAMOISELE A LA MULE
Didier! von Ile-de-France y itn XIII u. XIV Jrh. } p. 29), ou est
admis eti francien jusqu'à 1500 à côté de eu ; le vers 254
donne périlleuse.
12. eu provenant de à rime avec eu<ô, angoisseus :
jeus, v. 525, locus donne leu, v. 881, leus, 853.
§13. iau champenois et picard se rencontre viaus, v. 625,
duel donne c. s. diaus, v. 626.
§ 14. au < a -h / ne rime jamais avec au ni avec d'une
autre provenance.
15. ui d'origine latine rime avec ui provenant de -h pal.
posttonique, lui : annui, v. 456.
Consonnes
16. z ne rime qu'avec lui-même dans 30 cas, cependant
<//~ rime avec hardi, v. 523 (voyez là-dessus la Morpho-
logie.)
17. n' rime avec n' deux fois contre un exemple de la
rime ri : n, ovraingne : painne, v. 1025.
§ 18. r ne rime qu'avec /', la graphie est parfois / seul.
19. I après voyelle est vocalisé, v. 411, 625.
§ 20. Les palatales [ts] et [dz] sont distinctes, il faut remar-
quer seulement large : barge, v. 235 \ rage : arrache, v. 681,
mais rage : langage, v. 1029. Chez Chrétien on trouve un
exemple de cette particularité : sache : damage. Erec, v. 1000.
21. s devant /. 21 rimes pures, dans deux cas la graphie
révèle la valeur affaiblie de cet s (aspiration peut-être) ait :
dut, v. 307, for est : recet, v. 359.
2 22. s sonore et s sourd ne riment jamais, le suffixe
-///// dans servise avait une s sonore, le mot rime avec devise.
^23. Labiales, mb, jante pour jambe en rime avec dame,
v. 152, se trouve aussi bien en champenois qu'en francien:
1. La même rime, Cligès, 183, 184, cf. aussi Cligès, 6695, barges: targes,
LA LANGUE DU POEME 1 I
chez Chrétien, Cligès, v. 6049, Ërec, v. 2400, Lancelot, v. 16,
et jeune : fa nie chez Rutebuef, La Compl. Rust. Bartsch. Langue
et I il 1er. française, col. 444, v. 26. La rime est par conséquent
conventionnelle.
j 24. Dentales. Je ne trouve pas d'explication de la rime
autre : faudre (verbe), v. 799. Le sens permet de changer en
fautre, on obtient alors une rime très fréquente : autre :
l'antre (« appui de lance »), Eree, v. 5767, Ivain, v. 6083,
Méraugis, v. 295, v. 5684, e. a.
MORPHOLOGIE
Déclinaison.
L'auteur a observé assez exactement le système de la décli-
naison à deux cas. Cas sujet avec -s : domages v. 923, Au
pluriel c. s. H vent v. 202 c. r. avec la désinence : estres
v. 33, sarpen~ v. 182, jens v. 324, etc. Les formes sire et
saignor sont soigneusement distinguées (voir le Lexique).
Un exemple de confusion entre les deux formes est offert
par les rimes 513 et 514 Ganvains c. s. : vilain c. r. ; notons
aussi la rime di% : hardi c. r. (v. 523), où la phonétique de
l'auteur exigerait la forme hardi^(cf.§ 16).
La terminaison féminine pour les substantifs et pour les
adjectifs est exigée par la mesure du vers.
La flexion des adjectifs est aussi normale : nus c. s. v. 394,
saifisc. s. v. 602, ver nul c. r. v. 749.
Le pronom personnel de la 3 e pers. niascnl. présente en pluriel
la forme sans -s (v. 59, 60). Pour le féminin la forme atone
ef inconnue à Chrétien ', est attestée dans notre roman au
moins deux fois (vv. 986, 1069, cf. aussi vv. 70, 102).
Le pronom relatif : lequel ne se rencontre selon M. Brunot
1. Foerster, Karrenritter, p. 421. N, v. 6416.
12 LA DAMOISELE A LA MULE
dans les écrits originaux qu'au xm c siècle, au xn c il servait
seulement aux tiadueteurs ', Oïlouquel est connu par Païen
(w. 569, 581).
Le verbe.
Nous trouvons l'infinitif querre vv. 50, 75 c. a; fine 3 e prés.
finee part. p. (vv. 264 et 1136) semblent indiquer un type
finer.
La i re pers. de Findic. prés, ne prend pas de désinence-^
(cont v. 937) ni -s (soi v. 984). Voloir a une forme champe-
noise pour la 2 e pers. viaus v. 625. La forme moinne, champe-
noise pourtant, n'est que graphique. Aler, 3 e prés, va, est
seul attesté par la rime, v. 492, abevrer a un prés, étymolo-
gique : aboivre.
Il n'y a pas d'exemple de la i re pers. plur. Veoir forme la
2 e plur. étvmologique vec\ v. 75. Dans la 3 e plur. plier donne
aussi une forme normale ploient vv. 150 et 1050, à côté d'une
forme analogique plient v. 367.
Au subjonctif les rimes révèlent les formes anciennes
3 e pers. : die, tiegne, viegne, pcist 2 .
A l' impératif relevons manjuev. 571.
Imparfait. La forme venot v. 1069, est à écarter, l'impf. nor-
mand en -ot se trouvant seulement dans la i re conjugaison 3 .
Du reste venait est attesté à la rime vv. 41, 1063, 1070.
Remarquez pleioit v. 418, issir forme issoientx. 1024.
Futur. Aiderai rime avec rendre. Paien emploie les formes
en -oie à côté de celles en -ai (é) seroie v. 87, ravroie v. 88, feroie
v. 91, bailleroie v. 92. Pour être les seules formes à la rime
sont serai et seroie, mais iert et ert sont attestés par la mesure
du vers vv. 106, 859.
Parfait. Connaître, connui v. 929, ne prend pas de désinence.
1. Histoire de la langue française, t. I, p. 339.
2. Voyez pour lus renvois les articles correspondants du Lexique.
3. M. Th. Hill a déjà fait cette correction.
LA LANGUE DU POEME 13
Après avoir dresse ce catalogue de faits linguistiques, il
reste à l'interpréter. Quelle est la langue de l'auteur, quel est
son pays, quelle est la date de son oeuvre ? C'est à ces ques-
tions qu'il nous faut répondre. Disons d'abord qu'il est très
difficile de tirer des conclusions de l'étude phonétique et
morphologique de ce petit nombre de rimes qui sont offertes
par le poème, étant donné surtout que beaucoup de ces rimes
sont formées par les mêmes formes grammaticales. Les
faits donnés par l'examen de la structure intérieure du vers,
sont aussi peu instructifs. Il ne faut pas attendre beaucoup
à ce double point de vue de l'étude de la syntaxe.
D'ailleurs la petite étendue du poème n'est pas la seule
cause des difficultés que nous rencontrons, en voulant tirer
quelques conclusions de notre examen minutieux de la
langue. On sait combien de fois on se heurte dans des
recherches pareilles à des difficultés d'ordre méthodique, au
manque de données bien établies, aussi bien en chronologie
linguistique, qu'en dialectologie. Hâtons-nous de dire que
nous ne nous attacherons pas à découvrir, coûte que coûte,
le pays d'origine de l'auteur. Nous ne voulons pas le faire.
non seulement parce qu'une classification complète et rigou-
reuse des dialectes de la France du moyen-âge nous
manque, mais aussi parce que nous croyons que « toute défi-
nition du dialecte est unedefinitio nominis et non une defi-
nitio rei x ». Nous nous proposons donc seulement, en consi-
dérant des traits régionaux, d'exclure certaines parties de la
France qui. selon toute probabilité, ne pouvaient pas être la
patrie de notre auteur.
Les faits que ~ et s, ic et t sont distincts, que en et an sont
1. P. Mcyer, Remania, IV. p. 294 et 295,
14 LA DAMOISELE A LA MULE
confondus, excluent le normand, il n'y a pas de traits picards
dans le traitement de la palatale. Pour une délimitation plus
précise de la langue de Païen, nous nous sommes servis des
cartes de M. Sucbier dans le Grundriss de M. Grôber. Il faut le
placer en Champagne. A cause de la distinction de ë et à
inconnue à notre auteur, il ne saurait être question de la
Champagne du nord, au delà de Reims; une petite partie du
sud, au delà de Bouvray, doit être exclue par le fait que ë -+- /
devient i dans notre texte. Le traitement de -or qui ne devient
pas -cur mais or (v. 211, puor : )or v. 415, desor :paor') nous
oblige d'écarter l'Ile-de-France et encore une petite partie de
la Champagne. Ceci nous permet de localiser le texte dans la
région délimitée par Sainfe-MetieboM, VitryAe-François, Bar-
sur-Aube, Bar-sur-Seine, Sens, Auxerre.
Le pays de Païen est une localité dénommée Maisières. Les
indications qui précèdent nous permettent un choix entre
les 48 communes de ce nom que mentionne le Dictionnaire
des postes; seules les localités dans le département de Y Aube
nous occuperont. Il n'est pas très difficile de déterminer
lesquelles de ces localités existaient à l'époque où pouvait
vivre notre auteur. Nous allons chercher plus loin la date
probable du roman; pour le moment on peut accepter
des limites très larges : la fin du xn c ou le commence-
ment du xm e siècle. Or à cette époque trois localités
de ce nom étaient connues dans la partie sud du comté
de Champagne qui correspond à peu près au département
de l'Aube. Les chartes recueillies par M. Longnon ' men-
tionnent d'abord Maisières au sud du comté, entre les
domaines de Chaource et Joigny (actuellement -dans le
canton d'Hrvy, commune de Chessy). A l'ouest, on place
entre les domaines de Nogent et d'Arcis, Maisières dénommé
actuellement Maizières-la-Crande-Paroisse dans le canton
de Romilly-sur-Seine. A l'est enfin, dans le domaine de
Bricnne, actuellement dans le canton de Brienne-le-Chàtcau,
1. Documents relatifs au comté de Champagne et de Brie, 1172-1361.
LA LANGUE DU POEME 15
près de Joinville, à la limite des départements de l'Aube et
de Haute-Marne, on parle souvent dans des documents d'une
seigneurie de ce nom, dans laquelle, à côté des grands sei-
gneurs terriens dont on connaît même les noms, il y avait
« plusieurs povres escuyers qui tiennent terre de petite
value x ». Est-il permis de choisir entre ces localités et de
conjecturer que notre Païen est né dans la dernière comme
fils des « povres escuyers » ou bien des nobles seigneurs ter-
riens? La question restera en suspens pour jamais et l'histoire
littéraire n'y perdra pas beaucoup.
Il faut avouer cependant que certaines considérations ne
s'accommodent pas de nos recherches sur la patrie de Païen ;
et pourtant nos résultats ont pour eux de n'être pas en désac-
cord avec les hypothèses de MM. Grober 2 et Hill 3 .
M. Suchier attribue l'hésitation entre au et eu dont nous
avons parlé, à l'influence du normand littéraire. Voilà déjà
une brèche faite dans notre délimitation du côté ouest, et
on se demande, si ce n'était pas le francien pur que l'auteur
parlait 4 ?
Il est plus probable encore que notre auteur a subi l'in-
fluence du francien et, en littérateur studieux, s'est appro-
prié la Jtotvrj. Alors il serait difficile d'attacher beaucoup
d'importance à ce que nous venons de dire sur sa patrie.
En effet les ressemblances de sa langue avec celle de Chrétien
de Troyes par exemple sont frappantes. Et l'hypothèse que
Païen était en tout un élève de l'école des romans bretons
dont Chrétien fut le grand maître, trouvera sa confirmation
dans l'étude de la syntaxe et du style ; il en a subi l'influence
jusqu'à chercher son vocabulaire et ses rimes dans les œuvres
de Chrétien, de Raoul de Houdenc et d'autres.
Il est encore moins aisé d'apporter quelques précisions
1. Op. cit., t. II, p. 552.
2. Grundriss, t. II, p. 518.
3. La Mule san^frain, p. ion.
4. Pour la Champagne parle pourtant encore l'usage de mie, voyez, p. 28,
lé , LA DAMOISELE A LA MULE
quant à la date du poème, Bien qu'à la fin du xn e et au com-
mencement du xiu c siècle, des changements significatifs se
soient produits dans la langue française, une limite de date
est difficile à tracer. Certains phénomènes de cette étape
d'évolution apparaissent sporadiquement déjà au xn c siècle,
quoiqu'ils ne se soient propagés qu'au xm c siècle. Beaucoup
dépendent des conditions du milieu et de l'individualité des
poètes, de l'influence qu'ils ont subie. Voyons les faits.
Certains d'entre eux plaident pour l'attribution du texte
au xii° siècle : i° que o < au lat. sonne ouvert ; 2° le main-
tien de Ys devant/; 3 ai < U -4- pal. sonne fermé (: mois).
D'autres parlent pour le xin c siècle : i° eu < o rime
avec eu < ; 2 la nasalisation complète de -+- nasale r ;
3 quelques troubles dans la déclinaison à deux cas ;
4 l'emploi de louquél.
Je suis porté à croire que Païen de Maisières écrivit sa
« Demoiselle à la Mule » dans le premiers tiers du xin c siècle.
D'ailleurs, d'après les caractères littéraires, c'est une œuvre
plutôt tardive. Il est certain néanmoins que nous avons en
Païen un trouvère archaïsant; il emploie des formes et sujets
littéraires déjà vieillis à son époque, nous allons le voir; ne
serait-ce pas qu'il écrit aussi dans une langue qui n'est plus
celle qu'il emploie en causant avec ses amis 2 ?
1. L'opinion généralement admise place la nasalisation de dans le xme siècle,
voy. Nvrop, U,§ 225 : remarquons cependant qu'elle apparaît déjà chez Marie de
France.
2. Voyez sur la date du poème aussi le chapitre IV.
SYNTAXE
Il serait peu instructif de donner un aperçu complet de la
svntaxe de Païen ; nous examinerons seulement quelques
points qui nous semblent présenter plus d'intérêt.
' i. L'emploi de l'article indéfini est assez fréquent, voyez
le Lexique, art. « un ».
§ 2. Le rapport d'appartenance est formé par les procédés
modernes : à l'aide des prépositions de et a (pour les exemples
voyez le Lexique, art. a 7 et de 1). L'ancien datif cui fait aussi
l'emploi du possessif p. e. celeeui estr. .loi! Ji (vains v. 107 1. On
ne trouve pas d'exemple de la juxtaposition asyndétique,
quoique cette construction soit très fréquente chez Raoul de
Houdenc ; selon M. Abhehusen l elle est plus fréquente que
la construction par prépositions.
Pour exprimer d'autres rapports, on trouve le complément
joint au verbe sans préposition p. e. foi que tu doi\ ton père
v. 745, mais l'emploi des prépositions est très développé et
les articles correspondants de notre lexique renseignent sur
leurs emplois multiples.
§ 3. Le vocatif est exprimé par le cas sujet p. e. nains v. 486,
vilains v. 848 (une seule fois et à l'intérieur du vers par le
cas oblique : senechal v. 59). Nous avons donc lu dans les
allocutions l'abréviation G. du manuscrit : Gawuains.
4. lui apparaît comme forme tonique du régime direct
avec les verbes coebier v. 555, esmaier v. 629. ocirre v. 828,
1. Zur Syntax des Raoul de Houdanc. Stengel, Abhandhmgen LXXVIII (1888).
2
iS LA DÀMÔ1SELE A LA MULE
tocbier v. 630, li comme régime direct avec proier v. 11 18.
5. Nous avons examiné avec un soin particulier l'emploi
de ['infinitif comme complément du verbe, avec ou sans pré-
position. Nous avons évidemment exclu les cas où l'infinitif
a la valeur d'un substantif (p. e. v. 946, 1017, 1055). La
liste suivante des verbes aura de l'intérêt pour qui voudra
comparer l'usage de Païen avec celui d'autres auteurs. L'étude
de M. de Boer a montré l'importance de pareilles recherches
pour l'attribution du texte à un auteur. Il nous a paru inté-
ressant de comparer l'usage de Païen avec celui de Chrétien ;
dans ce but nous avons confronté notre liste avec celles qui
ont été données par M. de Boer 1 et M. Sorgel 2 . Ce n'est que
lorsque l'emploi de l'infinitif est différent de l'usage de
Chrétien, que nous l'avons indiqué.
a) L'infinitif sans préposition suit après les verbes :
aler vv. 32, 30, 97, 678, 858, 868, 877, 1059, 1128.
aler se construit aussi avec « por », voyez plus loin.
covenirw. 444, 494, 640, 689, 690, 853, 926, 1027,
1 104.
devoir w. 5, 15, 363, 463, 615, 770, 771, 778, 965,
971, 1071.
daigner w. 694, 900, 1102.
envoier v. 290, chez Chrétien sans prépos. et avec « por »,
chez Païen aussi avec « por », voyez plus loin.
esaler v. 1028.
[es lavoir] es lu ci vv. 177, 530, 613, 650, 719, 765.
faire vv. 341,953, 954, 995, 99^-
lessierw. 495, 623, 648, 693, 720.
oïr v. 564.
oser vv. 84, 108, 242, 327, 328, 408, 834, 874,875.
pooirxx. 138, 155, 187, 447, 491, 527, 614, 635, 657,,
707, 714, 766, 807, 818.
1. Eil. de Phi Ioniena .
2. Cher Jeu Gébrauch des reinen und prâpesitionalen Infinitifs in/ Altfran-
yhiseben.
LA LANGUE DU POEME 19
quidier vv. 212, 837, 838, 844, 963.
sembler vv. 229, 254, 257.
savoir w. 145, 672, 1087 (aussi avec « de »).
[soloir] suet v. 443. Je ne trouve pas d'exemple pour
Chrétien ni chez M. Boer, ni chez M. Sorgel.
venir vv. 248, 528, 776, 908, 981.
valoir vv. 85, 86, 101, 104, ni, 15e, 191, 278, 342.
393, 438, 488, 492, 500, 536, 616, 624, 730, 830,
939, 1130.
&) L'infinitif construit avec la préposition à :
avoir t v. 871.
conmencier, v. 683.
essaier (« s'exercer »), v. 811.
plaire (impers.), v. 972.
e) Avec la préposition de :
aisiei\ v. 103 r, je ne trouve pas d'exemple chez Chrétien.
avoir cure, w. 1 11, 116 » » »
» pooir, v. 1090. » » »
» talant, v. 70, 630. » » »
entremetre, v. 338, le même emploi chez Chrétien.
estrenoian^jV. 630, je ne connais pas d'exemple chez
Chrétien.
faire esploit, v. 246, je n'ai pas d'exemple pour Chré-
tien.
finer, v. 264, d'accord avec Chrétien.
pener, v. 340, » » »
savoir, v. 689, » » »
tenter, v. 639 (impers.), pas d'exemple chez Chrétien.
d) Parmi d'autres prépositions par accompagne souvent
l'infinitif chez Païen, pour indiquer le but de l'action; le
complément n'est pas aussi étroitement lié au verbe que
dans les trois cas précédents; les cas suivants n'exigent pas
d'explication ni de comparaison avec Chrétien ; du reste les
matériaux pour cette recherche nous font défaut.
aler, v. 1 1 18 (aussi sans prépos.).
aporter, v. 943.
20
LA DAMOISELE A LA MULE
bailler, v. 867
boire, v. 226.
demander, v. 942.
envoier, v. 918 (aussi sans pré p.).
/i///Y. V. 62 9 ( » » » ).
tenir, v. 603.
Dans le relevé que nous venons de donner, nous man-
quons pour un certain nombre de mots d'indication per-
mettant de dire s'ils se trouvent chez Chrétien, mais dans
aucun cas nous n'avons pas relevé un usage contraire à
celui de Chrétien.
6. Dans la construction hypothétique les types
modernes sont les plus fréquents chez Païen :
à) le conditionnel dans la proposition principale,
l'imparfait dans la subordonnée vv. 48, 82, 627,
784,909, 939,972.
/?) le subjonctif du plus-que-parfait dans les deux
membres v. 1009.
D'autres constructions moyenâgeuses se trouvent aussi :
Pour exprimer la possibilité Païen se sert :
a) de l'indicatif dans la subordonnée :
a) présent — conditionnel v. 581.
fj) présent — futur v. 317.
y) imparfait — subjonctif du ppf. v. 779.
h) du subjonctif dans la subordonnée :
tx) subj. p. — subj. p. v. 242.
■}) subj. p. — (que) subj. ppf. v. 421.
Il exprime une pensée irréelle par les constructions :
subj. p. — subj. ppf. v. 297.
subj. ppf. — subj. p. v. 143.
I 7. Nous avons examiné particulièrement aussi l'emploi
de la conjonction que, le lexique en indique les divers usages.
Relevons lu que narratif, dont nous avons chez Païen des
exemples plus typiques que ceux de M. Ritchie ' qui s'ex-
1. Recherches sur la syntaxe de la conjonction « que », pp. 48 et 64 à 66.
LA LANGUE DU POEME 21
pliquent tous par le rapport de causalité (« comme »).
Mule, v. 173. « Qu'a siècle n'a home si grant
« qui... »
Que final se construit de règle iwqc le subjonctif, de même
les propositions concessives introduites par que simple ou
par comment que, ont le subjonctif.
Dans des propositions explicatives ou consécutives, que se
construit rarement avec le subjonctif; c'est le cas à) après
les verbes qui expriment l'idée de l'obligation : covenir v. 176,
estre clroi^ v. 344, /;) après quidier pour annoncer le doute
v. 230, c) après les déclaratifs, si la phrase exprime le désir
v. 191, ou si elle dépend d'un subjonctif v. 508.
Que temporel : a) après tant que l'indicatif suit, si la subor-
donnée indique simplement « jusqu'à quel moment dure
l'action de la principale » l ; le subjonctif indique une action
future par rapport à celle qui est annoncée dans la proposi-
tion principale, il lui prête le caractère incertain vv. 79, 707,
752, 997, /?) après ançois que, ain\ que, suit toujours le sub-
jonctif, il annonce une action qui n'est pas encore un fait
accompli et qui doit suivre l'action de la phrase principale.
On ne peut tirer que très peu de conclusions sur le dia-
lecte de ces faits syntaxiques. Que comparatif avec subj.
v. 249 ([munis que') est selon M. Ritchie 2 un usage du Xord-
Est et de l'Est. Les ressources de Païen pour exprimer le
rapport des phrases, sont pauvres, il nous lasse souvent par
la répétition de la conjonction que: en fait de conjonctions
composées, toutes sont fournies par l'usage ancien, Païen
n'emploie aucune de celles que Chrétien de Troyes, Gau-
tier d'Arras et a. introduisirent dans la poésie 5 (p. e. après
que, maintenant que, depuis que, lorsque, tantost que.
1. Ritchie, op. lauJ., p. 88.
2. 0. c, p. 79-80.
3. O. c, p. 77 et p. 180.
22 LA DAMOISELE A LA MULE
lues que, que que). Devrait-on inférer de ceci qu'il est anté-
rieur à eux ? Evidemment non ' ; on en conclut seulement
que sa langue se refusait aux innovations stylistiques, dans
ceci aussi il aimait les « viez voies » dont il parle dans le
prologue. Comme il préfère les constructions simples et
anciennes, on peut même se demander s'il n'a pas cherché
une langue archaïque, comme le faisait Fauteur du Pèleri-
nage tir Cbarlemagne \
i. Il emploie du reste aussi louquel qui paraît s'introduire dans la langue seule-
ment depuis le xm e siècle. Brunot, Hist. de la l.fr., t. I, p. 339.
2. Goulet, Voyage de Cbarlemagne, chap. m.
VERSIFICATION
Les rimes.
Il v a chez notre auteur 18 % de rimes riches de di fié-
rentes espèces ', aussi comme rimeur, Païen de Maisières est
supérieur à Thomas, l'auteur de Tristan (12 %) \ il se place
à peu près à côté de Wace (16 %) et de Philippe de Thaûn
(19 °/ ). Il est sensiblement inférieur au grand maître de
l'école bretonne; selon la statistique de M. Freymond 3 à
laquelle nous empruntons ces données comparatives, l'au-
teur d'Yvain a en moyenne 40 % de rimes riches. Parmi
ses contemporains du xiii c siècle, sa place est aussi modeste.
Raoul de Houdenc, le chef de l'école au xm e siècle, égale
Chrétien de Troyes 09%), le parisien Rutebuef s'élève à un
haut degré d'élégance avec ses 62 % de rimes riches.
Cependant il faut remarquer que Païen aimait aussi les
1 . Je compte parmi les rimes riches aussi celles qui, ayant la terminaison : -e
-er,-ie, -ier,-i,-u, ont besoin d'une consonne d'appui; et ceci parce que le nombre
considérable d'infractions à ce principe fait supposer que notre auteur n'était pas
persuadé de sa nécessité. Du reste, la loi en question semble applicable surtout
à la poésie moderne. Vov. Tobler, Vont altfran^ôsischen Versbau, p. 135-6.
2. « Cette proportion doit représenter exactement celle que la langue française
offrirait d'elle-même à tout poète qui n'aurait souci ni de la consonne d'appui, ni
des jeux de rimes, ni d'aucune recherche de versification ». Bédier, Tristan de
Thomas, t. II, p. 32.
3. Cher th'ii reichen Reini bei altfranzôsischen Dicbtern bis ~mn Anfang des
XIV Jrhs,
- } LA DAMOISELE A LA Mil 1
rimes recherchées ; ainsi les rimes doubles ou léonines (il v
en a ) i dans le poème), équivoques (12), des rimes formées
par les composes du même verbe qui étaient tout à fait dans
le goût de l'époque 1 . 11 lui arrive de trouver même une
fois une rime grammaticale : 8 3 7-8 trenchier : fichier,
839-40 fichiers : Irrnrhirrs.
Ses qualités de rimeur sont diminuées par un certain
nombre de faiblesses. On trouve 5 rimes homonymes
(vv. 105, 197, 615, 713, 1007). La rime manière : ar meure
(v. 655) n'appartient peut-être pas à fauteur. Remarquons
qu'un grand nombre de rimes nous sont présentées par les
mêmes formes grammaticales. Tout cela prouve que notre
auteur n'était pas très difficile dans le choix des rimes.
11 se trouve 35,2 % de rimes féminines dans le roman.
Le couplrt brise.
On sait que tous les poètes du xiii c siècle brisent le cou-
plet épique plus ou moins souvent, entraînés par l'exemple
de Chrétien de Toyes, ce « romantique anticipé », comme
l'appelle plaisamment M. P.Meyer 2 . Il va sans dire que nous
avons pris en considération seulement l'enjambement fort,
sans cependant entrer dans des distinctions plus subtiles pro-
posées par M. Borrmann \ Or, chez Païen, sur 568 couplets
il y en a 197 de brisés, soit 34,5 %• H profite donc largement
de la licence introduite par Chrétien qui lui-même brisait le
couplet dans la proportion de 16,7%; Raoul eje Houdenc
était aussi moins prompt à profiter de ces facilités (22 %).
Il va sans dire que la proportion chez des auteurs antérieurs
est beaucoup plus faible, c'étaient plutôt des cas accidentels
1. Vov. Toblcr, 0. c, p. 149.
2. Le couplet brisé. Rounuiici, XXIII, p. 1-30.
3. Das kur~e Reimpaur bei Christian v. Troyes, p. 288-9.
LA LANGUE DU POEME 25
(Wace 3 %,Marie de France (jCbievrefoiï) 4 %, Thomas 5 %,
dans V ; /o//y rf Blancheflor c'est 6 %)•
Païen de Maisières n'observe pas l'alternance des rimes :
2 couplets féminins succèdent 22 fois.
3 couplets féminins succèdent 9 fois.
4, 5 et 6 couplets féminins succèdent 1 fois.
Il v a onze cas d'un fort enjambement d'un vers à l'autre
(vv. 561. 587, 700, 710, 735, 777,842, 899,973, 996,1078).
Quant à la construction intérieure du vers, remarquons
d'abord qu'il n'y a pas de syllabe frappée d'un accent fixe.
L'biatus est très fréquent. Un examen de 160 cas de collision
entre voyelles dans les premiers 300 vers, a donné la propor-
tion de 1 hiatus sur 3 cas d'élision 1 . Evidemment nous avons
exclu de la table des hiatus les cas où ils sont inévitables
dans le langage courant et prosaïque (p. e. si ot 23, n'i a 119,
jaen 372), ce qui fait que restent considérées comme hiatus
surtout les collisions d'une voyelle avec un e muet ; cela
touche à la valeur de IV dans l'intérieur du vers, qui sera
examinée à part. Cette proportion d'hiatus dénote un progrès
évident sur Wace 2 , mais chez Chrétien M. de Boer a compté
seulement 6 cas d'hiatus dans les 700 vers de la deuxième
partie de la « Philomena ».
Uélision frappe les monosyllabes : la négation ne 118, 174,
196, 205 e. a., la conjonction si 143, 238, 268, e. a., la prépo-
sition de 336, 383 e. a., le pronom personnels 333, 334, 400,
439 e. a., le pronom relatif que, la conjonction que 6, 10, 13,
100, 173 e. a. Dans les polysyllabes IV muet peut disparaître
dans tous les cas. Partout aussi, s'il va besoin, l'hiatus peut
persister.
1. Introd., p. xlv, xlvii.
2. Th. Pohl. Untersuchung der Reime in Maistre Wace's Roman de Rou et des Ducs
de Normandie.
lé LA DAMOISELÊ A LA MULE
Valeur syllabique de Te muet. — On sait qu'au xn c siècle IV
muet conserve sa pleine valeur dans l'intérieur dn vers. Chez
Chrétien de Troyès, selon les recherches de A4, de Boer, IV
muet forme partout une syllabe, aussi bien à l'intérieur des
mots que dans les terminaisons '. Il serait inutile d'énumérer
les cas dans lesquels IV muet compte pour une syllabe chez
Païen, bornons-nous à dire que c'est le cas aussi dans la ter-
minaison de la 3 e pers. plur. -ent -oient (vv. 29, 32, 34, 155,
184, 275, 792 e. a.), a l'infinitif iestreÇy. 229), faire (v. 247),
dire (v. 393), dans l'article indéfini féminin. A l'intérieur des
mots citons comme exemple maleûrté (v. 204), rneïsmes
(v. 224), veoir (v. 212), seûst (v. 145), deilsi (v. 615), seule-
ment (v. 120).
Le trait caractéristique du francien ee < ata est mis en relief
partout, sauf les vers 3 14 et 987.
Dans deux cas seulement il a fallu corriger le nombre de
syllabes imparfait.
1. Philomena, Introduction, p. xliv,
LE STYLE
En donnant ce titre aux remarques qui vont suivre, j'ai eu
quelques scrupules, puisque d'ordinaire on ne parle pas du
style d'un auteur qui n'en a pas. En effet « La Demoiselle à
la Mule » est écrite dans le langage rapide, cursif, d'un con-
teur qui n'attache pas d'importance aux finesses de l'expres-
sion. Pour raconter son « aventure » Païen emploie les
procédés communs du roman breton. Il est disciple de
Chrétien de Troyes, en ce que celui-ci a de plus facile à imi-
ter : dans les descriptions des combats, dans les dialogues.
Il nous a paru intéressant d'indiquer dans les pages sui-
vantes l'étroite parenté du style de Païen avec celui de l'école
bretonne. Dans une analyse complète du style, surtout étant
donné qu'il ne s'agit nullement d'un style personnel, il
faudrait peut-être procéder par la voie frayée, indiquer les
formes et les tropes stylistiques sans distinguer ce qui pou-
vait avoir coûté un effort à l'auteur et ce qu'il considérait
comme une création, de ce qu'il prenait à la langue cou-
rante. D'ailleurs, le faudrait-il ? On reconnaît le danger
d'une pareille méthode 1 fondée sur les habitudes de la poé-
tique scolastique qui est un système mort et applicable aux
langues modernes seulement quand les auteurs imitent
consciencieusement les procédés classiques.
i. Grosse, Der Stil des Crestien V. Troyes. W. Kcller, Mdistre lf'tict\ eine
shlisticke UnUrsuchttng. . .
28 LA DAMOISELE A I A MULE
On verra que le récit est à peine ébauché. Païen ne le
développe pas à la manière de ses contemporains. Je ne sais
pas si l'on peut louer l'auteur de la brièveté de son style,
puisqu'elle provient de l'indigence de la pensée et des
moyens d'expression. Il se peut qu'il fût de l'avis de Chrétien
de Troyes s c autant vaut un mos corne vint » ', mais en appli-
quant ce principe méritoire d'ailleurs, d'une façon abusive, il
a rendu son récit obscur à plusieurs endroits. C'est le style
négligé d'un homme qui trouvait la plume lourde. Il n'hésite
pas à interrompre une phrase pour faire place à une pensée qui
le presse, les anacoluthes et les incises sont fréquentes et rare-
ment l'enchaînement des phrases est suffisant. Il commence
la phrase, jamais embarrassé par le choix de la conjonc-
tion, le plus souvent par et ou mais. Comme négation il
emploie la plus banale pas (4 fois) avec un sens plus fort
que celui d'une négation simple, jamais il ne se sert de point,
le plus souvent il écrit mie, qui est très fréquent chez Chré-
tien et Yillehardouin, cette préférence décèle aussi l'origine
champenoise du trouvère 2 .
La personne de l'auteur, comme c'est l'habitude de l'époque,
intervient souvent. Il nous dit qu'il s'efforce d'être parfaite-
ment explicite et il se corrige quand il trouve son exposé
obscur
v. 770. « ... trespassé vos dm avoir
« ce que ne doi pas trespasser ;
« ainz fu mont bien a reconter
« por ce que... »
C'est un procédé dont use aussi Chrétien :
Lancelot, v. 3002. « mes une chose vos cont gié
« por ce que rien ne vos trespas ».
[. Perceval, v. 3857.
2. Meder, Pas, mie, point im Altfran-osischen, Diss. Marburg, 1891-2.
LA LANGUE DU POEME 29
Il perd souvent le fil de son récit :
v. 888. « ne sai que j 'niasse acontant ».
C'est ainsi que se produisent des lacunes de sens parfois
fâcheuses. Xon seulement il laisse sa pensée inachevée
comme au vers 300, mais des parties très importantes du
combat restent inexpliquées, ainsi le jeu parti du coup de la
hache aux vers 379 et ss '. Par de nombreuses interventions
personnelles 2 , le conte prend le caractère d'un récit oral.
Contrairement à l'opinion courante 3 , il me semble que ce
sont seulement les romans arthuriens de plus grande éten-
due qui étaient composés pour être lus. Le prologue du
« Chevalier à l'épée » appuie aussi cette supposition :
« Cil qui ainmc des duit et joie,
« Viegne avant, si entende et oie... »
Le style et le récit hâtif de ce petit roman qui s'adresse
directement au public qui l'écoute par « ez-vos », semblent
indiquer que le manuscrit que nous publions était une sorte
de mémorandum pour un ménestrel qui se faisait applaudir
par un auditoire plus ou moins grand.
Païen a parfois l'allure épique dont nous connaissons la
monotonie : style bref, descriptions de combats singulière-
ment superficielles (en comparaison de celles de Chrétien 4 ).
Il n'est question que d'adversaires qui se « fièrent » et « entre-
fierent » et « teus cous se paient ». Le portier qui assiste aux
combats suffit à peine à « bailler» et « apareiller » les écus.
Quelques passages nous rappellent vivement Chrétien,
1. Voyez le chapitre sur ce « jeu » dans le chapitre III.
2. Comparez encore les vers 329, 626 et 956.
3. Histoire Liltc'raire, t. XXX. p. 17.
4. Schroedter, Der Wortschat\ Krisliam in dessen Kampfschilâerungen, Diss.
Leipzig, 1907.
30
1 A PAMOISELE A LA MULE
Païen a pousse l'imitation jusqu'à conserver des rimes iden-
tiques :
v. 637.
e mais a in/ que midis soit
[passez,
a v ras tu de bataille assez ».
v. 800.
« Fui s'entrevienent tôt sanz fautre.
Par vertu tieus cous s'entredonent,
a pou qu'il ne se desarçonent ».
v. 814.
as espees les escuz dolent
Y vain, v. 4300.
A i n z q u e midis soit passez
a vrai aillors a feire assez.
Lanceïot, v. 2695.
Si s'antrevienent de randon
et des lances t e u s c o s se douent,
que eles ploient et arçonent.
La hcc lot, v. 2700.
as espees les escuz dolent
Quant aux descriptions de la nature, nous ne savons vrai-
ment pas si l'on peut en parler à propos de la Mule ; le décor
fabuleux est indiqué par les procédés sommaires, familiers à
Chrétien et à d'autres. La description du « fluns au deable »,
vv. 391 ss., est identique à celle de l'eau sur laquelle passe
le « pont à l'épée » dans Lanceïot
v. ;o2
« et voient l'eve felonesse,
« roide et bruiant, noire et espesse.
« si laide et si poantable,
« con se fust li fluns au deable,
« et tant périlleuse et parfonde ».
La fontaine
« ... en mi la pree
« qui moût estoit et clere et sainne »
se retrouve dans le Lai de T oiselet ', nous lisons au
v. 55
« en mi avoit une fontaine
« qui bêle estoit et clere et saine »,
1. p. p. Ci. Paris, Paris, 1884. M. Foerster remarque au v. 380 d'Yvain que ce
passage est emprunté à Chrétien.
LA LANGUE DU POEME 3I
Le paysage en somme est très varié, une forêt épaisse rem-
plie de bêtes sauvages, un fleuve bruissant, une vallée obs-
cure, etc., comme l'indiquait sans doute le modèle que Païen
suivait. Le poète ne s'occupe cependant que rarement de
l'influence du paysage sur les sentiments : il dit quelques
mots de la peur de Keu dans la forêt et de la répugnance de
Gauvain devant les serpents. Païen se plaît davantage aux
descriptions de l'intérieur, des richesses et vêtements ; la
description de la chambre qu'habite la dame du château est
un souvenir lointain de ces peintures auxquelles se com-
plaisaient les auteurs des épopées celtiques.
Chrétien, « le psychologue du xni c s. », excellait à carac-
tériser les états d'âme ; on a d'ailleurs exagéré sa pénétration,
en le comparant à Marivaux 1 . Païen, toutefois, est en ceci
sensiblement inférieur à son maître. Quand la demoiselle
apprend que Keus rentre les mains vides de la recherche du
frein « lors ront leschevouset detire » (v. 298), exactement
comme la dame de la fontaine qui après la mort de son
mari se met
« ses chevos a detirer ;
« ses chevos tire et ront ses dras ». (Yvain, v. 1 158).
Sur la vie quotidienne il donne des détails sommaires : il
observe les seigneurs qui se préparent à prendre le repas, il
remarque qu'ils se lavent les mains, il relate ce petit fait
consciencieusement, plusieurs fois 2 . Les manifestations du
sentiment amoureux ne l'intéressent pas, le dîner en tête à
tête de Gauvain avec la dame lui offrait pourtant une ample
matière dont il n'a pas assez su profiter. Il raconte que la
dame est « moût haitiee », qu'elle parle à Gauvain en
termes flatteurs « moût lo loe et moût lo prise » (v. 955),
1. P. 56 de YHistoire delà littérature française, p. G. Lanson. Paris, 1903.
2. C'était bien utile puisqu'on ne se servait pas de fourchettes à cette époque,
v. Schultz, Das bôfische Leben.
]2 LA DAMOISE] 1. A LA MULE
qu'elle lé fait asseoir à ses cotés sur le même lit et manger,
peu confortablement d'ailleurs, à la même « escuele ». Les
caresses qui suivirent sont indiquées seulement par une
allusion discrète :
v. 956. « Desmès ne faz autre devise,
« ne plus ore ne vos en cont ».
On ne trouve nulle description de la beauté soit fémi-
nine soit masculine, en ceci Païen ne se conforme pas à
l'exemple des auteurs de son époque qui maintes fois nar-
raient les charmes des dames et les attraits des chevaliers '.
Son style prend une allure populaire par l'emploi fré-
quent des adjurations : on jure non seulement « par De »,
(« se Dieus m'ait », « Damnedieu me confonde ») et par
le pape (« par foi que doiz Saint Père 2 »), mais aussi plai-
samment « par ma barbe » (v. 715).
Deux passages dans le roman semblent être des traces
d'un proverbe. « Por tôt avoir de Pavie » au v. 279 est une
locution proverbiale du genre de celles que M. Tobler appelle
« verblùmter Ausdruck » ; . Au début du roman, Païen parle
d'un reproviere de vilain dont il explique assez mal le sens.
Il est dit que l'âge donne de la valeur aux choses de l'esprit,
principe conservateur qui fait craindre les « noveles voies ».
Le précepte de technique poétique qu'il joint à cela, confor-
mément au « saepe verte stvlum » d'Horace, ne s'ensuit
pas logiquement, et la conclusion, qu'il faut préférer les
sujets littéraires vieillis et connus, est aussi mal enchaînée.
Un de ces lieux communs de morale sur la persévérance dans
la tâche choisie (vv. 5-7), se retrouve dans un proverbe
1. J. Loubier, Das IdcaJ der mànnlichen Schonheit bei àenaltfran\. Dichtern, Halle
a S., 1890. cl. Schultz, 0. c, passim. Renier, // lipo estetico délia donna fiel
mediœvo. Ancona, 1885.
2. La même adjuration se trouve dans Lancelot, v. 3468.
3. Tobler, Vermischte Beitrâge, II e série, p. 192 et suiv,
LA LANGUE DU POEME 33
recueilli parle ms. d'Oxford 1 . Dans « Li respit del curteis et
Jcl vilain », publié par M. E, Stengel, nous trouvons les vers
suivants :
« Cil qui commence bien,
« ne deit pur mile rien
a a malveis point descendre ;
« ki bien finist soun tait,
« a los e a pris trait
« ki reisoun set entendre,
« Li beaus jours se proeve au seir. ce dit li curtois ».
Je n'attache pas d'importance à ce rapprochement, non
seulement à cause du dernier vers, mais aussi parce que des
proverbes pareils répétés de bouche en bouche devaient
être très fréquents, quoique le hasard les ait empêchés de
figurer dans aucun recueil de proverbes connu.
Une exhortation au travail littéraire assidu sert de préface
à Erec et elle rappelle beaucoup par son tour celle de Païen.
v . i . Li vilains dit an son respit
que tel chose a l'an an despit,
qui moût vaut miauz que l'an ne cuide.
Por ce fet bien qui son estuide
atome a bien quel que il Pet.
Car qui son estuide entrelet.
tost i puet tel chose teisir
qui moût vaudrait puis a pleisir.
Por ce dit Crestiiens de Troie s
que reisons est que totes voies
doit chascuns panser et antandre
a bien dire et a bien anprandre 2 .
Ce que nous avons dit prouve suffisamment déjà que
Païen puisait à pleines mains pour le style dans les œuvres
i. Zeitschrijtfïir fraii~6sische Sprache u. Lileratitr, t. XIV, p. 154, n° 1.
2. Comparez le commencement de Gainai 11 et Himibaut :
« De bien dire nus ne se paine
car en bien dire gist gr.ins paine... »
Ms. de Chantilly, fol. 22 r", b.
3
34
LA DAMOISELE A LÀ MULE
classiques de son temps. Voici encore quelques passages qui
montrent combien il s'était pénétré de la lecture de Chrétien.
Quand la demoiselle arrive à la cour d'Artus, le poète
nous dit que Gauvain vient la saluer
<( et des autres moût en corent
« et moût la servent et anorent »,
vv. 67, 68,
également dans Erec
« ... trestuit li autre i acorent.
« si les saluent et anorent ».
Gauvain, après la nuit de repos passée au château, « se
lieve et atorna », comparez le v. 5675 dans Erec « si se lieve
tost et atome » '. Et les deux passages qui suivent se
ressemblent d'une façon bien étrange :
v. 765
« mes conbatre o moit'estuet. »
Dès qu'autrement estre ne puet,
ja ce dit ne contredira.
Erec, v. 5476.
« Bien voi qu'aler nos i estuet,
« dès qu'autremant estre ne puet »
Dans la description du site du château, les deux auteurs
donnent la même comparaison, surprenante dans sa fausseté,
qui atteste le caractère artificiel de cette poésie. Le fleuve
qu'il faut traverser pour pénétrer dans le château avait une:
« ...cve noire
« qui estoit plus bruianz que Loire. » v. 392.
Perceval se trouve dans la même situation que Gauvain,
quand il veut entrer dans un château au bord de la mer :
: . Aussi J:rec, 70.
LA LANGUE DU POEME 35
v. 2504. « Vers la grant rivière qui bruit
« s'en va toute une praerie ;
« mais en l'ewe n'entra il mie,
« qu'il le vit moût parfonde et noire
« et asses plus courans que Loire».
A ces passages on pourrait aisément en ajouter d'autres,
mais ce relevé, fût-il même complet, ne pourrait aucune-
ment convaincre Païen de plagiat. Des rapprochements
pareils s'offrent souvent à qui lit les romans arthuriens,
les chansons de geste ou les romans d'antiquité; il n'y a rien
de plus hasardeux que d'en conclure à un emprunt direct.
Ce sont là des procédés de style communs à tous, à une
époque où la langue n'était pas assez riche et souple pour
permettre aux auteurs de se former un style personnel. De
l'identité de la source d'inspiration découlait par suite une
étroite parenté dans la composition et dans le style. Qu'il
s'agisse d'un texte français, allemand, anglais ou néerlan-
dais, toujours on rencontre les mêmes conventions pour
exprimer certains détails du récit ou du décor, pour caracté-
riser les personnes et indiquer les péripéties de l'action :
« Quel que soit le moule extérieur du roman, le métal dont il
est fait, est toujours à peu près le même » I . C'est en cela que
consiste le caractère épique de cette littérature. Il serait inté-
ressant d'examiner les éléments que nous pourrions grouper
sous la désignation de style arthurien dans le roman, style
qui se distingue parfaitement du style exotique des romans
courtois ou des romans byzantins et de celui des romans
bourgeois ou des chansons de geste. Dans la stylistique du
moyen-âge on a rarement procédé à une étude comparative 2 ;
1. G. Paris, Les romans envers du cycle de la Table Ronde, p. 15.
2. C'est M. Renner qui l'a fait d'une façon sommaire dans les Studien jur alt-
fran^osischen Slilistik. Versuch einer historischen Stiïbetrachtung, Diss. Gottingen,
1904. Bien que M. R. considère son exposé comme historique, les étapes d'évo-
lution du style ne sont pas indiquées, aucun système de classification historique
n est proposé dans ce livre qui constitue cependant une tentative digne de
louange.
36
LA DAMOISELE A LA Mil !
quand on l'a fait on s'en est tenu toujours aux catégories
classiques, on a dressé des statistiques de comparaisons,
métonymies, synecdoches, litotes, etc. Les résultats auxquels
on a abouti après des dépouillements consciencieux, sont
assez insignifiants et ne font pas avancer ces études. Le pro-
grès de la stylistique n'est pas dans cette voie-là. Nous avons
tenu à écarter Soigneusement de nos remarques toute obser-
vation sur les formes et les tropes; il nous semble beaucoup
plus intéressant de préciser pour chaque genre littéraire les
éléments du récit; description, caractéristique des person-
nages, réflexions morales, allocutions, adjurations, bref tout
ce qui a chance d'être original et particulier. Cette analyse,
cette sorte d' « auscultation interne » aiderait certainement
à définir le style de tel auteur moyenâgeux et de telle
époque médiévale.
CHAPITRE II
Etude comparative des thèmes du conte
LE CADRE DU RÉCIT
LE THÈME DE LA SŒUR DÉSHÉRITÉE
Quel est le canevas primitif ? Des rapports entre les récits de
Henpi de Tùrlin, de Chrétien de Troyes et de Païen
de Maisières.
« La dameisele
« qui sa seror a fors botee
(( de sa terre et deseritee
« par force et maie merci...»
Yvain, v. 6384-7.
Le peu d'étendue du roman que nous publions et surtout
le développement que nous donnons à l'étude littéraire qui
va suivre, semble nous dispenser de donner une analyse
détaillée du poème 1 . Pour être claire, elle devrait être plus
développée que le récit lui-même. Un grand nombre de
thèmes merveilleux et d'épisodes racontés brièvement s'y
enchevêtrent ; il faut éclaircir plus d'un passage trop som-
maire et obscur. C'est ce que nous tâcherons de faire dans
les pages suivantes, selon la disposition qui nous a semblé
le mieux correspondre à la nature de la matière.
1 . On trouvera du reste dans des ouvrages généraux des résumés à peu près
satisfaisants. A. Duval dans l'Histoire littéraire de la France (t. XIX, p. 722-727)
parle des éclats de rire qui accompagnent l'arrivée de la pucelle à la cour
d'Artus. Il n'en n'est rien dans le texte. M. Grôber dans le Grnndriss (t. II, 1,
p. 518) parle des chevaliers ressuscites au moment où Gauvain entre en posses-
sion du frein. C'est peut-être un souvenir de la « Joie de la cour » dans Erec.
Aux vers 1001, 102 1 et ss., Païen raconte seulement la joie de la population du
bourg délivrée de l'oppression des bêtes sauvages qui lui défendaient de sortir de
sa demeure. M. Voretzsch (Einfuhrung in dos Studium der altfran^ôsischen Lite-
ratur. Halle a S., 1905, p. 383) donne un résumé court, mais précis,.
.{O LA DAMOISELE A LA MULE
Il s'agit d'abord de démêler le sujet principal sur lequel
l'auteur a appliqué les inventions fabuleuses prises dans le
vaste magasin des romans arthuriens.
Voici, en ses grandes lignes, « l'aventure » que nous
raconte Païen de Maisières. Une et damoisele » fait route
sur une mule qui n'a plus de frein. Elle arrive à la cour
du roi Artus et demande un chevalier qui consente à aller
chercher le frein perdu. Son amour doit être la récom-
pense du preux. L'animal lui-même doit servir de guide à
qui osera entreprendre la recherche. Le sénéchal Keu s'offre,
mais avant de se mettre en route, il demande un bai-
ser qui lui est refusé. Il part pour la « quête » et recule
devant un obstacle. Gauvain se présente après lui. La demoi-
selle, comme si elle prévoyait qu'il réussira, lui accorde
volontiers le baiser. En effet, il réussit à pénétrer dans le
château, où on détient le frein en question. Après une nuit
de repos \ il lui faut affronter une série de combats et d'en-
chantements dont il sort vainqueur. Il est reçu par la maî-
tresse du château fié, résiste à son charme et repousse la
proposition d'un mariage qui le rendrait seigneur de cette
terre merveilleuse. Il rentre à Cardueil portant l'objet tant
désiré par la demoiselle. On ne sait pas si Gauvain a reçu un
autre remerciement que les « cent baisers » (v. 1081), cette
« autre chose » dont la demoiselle parle au v. 107... Il paraît
qu'on n'aboutit pas à un mariage. La demoiselle part seule
de la cour. Rentre-t-elle dans le château de sa sœur qui est
désormais aussi le sien ?
Il faut remarquer que le thème lui-même est assez obscur et
surtout que le développement donné par l'auteur est bien in-
complet. Q.ue veulent dire les larmes que la pucelle verse abon-
damment à la cour du roi breton ? Pourquoi cette impor-
tance attachée à un simple frein qu'on pouvait facilement
remplacer par un autre ? Était-ce simplement une façon
d'entamer le récit, inventée pour attirer l'attention des lec-
1. Trait conventionnel dans ces récits.
ÉTUDE COMPARATIVE DES THEMES DU CONTE 41
teurs du xm e siècle, pour charmer leur imagination avide de
merveilles, ou bien le sujet essentiel intéressait-il l'auteur?
Nous en reparlerons.
Telle qu'elle est, l'histoire peut bien paraître inexplicable,
non seulement à Keu qui ne veut pas risquer sa vie « por
tel noient, por tel oiseuse » (v. 253). On ne nous apprend
que vers la fin une chose pourtant très importante : c'est que
la dame du château est la sœur de l'étrangère, due faut-il donc
supposer ? La qutte du frein est-elle un moyen d'éprouver le
courage d'un adorateur ? Ceci serait possible sans le départ
immédiat de la demoiselle dès qu'elle est entrée en posses-
sion de son frein. Ou bien y a-t-il eu discorde entre les deux
sœurs ? Quel en est l'objet ? C'est ce que nous apprendra
l'examen de deux autres versions du sujet qui se trouvent
dans la littérature du temps. Dût cette étude ne pas aboutir
à des résultats significatifs pour l'histoire littéraire, elle nous
dévoilera du moins la forme primitive du récit dont le cane-
vas se dégagera des traits secondaires que l'un ou l'autre des
auteurs y ajouta.
L'opinion courante, émise pour la première fois on ne
sait plus par qui, répétée par Gervinus \ Holland 2 , et qui,
des ouvrages généraux et des manuels, a passé dans des
dissertations, prétend que « La Demoiselle à la Mule » se
retrouve dans le vaste poème d'un poète autrichien, la
« Krône » de Heinrich von dem Tùrlin 5 .
En effet, parmi d'autres exploits de Gauvain dont la Krône
est l'épopée la plus étendue et la plus glorieuse, on trouve
une histoire qui a beaucoup de points de contact avec la
nôtre. Comme nous le verrons dans l'analyse de l'épisode du
château (vers 7647-9128 et 1260-13924), l'élément merveil-
leux y joue un rôle important. Cependant l'histoire des
1. Gcschichte der poetischen XationaUiteratur der Deutschen, t. I, p. 491.
2. Cvestien v. Troyes. Tùbingen, 1854.
3. Ed. Scholl. Bibliothck des Liftera rischen Vereins in Stuttgart, t. XXVII.
1852.
.|2 LA DAMOISELE A LA MULE
deux sœurs a un caractère beaucoup moins mystérieux que
sous la plume de Païen de Maisières.
Le poète allemand aime à expliquer, il s'efforce de donner
plus de couleur réelle au récit en peignant des détails avec
précision et il enrichit le sujet primitif d'inventions spiri-
tuelles. Il donne volontiers des descriptions de la beauté
féminine, des vêtements, des traits de mœurs de la vie quo-
tidienne, et se plaît à peindre les richesses.
Le récit tel que nous l'avons dans la Krône mérite beaucoup
plus le nom de roman que celui de Païen. On y trouve des
réflexions sur l'état d'âme des acteurs, des maximes sur la
force de l'amour (Vrou Minné), des scènes d'amour rendues
d'une façon piquante. Il donne parfois trop de développe-
ment et pêche par un excès de préciosité. En somme c'est
un disciple de Chrétien de Troyes qui s'applique à dévelop-
per les qualités du maître et qui ne sait pas se garder de
ses défauts.
Avant d'aborder l'analyse de l'épisode en question dans la
Krône, il nous faut dire quelques mots du caractère du poème
lui-même, lequel est assez mal connu. La longueur un peu
fatigante de son récit est la cause principale du dédain qu'ont
pour lui depuis trop longtemps les critiques. L'importance
du poème de Heinrich pour l'explication du GraaJ n'est pas
assez appréciée. C'est évidemment une version postérieure
que Heinrich nous présente, mais elle a le mérite d'offrir une
conception cohérente. Du reste, chronologiquement, elle
n'est pas très éloignée des poèmes sur Perceval, par consé-
quent sa valeur explicative pour l'ensemble du, cycle n'est pas
à négliger.
Le lien qui unit l'épisode des deux sœurs à la con-
ception harmonieuse du poète allemand est très étroit. Ce
serait mal comprendre le poème que d'en détacher cette
partie sans expliquer la place qu'elle occupe dans l'édifice
mystique de Heinrich.
Pour quelqu'un qui a lu la « Krône » et considéré les
divers épisodes dans leur rapport, le jugement de Gervinus
ÉTUDE COMPARATIVE DES THEMES DU CONTE 43
conserve peu de valeur. Il l'exprime ainsi : « Un amas indo-
lemment composé de situations et aventures qui arrivent
aux fous, des détails absurdes et grossiers, le tout sans plan
et but ' ». C'est dur et on sent combien le critique était
étranger à l'esprit de l'époque qu'il étudiait.
La valeur artistique du poème reste l'affaire du goût per-
sonnel du critique. Il faut cependant rendre justice au mérite
de Heinrich qui s'efforce d'enjoliver, de décrire avec une cou-
leur parfois vive et de faire comprendre les légendes qu'il
combine de différentes sources. Il n'y a pas lieu d'entrer ici
dans un examen détaillé de la genèse de son œuvre que je
réserve pour une autre occasion. Mais je puis soutenir que
c'était un trouvère très bien informé et très intelligent, tou-
jours soucieux de trouver une forme précise et claire. Son
œuvre est par conséquent devenue très personnelle et les
mythes de source celtique se sont mêlées aux croyances
de la mythologie germanique et aux réminiscences clas.-
siques 2 . Elle a perdu un peu de son sens primitif, mais
elle a gagné en unité : beaucoup mieux qu'une autre
œuvre qui se serait piquée de fidélité à la tradition, elle
nous montre comment concevait les légendes un homme
du xm e siècle.
La physionomie poétique de Heinrich est surtout celle
d'un moraliste. Dans un long prologue de 160 vers il formule
beaucoup de conseils de morale pratique. Il considère son
métier comme une vocation. Il se propose d'abord d'écrire
une histoire d'Artus, dès sa jeunesse. Dans sa conception
Artusest un modèle de souverain, modèle de vertus pour les
contemporains, de largesse et de courtoisie surtout. C'est ce
1. « Das ganze ist ein kaum durchdringlicher Schwall von Abentheuern, ein
elend zusammengestoppelter Haufen von ordinàren Situationen und Begeben-
heiten der Irrenden, von Absurditàten und Gemeinheiten... Aile Plan- und
Zwecklosigkeit dièses Zweiges der Romanliteratur, aile seine Absurditàten und
Gemeinheiten, aile seine Uebertreibungen und Extravaganzen kehren hier
wieder... » Gervinus, Gesch. der poet. Natianalliteratur, I, p. 493.
2. Le iil du Labyrinthe p. e.
} | LA DAMOISELE A LA MULE
que louent aussi en la personne du roi breton les trouvères
français, sachant bien qu'il y a plus de profit à tirer des
princes qui aiment les distractions courtoises et qui ne sont
pas avares.
Plus tard Henri change complètement son plan; Artus ne
lui fournissait plus de matière épique. 11 a trouvé un
autre héros plus actif que ce bon roi qui s'occupe surtout de
fêtes et de festins qu'il donne à Noël et à la Pentecôte. Cet
autre héros, c'est Gauvain. Autour de sa personne il groupe
les thèmes qu'il a trouvés dans sa longue carrière de littéra-
teur ' un peu partout. Aux informations de source bretonne
il ajoute une bonne connaissance de la mythologie clas-
sique et des croyances populaires de son pays. Les trois
Parques tissent pour Arthur une longue vie, Clotho lui
accorde les dons de l'esprit :
daz er wertlîchen Pris
vor aller Werlde truege (v. 288).
Un fil d'or comme celui d'Ariane conduira Gauvain dans
le château du Graal. La déesse germanique du bonheur
l : rtiu SaeJik est ici pour Gauvain une protectrice pendant
toute la durée de sa carrière héroïque. La déesse du mai,
Enfeidas, les Kobolde, ÎVasserliute, e. a., donnent au poème
une couleur ethnique.
Gauvain est seul sans faute : l'épreuve de vertu, celle du
gant 2 lui réussit, on parle plusieurs fois de sa perfection
morale. C'est pour cela qu'il est choisi pour accomplir
l'aventure du Graal. Son rôle est celui d'un sauveur. Cette
longue quête du Graal a chez Henri le caractère d'un
voyage bienfaisant du héros. En effet il ne s'agit pas ici
1. Elle était longue, il achevait son livre dans un âge probablement déjà
avancé, il dit dans l'épilogue que sa femme a déjà 80 ans (V. 30033 ss.).
2. V. 22989-24692. Comme d'autres objets de ce genre il fait ressortir les
défauts des chevaliers et des dames. Celui qui est sans faute devient invisible à la
partie droite de son corps, le pécheur restera visible et la partie du corps par
laquelle il a péché sera nue.
ETUDE COMPARATIVE DES THEMES DU CONTE 45
d'initier le héros aux mystères, la réponse qu'on lui donne
est bien insuffisante et obscure sur ce point. L'auteur lui-
même est probablement embarrassé quand il arrive dans
son roman au point où il devrait donner au lecteur une
solution du problème. La signification primordiale est atta-
chée au mérite de Gauvain, à son action bienfaisante pour
les habitants de cette terre. C'est ce qui explique la réponse
du roi (qui n'est pas pêcheur dans cette légende et n'a aucune
histoire personnelle). On lui dit qu'il a sauvé de nom-
breux morts et des vivants. Ceux qu'il voit devant lui, la
« gent » du Graal et le roi aussi, sont tous des morts.
Ich bin tôt, swie ich niht tôt schin
unde das Gesinde mîn,
daz ist ouch tôt mit mir.
Mais quel est le rôle du Graal ? On en dit peu de chose,
l'explication suffit cependant pour comprendre la compo-
sition de ce poème symbolique, telle que nous l'avons. Il sert
au roi de réconfort une fois par an, tout à fait comme chez
Wolfram von Eschenbach. L'influence des pratiques de
l'Eglise catholique est très visible : on offre pendant le repas
mystérieux du pain consacré et c'est probablement ce pain
divin qui est pour Henri le « Graal », cette chose mystique,
et non pas le récipient qui le contient, comme on le voit dans
d'autres versions de la légende. Pour expliquer la procession
mystique on dit que le Graal est gardé chez des femmes
vierges; l'invention fort belle est de Chrétien.
L'arrivée de Gauvain est un moment critique aussi pour
le Graal : désormais il ne doit plus être visible. En effet il
disparaît à ce moment même. Pourquoi ? Il se peut que la
population après cette rédemption de Gauvain n'ait plus
besoin du pain angélique. Mais alors que devient la popu-
lation ? Ce sont là des obscurités qu'il n'y a pas lieu
d'examiner ici. Ce que nous venons de dire doit servir à
expliquer le caractère de la « quête » qu'entreprend Gauvain
dans notre roman.
}0 LA DAMOISELE A LA MULE
De cette quête du Graal dépend, comme dit le poète, toute
aventure qui est arrivée à cette époque de la vie de Gauvain.
Par conséquent celle des sœurs von der Serren chez Henri
est aussi un symbole précurseur du Graal. Les recherches des
objets fées qui confèrent un pouvoir, doivent le préparer à la
grande tache mystérieuse. Nous retiendrons donc qu'à
T « aventure » qui nous occupe dans ce livre le caractère d'une
mission morale est attribué par un des auteurs.
Voici l'analyse de la version de la Demoiselle à la Mule
telle que nous la présente le poète allemand \
Le seigneur von der Serren meurt sans laisser de
fils. Il confie ses terres à ses deux filles en leur recomman-
dant de garder soigneusement un objet auquel il attache une
grande importance: c'est un frein qui doit leur assurer
la possession tranquille des biens paternels. Amourfina, la
sœur aînée, s'empare du frein et du patrimoine. Sgoidamour,
la cadette, part pour la Bretagne, afin de porter sa plainte à
Artus ; Amourfina cependant imagine de s'attacher Gauvain,
sachant que son courage pourrait la protéger contre tout le
monde. Une messagère de la reine réussit à l'emmener, elle
le conduit par une montagne sauvage, puis par une large
rivière. Dans le château un nain le reçoit, on le conduit
après une longue attente dans une pièce magnifiquement
i. L'aventure de Sgoidamour est intercalée dans le récit d'une discorde dans la
famille d'Artus, dont la donnée rappelle le Voyage Chavlemagne. C'est la
recherche du rival d'Artus Gasozein. prétendu premier amant de Guenièvrc. Un
jour, Guenièvre dit à son mari qu'elle connaît un chevalier plus preux que lui,
qui pendant l'hiver chevauche à travers la forêt en chemise seulement. Arthur
part avec trois compagnons pour le saisir ; ils ne réussissent pas dans le
combat. Gasozeio doit venir dans un an à la cour bretonne pour disputer à
Arthur sa femme dans un combat avec ses chevaliers (3273-5093).
Dans la deuxième paitie du récit Gasozein arrive à Karidol. Le combat entre le
roi et Gasozein reste indécis. Guenièvre doit choisir à qui elle veut appartenir.
(Cf. le libre choix laissé à la femme dans la Vengeance Raguidel et dans le Cheva-
lier a l'espee). Elle choisit Arthur. Le frère de la reine Gotegrin veut la
punir pour ce manque de fidélité en la tuant, mais Gasozein la sauve et l'em-
mène (101 1 3- 1 1607). Quand Gasozein veut faire sa volonté de Guenièvre, Gau-
vain apparaît. Vaincu, Gasozein demande pardon à Arthur, qui triomphe par la
force de son neveu. Le même Gasozein épouse Sgoidamour, comme on verra
plus loin.
ÉTUDE COMPARATIVE DES THEMES DU CONTE 47
éclairée, où repose sur un lit la plus séduisante des femmes.
Elle est richement vêtue et parée de bijoux d'or et de
pierres précieuses dont chacune lui donne sa force merveil-
leuse. Gauvain reçu de la façon la plus aimable par la dame,
ne peut pas résister à ses charmes. On s'embrasse, on se
caresse... Mais quand notre héros galant veut satisfaire ses
désirs, «derMinne Reht leisten », uneépée qui est suspendue
au-dessus du lit l'en empêche '. S'il veut être délivré de cet
1. L'épée gardienne de chasteté est un sujet bien connu dans la littérature
médiévale et très répandu dans le folklore. Elle est rattachée au vœu du mariage
blanc ou bien à une abstention temporaire à laquelle les époux s'obligent. Les
fiancés plantent une épée entre eux si les circonstances les font coucher l'un à
côté de l'autre, pour se rappeler au moment nécessaire l'interdiction qu'ils se sont
imposée. C'est le sujet qui se rencontre dans « Ami et Atnile » vers 1160, dans
Tristan et Iseut de Thomas (éd. Bédier, I, 243, II, 256-7) et ce côté du sujet seule-
ment a été étudié par M. Heller dans son article « L'épée symbole et gardienne
de chasteté », Remania, XXXVI ( 1907), p. 36 à 49 et t. XXXVII, p. 162-3. Mais
dans ce récit nous avons une autre forme du sujet, puisque l'épée rend un autre
service. Elle est suspendue sur le lit de la dame comme une sorte d'épée de
Damoclès qui est terrible à qui veut s'approcher de la femme. Dans une forme
plus simple nous trouvons ce sujet dans le Chevalier a Vespee. C'est « l'hôte incom-
mode » qui a imaginé cette ruse parmi d'autres pour perdre les chevaliers qui lui
rendent visite. Il les invite à partager le lit de sa fille. La tentation est trop forte et
de plus il n'v a pas de la part du père de défense formelle. Le chevalier veut donc
satisfaire ses désirs. Alors l'épée que le père a suspendue sort du fourreau et
blesse mortellement l'imprudent. Gauvain dans le « Chevalier a Vespee » est
épargné par l'épée. Ce récit se comprend mieux quand on se souvient que dans le
moven âge français le lit n'est pas un objet aussi individuel qu'il l'est pour nous.
Coucher à deux dans un lit était une habitude normale. Tristan partage sa couche
avec son dénonciateur Mariadoc.
On voit donc qu'une force magique est attribuée à l'arme qui agit d'elle-même
(par ordre d'un personnage magique aussi ; dans des circonstances prévues.
C'est à peu près le cas dans la « Krône ». Mais le rôle de l'épée est encore
plus difficile. Elle doit forcer le héros à prêter le serment conjugal et elle doit
s'arrêter au moment où celui-ci sera prêté. C'est un outil conscient et extrême-
ment docile. Voici son action décrite par Heinrich v. d. Tûrlin :
8574. Daz Swert sînen Willen brach :
als er die Vrouwen ane greif,
ze Tal ez ûz der Scheiden sleif
und gurte in mitten als ein Reif :
sînen Lip ez sô sère twanc,
daz er des Lebens wàrt so kranc...
Alors Gauvain fait la promesse d'épouser Amourfina :
8617. Swie balde Gâwein bevant,
daz sîn Kumber dô verswant
und im den Lip daz Swert verliez,
Vrou Minne in vrô Wesen hiez.
48 LA DAMOISELE A I.A Ml 1 I
enchantement, il tant qu'il épouse Amonrfma. Il prête le
serment et devient son mari. Pour s'attacher Gauvain à
jamais, comme si le serment ne suffisait pas, la dame lui
offre un philtre qui le rend oublieux du passé et fait qu'il se
croit marié depuis trente ans 1 . Mais pendant la fête de
noces on fait circuler un plat sur lequel est figurée la vic-
toire que Gauvain a remportée sur le père de son épouse
actuelle. Le souvenir du passé revient au neveu d'Artus, il
se rappelle une promesse de combat et il quitte Amourfina
en l'assurant qu'il reviendra le plus vite possible.
Après un intermède de combats, l'auteur revient à Sgoi-
damour. Elle apparaît à la cour bretonne à la Pentecôte et
promet son amour à qui lui rendra le trône et le frein dont
Amourfina s est saisie. Keu (Kei) accepte et se met en route
sur la mule blanche de la demoiselle. Mais bientôt il revient,
ne pouvant pas franchir un pont d'acier large comme la
main. Gauvain tente l'aventure après lui, il passe le pont,
s'arrête devant le château qui tourne sans cesse, il y entre
malgré tout. Mais des obstacles s'accumulent. Un géant lui
propose « le coup de la hache 2 », puis lui prépare une série
de combats, dans lesquels notre chevalier réussit à mer-
veille. Reconnu comme seigneur (pourquoi seulement
maintenant ?) il donne l'ordre à Amourfina et à sa cour de
se rendre à Karidol. A son arrivée, Sgoidamour à laquelle il
a rendu le frein précieux, est prête à remplir sa promesse.
Comme Gauvain est déjà marié à sa sœur, Sgoidamour
consent facilement à épouser un autre chevalier. On célèbre
les noces avec éclat.
Les malheurs d'une sœur dépossédée du patrimoine par
sa s(iur avaient déjà été racontés une fois dans un millier
1. Ln accident analogue est arrivé à Lancelot qui sous l'influence d'un anneau
magique perd la mémoire et devient marmiton, l'erceval, v. 21376 ss.
2. Nous reviendrons sur les détails indiqués ici d'une façon sommaire.
ÉTUDE COMPARATIVE DES THEMES DU CONTE 49
de vers du Chevalier au lion (vers 4703-5106 et 5810-
6459 env.).
Après la mort du seigneur de la Noire Epine, l'aînée des
deux filles a pris possession de toute la terre en refusant de
la partager avec la cadette. Celle-ci s'en va à la cour du roi
Artus pour chercher un protecteur parmi les chevaliers
toujours prêts aux services galants. L'aînée cependant a
réussi à la devancer et à s'assurer la protection de Gauvain
qui lui demande seulement de garder le secret là dessus (le
poète en a besoin pour son intrigue). C'est à Gauvain, bien
connu par sa courtoisie envers les dames, à ce « chevalier
aux demoiselles », comme l'appelle Raoul de Houdenc que
s'adresse la pucelle qui vient un peu plus tard à la cour. Il
est forcé de refuser étant déjà lié par une autre promesse.
Artus dont la mission est d'établir la justice et de protéger les
faibles, juge les soeurs selon un code particulier et c'est l'ac-
cusée plutôt qui est favorisée par ce jugement. Comme la
sœur aînée, confiante dans l'appui de Gauvain, refuse de céder
à la cadette sa part des biens paternels, Artus se contente
de reconnaître à celle-ci le droit de chercher un champion.
Un combat va trancher la question. La sœur cadette se met
à la recherche d'Ivain, le noble chevalier
qui met sa painne à conseillier
celés qui d'aïe ont mestier.
Fatiguée par une « quête» sans résultat, elle tombe malade
et est obligée de se soigner chez sa cousine. Une autre
pucelle entreprend le voyage pour elle, sur un cheval elle
erre <r grarit anbleûre » par nuit et par pluie en cherchant le
chevalier au lion. Elle rejoint enfin Ivain qui consent volon-
tiers à la suivre chez la demoiselle déshéritée.
Ils arrivent à la cour d Artus où se trouvait l'autre sœur
qui s'apprêtait à partir pour ses terres. Dans l'intervalle,
Gauvain s'est éloigné de la cour pour un jour. Quand il
revient il a changé d'armes et il est méconnaissable. Avant
4
50 LA DAMOISELE A LA MULE
le combat la cadette propose encore une fois une réconci
liation, mais en vain :
eincois asanbleront les rives
de Sainne...
lui répond l'implacable sœur. Le combat commence donc
entre les deux preux, mais il reste indécis. Les champions
finissent par se reconnaître et chacun d'eux se dit vaincu
par l'autre. Enfin le bon roi Artus arrange les. choses, en
forçant la mauvaise sœur à céder à sa puînée la moitié de
l'héritage '.
On saisit déjà plusieurs différences entre les trois 2 récits
que nous venons de reproduire; mais un examen plus
méthodique s'impose pour notre recherche. Nous allons
considérer les concordances et les divergences dans la dispo-
sition du récit, mettant de côté pour le moment les nom-
breux détails significatifs.
1. M. Brovvn a remarqué quelques autres parallèles entre la Mule et Yvain,
mais le point d'envisagement de M. B. étant différent du mien, je ne peux pas
étudier ici ces analogies. Voyez The Knight oj Lien, p. 693 et dans ce travail,
plus loin le chapitre Château féè.
2. Un épisode de la Sœur déshéritée se retrouve dans le Tristan en prose (voyez
p. e. le ms. de la Bibliothèque Nationale f. fr. 772, fol. 236 v° ss. (I rtJ partie) et
fol. 251 ss. (II e partie). M. Lôseth (Le Roman en prose de Tristan etc.) a remar-
qué qu'il est emprunté à Chrétien. Il y a pourtant une différence de personnes,
aussi le motif de la fausse accusation est mêlé au récit. La sœur cadette qui
cherche justice est accusée par Paillée, qui la menace de mort, d'avoir empoi-
sonné son père. Tristan se fait champion de l'outragée ; le combat entre lui et
Palamède, défenseur de l'ainée, reste indécis et le roi Galeholt (ou Galehoudin)
se charge d'arranger l'affaire. Le combat a lieu dans un château : « et estoit cil
chastiaus très bien assis et près de bois et de rivières et estoit ou plus biau leu et
ou plus jolif que nus homs veïst onques a jor de sa vie, et estoit cil chastiaus
apelez chastiaus de joie et de soulaz... » (fol. 251 v° a).
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52
LA DAMOISELE A LA MULE
Ce tableau met en évidence les points de contact qui
existent entre nos trois versions. Voici ce qu'il nous
apprend :
i° Le sujet-canevas est le même pour C, H, P, aussi le
personnage du héros principal est identique ;
2° C présente une invention piquante d'un combat entre
amis qui ne se reconnaissent que lorsqu'ils sont à bout de
forces ;
3° H et C ont le récit complet par opposition à P qui le
présente dans une forme qui est mutilée, puisqu'elle est
obscure.
4° Les ressemblances entre C et P ne sont pas très pro-
noncées, notons cependant que P introduit comme C des
personnages qui sont indifférents entre eux, par opposition
à H qui présente, sans le développer du reste et sans en tirer
tout ce qu'il pouvait, le conflit entre les devoirs du mari et
du champion d'une autre dame, qui est l'ennemie de sa
femme ;
5° Ce qui unit surtout H et P c'est la satire de Keu et les
sujets accessoires, non sans importance et qu'il faut
examiner de plus près.
Il nous semble indispensable de passer encore une fois
en revue les concordances de //et P en regard des diver-
gences des textes.
DIVERGENCES
H.
Gauvain est devenu dans
la première partie du récit le
mari d'Amourfina, avant
d'être champion de Sgoida-
mour.
P.
Gauvain n'a aucune pa-
renté avec la sœur aînée, elle
tache en vain de le séduire.
ETUDE COMPARATIVE DES THHMES DU CONTE
53
Le poète explique le but
du voyage de Sgoidamour
(v. 12613-623) :
Sgoidamûr diu schoene Meit,
die Amourfina diu schône
des Landes und der Krône
verstozen hât durch ir Gewalt,
diu reit um Velt unde Walt,
und het den herten Wiriter gar
gestrichen durch diu Lande dar
mit Arbeit und mit Yràge,
und hat ir Lîp ze Wâge
gesetzt ûf sol h en Trôst,
daz ir Art us ir Lant erlôst.
La mule est blanche
v. 12657... ir Zelter was ein
[M û 1 blanc.
Le roi reste avec ses barons
dans une salle au milieu d'un
bosquet, « gein der gau-
dine auf einem Sal ».
La demoiselle raconte
qu'elle vient réclamer le se-
cours contre sa sœur aînée.
Keu profondément affligé
par le refus du baiser.
Keu soigne la mule.
Les barons sont allés « s'es-
banoier », tandis que le roi
et la reine restent dans le
château. On les appelle
quand la demoiselle apparaît.
Elle parle du frein seule-
ment, rien d'une discorde
de famille.
v. 13848. Ein Stec smaler denne
[ein Hant,
der was gar stahelin,
daz was an den Ecken schîn,
die sniten beidenhalben sin.
Le pont
v. 240. une planche negaires lee
... de fer trestote.
La mule veut sauter par la
planche, Keu l'empêche.
54
LA DAMOISELE A LA MULE
A Cardeuil (Karidol).
Dans le récit beaucoup plus
abrégé que P, on annonce à
la demoiselle que Keus laere
ivider ha m (v. 1287 1). Aus-
sitôt elle demande à Artus
un autre champion ; elle re-
fuse Lancelot et demande
Gauvain qui consent quand
on lui parle de ses pleurs.
Gauvain tue le chevalier
blessé.
v. 13384. Den Helm er imabe bant,
den Koipfen und das Isengewant
und sluoe im ab daz Houbet.
Als er in des beroubet,
er gap ez dem Zolnaere :
da stuont ein Zinne laere,
dâ stacte ez Gansguoter an.
On aperçoit Keu et an-
nonce à la demoiselle, qu'il
rentre avec le frein. Elle de-
vine qu'il ne l'apporte pas. La
douleur de la pucelle et ses
exclamations sont racontées
avec détails. Gauvain console
la pucelle et s'offre lui-même.
Keu tombe en disgrâce.
La demoiselle demande le
congé pour Gauvain.
Il lui pardonne.
Combat avec les dragons.
un des dragons a un cor à la
tête (v. 13455), Vautre est
vert.
Amourfina est parée de
pierres qui lui donnent cha-
cune sa force merveilleuse.
Philtre amoureux '.
ces détails n'ont aucun
correspondant dans P.
1. Ce n'est peut-être pas précisément un « boire » d'amour dans le genre de
celui qui attache Tristan à Yseut. Sa vertu est seulement d'opérer certains change-
ments dans la mémoire du héros (voir plus haut, p. 48).
ETUDE COMPARATIVE DES THEMES DU CONTE
))
Glaive gardien de chasteté
Le lit est une œuvre ma-
gique.
Il ne faudrait pas exagérer l'importance des différences qui
existent entre les deux récits, d'autant plus que, comme nous
allons le voir, dans de nombreux passages les textes sont pa-
rallèles. Mais justement il sera instructif d'examiner ces
concordances pour savoir si leur nature permet d'admettre
que Heinrich ait traduit le roman français.
CONCORDANCES
H.
13684. Obe ich hie inné vinde,
der mir ze solcher Swaere
ein getriuwer Kempfe waere.
Dem wolt ich mich erbieten
und sîn Arbeit ermieten
mit mines Lîbes Minne,
ob er mir wider gewinne
min Zoum, de 11 ich han verlorn,
darumbe ichYroude h an ver-
[ k o r n .
Ez ist im aber ein s \v aérer
[Haft.
12744. Dar nâch begann sie mêren
ir Weinen unde ir Klagen,
und begann ez offentlîchen sagen,
daz sie daz vil wol weste,
daz diu Arbeit ze veste
dem Truchsaetzen waere
und er wider kaeme laere.
83. se çaienz avoit chevalier
qui de ce s'osast afichier,
qui vousist ceste voie enprendre ;
et se il lo me voloit rendre,
que trestote soie seroie
si tost con je mon frain ravroie,
sanz chalonge et sanz contredit.
78. ... jamès jor joie n'avrai,
tant que mes frains me soit renduz,
qui mauvaisement m'est toluz,
don perdu ai tote ma joie,
v. 95. mes il ne l'avra mie en
[pes
v. 117. Quant il voient que il s'en
[va
toz seus, que conpaignon n'i a,
ne il n'i a arme portée,
fors que tant seulement s'espee...
La pucele remest plorant,
por ce que bien voit a créant
que de son frainc ne ravra mie.
;6
LA DAMOISELE A LA MULE
Ici et dans le passage suivant qui parle de la peur de Keu,
les deux textes se séparent tout en donnant la description
de mêmes faits :
793. Da von Keu sô wê geschàch,
daz er vil nâhe tôt was.
Dô er vor derVreise gênas,
dô wart im aber alsô heiz,
daz ime diu Hitze und der Sweiz
vil nâch hete an getân den Tôt.
Als er nu ûberwant die starc Not,
do began in aber vriesen,
daz er dâ von verliesen
wande den vûr war.
In dûht diu klein Zit ein Jâr,
daz er darinne waere gewes'en.
1 29 1 1 . Sgoidamour « tet im nâch
vil manegen Segen ».
176. Tôt adès covient qu'il i past,
voille non, entrer li estuet ;
il i entre, quant il miaus ne puet.
A quelque poinne i est entrez,
mes moût i est espoèntez
189. et bien se va qu'il n'est chaûz,
a po qu'il n'est do sen issuz ;
212. ja ne quida veoir lo jor.
352. La jeune fille embrasse
Gauvain et
« plus de trente beneïçons
« li a la damoisele oré.
Le moyen le plus sûr de se rendre compte des rapports
entre les deux textes est de confronter les dialogues et les
récits de combat qui, pour les faits essentiels, ne présen-
tent pas beaucoup de divergences. Mais justement cela fera
ressortir les procédés de mise en scène des deux auteurs.
H
13 187. Gâwein zu Gansguoter
[sprach :
« Sit du mich hast lâzen leben,
(.< wer sol mir aber den Zoum ge-
fben,
« darumbe ich bin komen lier ?
'■' Gâwein, lieber Vriunt, sprach er,
« des bringe ich dich wol inné,
« wie man den Zoum gewinne.
« E uns bekume der Mittetac,
P.
634-673.
Et Gauvains li a demandé
conment lou frainc porra avoir,
« Bien lou porras » fet il « savoir,
« mais ainz que midis soit passez,
« avras tu de bataille assez,
« que de gaber ne te tendra,
« que conbatre te convendra
« as deus lions enchaenez.
« N'est mie trop abandonez
ETUDE COMPARATIVE DES THEMES DU CONTE
57
« da muost noch vor tuon manegen
[Slac
« ze Ors und ûf der Erde,
« ê dir derZoum werde.
« Du soit dich wol gerehten
« du muost gar balde vehten
« mit zweien Lewen wilden :
« ob sie mit zehen Schilden
« zehen Ritter solden bestên
« in mohte wol missegên ;
« du soit aber vor ezzen. »
Sprach Gawein der vermezzen :
« Ich wil vehten ze Hant ;
A
« nu bestelle mir Isengwant,
« des bedarf ich, daz weistu wol. »
Er sprach : « Des ist daz Hûs vol,
« dasgewinne ich vil unde «muoc. »
Gar balde er dâ vûr in truoc
wol zehen rîcher Sarwât,
daz ûz er in weln bat,
swaz ime dar under behagt,
wan er sach in unverzaget.
« li frains, ainz i a maie garde ;
« mau feus et maie name m'arde !
« S'il i avoit dis chevaliers,
« tant sai les deus lions à fiers,
« que ja nus n'en eschaperoit
« qui conbatre les lesseroit.
« Mes que ge t'i avré mestier.
« Si t'estuet ainz un poi mengier,
« que tu voises a la bataille,
« por ce que li cuers ne te faille,
« ne que ne soies plus pesanz. »
« De mengier seroit il noianz »
fet Gauvains, « en mile manière.
« Mes porchace une arme chiere
« dont je me puisse aparellier. »
« Çaienz a » fet il, « bon destrier
« que nus ne chevaucha des mois,
« si a assez autre harnois
« que volentiers te presterai.
v Mes tôt ançois te mostrerai
« les bestes, que tu armez soies,
« savoir se tu te recreroies
« de combatre avec les lions »
« Si m'ait sainz Pantelions »
fet Gauvains, « ja ne les verrai
« jusque a aus me conbatrai ;
« mes armez moi délivreraient. »
Et cil l'arme tôt erranment
d'armes bones de chief en chief,
qui bien en sot venir a chief, etc.
Voici la scène du combat avec les lions
13237. Der Lewe solhe Tobeheit
und solich Hôchvart begie
dô er in ûz der Hant lie,
und er den Ritter ersach.
Die Erde er kratzte unde brach
und begann sich sêre ruihen,
Gawein volt sîn niht schuihen
und began ze ime treten.
680. Et li lions tel orgoil mainne,
si grantforsen et si grantrage,
que o ses piez la terre arrache
et la chaenne runge as denz,
quant il par fu fors de laienz,
et il choisi lo chevalier,
lors se conmence a hericier,
et de sa queue se débat.
s
LA DAMOISELK A LA MULE
[$302. DerRitter stach zem Her-
[zen in,
daz er viel tôter hin.
13304. Alserdie Lewen hâte ers-
[lagen
er bat Gansguotern ime sagen,
wer ime erebe den Zoum.
738. Parmi la grève de la teste
lo fiert del espee tranchant,
que jusqu'as denz tôt lo porfant
et li lions chiet a la terre.
742. « De cestui est fine la guerre »,
fet Gau vains, « et fête la pes,
a Or me rent, fet-il, desormès
« lou frainc,foi que tu doizton père » .
Les derniers passages montrent assez bien le style per-
sonnel des deux auteurs. Ecoutons encore l'épilogue du
récit. La joie des habitants est ainsi décrite par Henri :
135 17. Dar obe hôrte er gar grôzen Schal,
anders denne daz er nieman sach :
des wundert in, daz er sprach
ze Gansguotern, waz daz waere?
Er sprach : du soit diu Maere
gar volleclîchen wizzen,
ê dû noch sihest enbîzen :
Ditz sint al die Meide,
die du von ir grôzem Leide
al Zit unz Her hast erlôst.
Und haben zuo dir grôzen Trôst,
w a n n dû i r aller H e r r e b i s t
Et ici Gauvain apprend qu'il est chez sa femme, son « amie »
Amourfina. Chez P on parle des « quaroles », des «borjois »
qui se réjouissent d'être délivrés de l'oppression des bêtes
sauvages (cf. v. 1005-103 7), tandis que H raconte la joie
des demoiselles, dont on ne saisit pas la raison. Plus
loin seulement est donnée la description de la foule,
v. 1 361 5-624 et aussi 13643:
Grôz vroude in dem Hûse wart,
den vor der Wec was verspart
von den zwei Eiterdracken,
die in ir Kinnebacken
ETUDE COMPARATIVE DES THEMES DU CONTE 59
die Liute aile verslunden,
die sie ùf den Strâzen vunden.
Des lâgen sie vor in verstoln,
under der Erde in den Holn
und getorsten niergend uz kommen.
Als sie nû daz heten vernommen,
das sie Gâwein het erslagen,
des begunden sie Gote Gnâde sagen.
Ce passage est à peu près parallèle aux w. 1020-103 5 de P.
Les récits se séparent brusquement. Gansguoter raconte
à Gauvain qu'il s'est fait tort à lui-même en tuant les bêtes
et en entreprenant la conquête du frein pour Sgoidamour.
Ensuite il lui donne un « sarwat » (armure) et une épée
d'une force magique.
Sur l'ordre de Gauvain on se rend à la cour du roi Artus.
On y arrive en trois jours. Une grande joie règne à Cardoil,
on donne naturellement un repas. Gauvain rend ensuite le
frein à Sgoidamour qui s'offre à lui :
Herre, und wellent ir
mich minnen, daz lobe ich,
des b i n ich v r 6 und g i b e m i c h .
La demoiselle française est plus retenue \ nous l'avons
vu. Comme Gauvain est déjà marié 2 , on trouve une autre
solution. On donne Sgoidamour à Gasozein de Dragôz, le
premier amant de Guenièvre ; on met ainsi la fin à cette
longue discorde entre Artus et Gasozein. Ainsi tout est
arrangé et Sgoidamour s'empresse de répondre :
Herre, sin Minne ich gerne wil
Et le poète ajoute cette phrase épique :
Und wârt da Hôchzît grôz
von den zwein Brutlouften (861-2).
1. Cf. v. 1081-1084 de la Demoiselle à la Mule.
2. Contrairement à la tradition.
60 LA DAMOISELE A LA MULE
C'est une question fort délicate que celle des emprunts et
des influences chez les auteurs des romans arthuriens. On
avait à cetfe époque une toute autre notion de la propriété lit-
téraire que de nos jours, on était loin de reconnaître le mérite
de l'invention personnelle; au contraire, on s'efforçait tou-
jours d'invoquer une source fictive ou réelle. En cherchant
à plaire, on choisissait des sujets renommés qui avaient déjà
un succès assuré. C'est un fait tellement connu qu'il n'est pas
nécessaire de présenter des textes à l'appui. Surtout pour la
matière de Bretagne la propagation est devenue immense, il est
impossible de démêler ce que l'auteur prenait d'une source
orale de ce qu'il empruntait aux livres. Cette « matière »
devient propriété littéraire de quiconque entreprend de la
communiquer aux lecteurs de son pays. La littérature de cette
époque devait être forcément régionale et celui qui faisait
pénétrer d'une cour princière quelconque un récit dans un
autre milieu, était considéré comme son auteur. Exactement
comme un traducteur de Boèce pouvait passer pour l'auteur
d'un opuscule moral. Il serait très intéressant de savoir quels
étaient les centres de diffusion des grands mouvements litté-
raires du moyen âge l .
Au premier abord, les différences entre les diverses
branches de la matière peuvent apparaître superficielles,
justement à cause de la « fluidité » de cette littérature 2 qui
a été remarquée par M. Grober 3 . On manque complètement
de principes dans les recherches comparatives des sujets
arthuriens qui ont été cependant faites déjà plusieurs fois.
Selon M. Grober, on ne peut parler de l'emprunt et de
i . Nous nous proposons do travailler en ce sens et d'étudier l'influence de
Wace sur la littérature française.
2. « Flùssigkeit ».
3. Grundriss, II, p. 511.
ÉTUDE COMPARATIVE DES THEMES DU CONTE 6l
l'influence d'un auteur sur un autre que lorsqu'on est en
présence d'une composition moins logique par rapport à
une autre où il y a plus d'unité *.
Ce principe n'a pour nous qu'une valeur théorique.
Il faut d'abord le préciser. Une faute dans l'explication de
tel détail de la source commise par l'auteur indique sa
dépendance. Ce procédé bien connu dans d'autres recherches,
ne suffit que rarement ici, puisque ces cas sont beaucoup
moins fréquents dans les récits des romans que dans le
travail des copistes. Resterait encore à appliquer le prin-
cipe de la concordance des traits accidentels, principe
introduit par G. Paris dans l'étude des fables orientales.
Mais l'occasion de faire ces deux expériences se présente
rarement dans notre domaine. Les cas de ce genre sont
plutôt des exceptions anormales. Il y a bien des différences
de conception de telle légende, de tel personnage, mais
elles sont pour la plupart voulues et résultent d'une
évolution du sujet toute naturelle. Toute tentative d'appli-
quer une méthode infaillible serait vaine dans ce travail. Il
ne nous reste qu'à procéder par l'analyse détaillée et à
avouer que la plupart du temps nous n'émettons que des
opinions, probables ou non, mais rarement des faits acquis.
On sait bien que Heinrich von dem Tùrlin était plutôt
un traducteur habile qu'un « trouveur » original, — natu-
rellement il faut entendre ce mot dans le sens du moyen-
âge. Il traduisait librement en ajoutant de nombreux
détails, des traits de mœurs, des descriptions, il surchargeait
d'explications, d'inventions, mais toujours il suivait fidèle-
ment son texte, au moins dans ses grandes lignes. C'est le
représentant du roman baroque de cette époque. On sait que
Henri possédait assez bien la langue française. Il se vantait
lui-même d'avoir lu beaucoup de livres français « an fran-
zosischen Buochen las ». Il devait avoir connu l'histoire
i. « Wo ein weniger logischer Zusammenhang der Einzelheiten gegenûber
bessererer Fùgung anerkannt werden muss. » Gr., II, p. 511.
bl LA DAMOISÈLË A LA MULE
d'Àrtus par de nombreux poèmes cycliques \ C'était son
mérite et c'est en cela que consiste son rôle dans la littérature
allemande de son époque.
M. Warnatsch qui a examiné sous ce rapport son
«. M an / cl » en comparaison avec le fabliau du « Man tel
nnut taillé » est même d'avis qu'il était « dans les moyens
d'expression et dans la façon de présenter un plagiaire 2 ».
Les auteurs allemands étaient aussi des modèles pour lui.
Dans un passage de la « Krône » (vers 2435 et suivants), il
parle lui-même de Hartmann von der Aue, Reinmar der
Al te, Dietmar von Eist, Heinrich von Rùcke, Friederîch von
Hûsen, Uolrich von Guotenburc et de Hug von Salzâ (« der
Reine »). Sa dépendance de Wolfram d'Eschenbach a été
prouvée par M. Zingerle 3 , et M. Warnatsch relève aussi
celle de Ulrich von Zatzikhoven et de Wirnt von Graven-
berge.
Comment donc expliquer les divergences entre la Krône
et la Mule, la présence de la première partie du récit, les
divergences notables dans la description du château, les
dilTérences dans le récit du jeu parti relatif au coup de hache 4 ?
Est-ce une invention indépendante de Henri, ou a-t-il eu
un autre modèle sous les yeux? Ceci me semble plus pro-
bable. Oh pourrait supposer qu'il lui suffisait pour complé-
ter le récit contenu dans P d'avoir lu Yvain ? Et alors sa
source serait C-hP. On se rappelle que Henri mentionne
comme source Chrétien de Troyes ; il a été remarqué cepen-
dant que ceci pouvait être de sa part un moyen de faire
valoir ses propres récits en les présentant sous l'autorité du
célèbre trouvère champenois. En outre, cette hypothèse que
j'ai admise pour un moment ne me semble pas probable,
car il n'y a pas assez de points de contact entre C et H.
1 . Et c'est de là que lui est venue l'idée de faire du magicien Gansguoter un
parent d'Artus et de Gauvain.
2. Warnatsch, Der Mantel, p. 125.
3. Gertnania, V, p. 468 fi'., cf. aussi Geriiutniit, III, 82.
]. Cf. plus loin, p. 99.
ÉTUDE COMPARATIVE DES THEMES DU CONTE 6$
Est-on autorisé à supposer que le poète autrichien a
inventé de sa propre cervelle tous ces détails ? Une partie se
retrouve chez Païen de Maisières, les autres remontent à
une source française, peut-être commune à Païen et Henri.
Henri le compilateur n'était pas l'inventeur de ce récit. Il n'est
pas impossible qu'il ait lu ou plutôt entendu nombre de
récits semblables à ceux que l'on trouve dans la Mule et
chez Chrétien ; des récits analogues à Cmdrïllon qui racon-
taient les malheurs d'une sœur outragée ne pouvaient pas
manquer à cette époque. Et c'est un de ces récits qui lui a
servi comme source. Ce modèle ne devait pas être en tous
cas très éloigné de notre texte français. Païen est aussi
un remanieur, il ne se piquait guère d'avoir des inventions
personnelles, ce n'était pas de « son sens » r qu'il prenait
l'histoire. Il était au contraire soucieux de suivre les « viez
voies ». Il remaniait fidèlement une tranche de ce récit qu'il
n'a pas assez comprise et qu'il a répétée avec moins de
talent. Mais tous les deux, Païen et Henri, avaient un roman
analogue sous leurs yeux ; l'un le remanie plus librement
peut-être, l'autre, tout en comprenant moins l'original, est
soucieux de raconter fidèlement les détails. Les grandes
lignes lui échappent ; si l'allure du récit l'emporte, il se corrige
d'une façon assez maladroite « trespassé vos dui avoir...
v. 769 ».
En résumé, nous croyons à une source com-
mune non seulement pour P et H, mais aussi
pour C. Chrétien est beaucoup plus éloigné du
modèle que Païen et Henri; c'est ce dernier qui
en est le plus près. Quand on le compare avec P,
on voit qu'il comprenait mieux le récit, qu'il lui donne un
développement plus ample et plus logique. Notre trouvère
se contentait de rapporter des récits vagues et fragmentaires
qu'on ne comprenait plus, car ils étaient vieillis en France,
comme il le dit lui-même dans le passage déjà trop souvent
1 . Méraugis, v. ;8.
04 LA DAMOISELE A LA MULE
cité. En Allemagne cependant, c'était de la matière neuve,
fraîche et passionnante.
C'est a notre avis tout ce qu'on peut dire sur la source
d'inspiration du poème. On voit l'impossibilité d'une solu-
tion décisive pour les problèmes de cet ordre. Il faudrait
mieux connaître la technique du travail de ces auteurs,
avoir la connaissance sûre du procédé de formation d'un
poème du moins qui indiquerait une source connue. Sans
cela, on ne peut qu'émettre des hypothèses plus ou moins
probables dont le lecteur devra être juge.
Si nous n'aboutissons pas à un autre résultat plus solide,
nous croyons savoir du moins (et nous le saurons encore
avec plus de précision) ce que signifie dans le roman la
recherche du frein. Nous savons maintenant pourquoi la
gente pucelle s'écrie :
ja mes jor joie n'avrai,
tant que mes frains me soit renduz,
qui mauvaisement m'est toluz
et on sait pourquoi elle en a perdu « tote sa joie » ; aux yeux
du lecteur cette excursion de Gauvain n'est plus oiseuse.
On comprend aussi pourquoi la demoiselle part de la
cour si rapidement, malgré le conseil de la reine Guenièvre
qui l'invite à rester et à aimer quelque chevalier de la
« maisnie » du roi : elle a hâte de reprendre la possession
de ses biens.
11 est possible, dira-t-on, que l'auteur ait cherché le mysté-
rieux et ait voilé délibérément le fond du récit. Je crois plutôt
que seule l'obscurité de la pensée l'a empêché de mettre en
relief le sujet principal : il comprenait mal lui-même sa
source. Si on allait jusqu'à faire l'honneur à Païen de le
considérer comme un poète symboliste, il faudrait convenir
qu'il s'y prenait mal.
CHAPITRE III
Suite de l'Etude comparative
AUTRES THÈMES ET MOTIFS COMPRIS
DANS LE CONTE
Il est facile de reconnaître au premier abord que la
Demoiselle à la Mule, un roman d'époque tardive, se compose
de thèmes empruntés à d'autres romans du cycle. Il ne servi-
rait à rien de faire un dépouillement complet de ces centaines
de milliers de vers, auquel il faudrait ajouter celui des romans
en prose. Même après ce travail, il serait impossible d'indiquer
la source de nos récits. L'auteur, à coup sûr, ne faisait pas
d'extraits sur fiches pour les compiler. Ce n'était point par
un travail de cabinet qu'un trouvère se préparait à débiter
aux auditeurs le récit d'une « aventure ». Cette littérature est
essentiellement sociale par son inspiration et par sa destina-
tion. Si tous les ménestrels ne composaient pas comme ceux
dont se plaint Gaucher de Dourdans (Percevah vers 28373
et ss.), qui enfilaient des récits appris par hasard « la nuit en
l'ostel », on peut croire néanmoins que peu d'entre eux
recouraient aux livres ou aux dictionnaires de mvthologie.
Des récits appris de ci de là, dans les « viez voies » dont il
était sans doute amateur, servaient de point de départ à notre
auteur; il les renouvelait, ajoutant et enjolivant selon son
goût. S'il invoque une source écrite, personne ne sera dupe
de son affirmation.
De ces considérations résulte le caractère de l'étude qui
suit. Nous ne nous appliquerons pas à la recherche des
68 LA DAMOISELE A LA MULE
sources particulières de tous les sujets que Païen enchevêtre
les uns dans les autres. On l'a fait pour le récit principal.
Pour le reste, on tachera d'apporter quelque lumière au lec-
teur désireux de mieux s'expliquer les bizarres inventions
qui manquent trop souvent chez notre auteur de dévelop-
pement susceptible de les éclaircir. On le fera en rappro-
chant tel motif de la « Mule » des conceptions analogues
d'un autre auteur.
L'importance de ces recherches de l'histoire des motifs
littéraires étant désormais bien établie, nous saisirons l'occa-
sion d'esquisser un petit répertoire des sujets merveilleux
caractéristiques pour ce roman et pour l'épopée courtoise en
général. Aussi croyons-nous devoir donner à cette étude un
développement plus ample que ne le demanderait une
simple introduction.
PAYSAGE
La forêt merveilleuse, la fontaine, la vallée
de la « pute vermine »
En quête du frein mystérieux, les deux champions de la
demoiselle traversent des pays d'un caractère peu banal.
Païen ne nous donne pas une description de cette forêt, nous
ne savons même pas de quels arbres elle est composée. Mais
on nous dit qu'elle est habitée par toute sorte de bêtes sau-
vages (tigres, ours, lions) qui « s'humilient » devant le
vovageur. Il y a là encore une vallée pleine de serpents ;
— tôt la mauvestié de l'iver
... laiens... est assise — ;
on nous dit aussi que les vents sont retenus dans cet
endroit \ nous y trouvons encore un accessoire auquel se
plaisent les trouvères bretons : une fontaine. Il est assez
étonnant qu'elle n'ait pas fourni l'occasion de récits merveil-
leux. Païen dit simplement qu'elle était « moût clere et
sainne » (v. 218) et qu'elle s'offrait très à propos au
voyageur qui y passait. Mais il ne lui prête pas de caractère
merveilleux comme en avait la fontaine de Berenton 2 , « dont
1. Il est possible que ce soit une réminiscence classique de Virgile, par ex.
2. Cette légende de Berenton a eu cette fortune particulière d'être consacrée
par l'église. Une chapelle dans laquelle on priait pour avoir de la pluie, y était
construite. Consulter (avec précaution) là-dessus le livre de Béllamv, La Forêt de
Brechelient, t. II, p. 247 à 336 et 674 à 697.
70 LA DAMOISELE A LA MULE
breton vont sovent tablant » fWace, Brut., 6395 ss.), ou la
fontaine « soz le pin » à'Yvain, ou celle que cherche Méria-
deuc ', ou celle encore qui rend la force au terrible Gorleman,
adversaire de Gauvain, chaque fois qu'il s'en approche pen-
dant le combat \ Nulle allusion à la vertu de provoquer la
pluie si on versait sur le terrain quelques gouttes d'eau, vertu
dont parlent des écrivains ecclésiastiques : Jacques de Vitrv,
Thomas de Cantimpré. Evidemment notre auteur se considé-
rait comme trop raisonnable pour raconter ces fables et pour
faire entreprendre à son héros une nouvelle quête de la fon-
taine merveilleuse après l'expérience de Wace. Il a lu pro-
bablement que cette visite d'exploration a eu un résultat
négatif :
Merveilles quis, mais nés trovai
fol m'en revinc, fol i alai,
fol i alai, fol m'en revinc >.
Ce goupe de récits est évidemment inspiré par la forêt de
Erechélient qui renfermait tant de mystères pour les gens
du moven âge. Chrétien de Troyes l'a célébrée dans Yvain.
Huon de Méry 4 y est allé aussi (en 1232-4) 5 et il explique
l'objet de cette exploration :
la verte voloie aprendre
de la périlleuse fonteine.
Comme d'autres il traversa aussi
... un sentier
qui parmi une gaste lande
1. Chevalier as deux espees, éd. Foerster, vers 9198 à 9317, 10248 et ss.,
10425 et ss. L'aventure n'est pas cependant racontée par le poète auquel la
matière trop abondante a fait oublier le dessein primitif.
2. Gauvain et Keu néerlandais (Lancelot III v. 20786-21067).
3. Brut. v. 641 5 et et ss.
4. Le Tournoiement Antecrit, par Huon de Méry, éd. Wimrner, Marburg, 1888,
5. Grôber, Gr., II 2 , p. 695.
SUITE DE L ETUDE COMPARATIVE 71
... mena en Brouceliande,
qui moût est espesse et oscure
La fontaine n'iert pas oscure,
ains ert clere com tins argent.
Le bacin, le perron de marbre
et le vert pin et la chaiere
trovai en itele manière
comme l'a descrit Crestiens.
Ainsi, plusieurs curieux attirés par la renommée des
merveilles de la forêt ont dû se rendre à Brechélient. En
route, ils apprenaient des récits anciens accrus par des inven-
tions nouvelles qui se répandaient de bouche en bouche.
Qu'il se trouvât parmi ces voyageurs un rimeur, il en com-
posait un récit en prenant comme canevas quelques histoires
de héros de préférence connu, fabuleux aussi et d'une
société courtoise : Gauvain. C'est ainsi que s'explique la
genèse de tels récits.
Païen compare le vilain à un « mor de Moretaigne ». Il est
curieux que Huon de Méry, dans sa description de Breché-
lient, parle aussi d'un « mor de Mortaigne ». Il s'appelle
chez Huon de Méry Bras de Fer et il est « chamberlains »
de l'Antéchrist. Voilà qui montre que Païen, ici comme
ailleurs, puise dans une tradition locale persistante aux
environs de 1232 ; mais qu'il est peu resté de tout cela !
Entre les récits dont nous avons fait mention et celui de
la Mule, il n'existe que des ressemblances de cadres qui
font deviner l'origine commune du récit à qui est averti,
mais dans la peinture des détails, beaucoup de traits ont
disparu. Il existe, certes, aussi des rapprochements stylis-
tiques ; on en a parlé déjà.
Ajoutons ici encore « le flun au deable » et nous aurons
un de ces décors fabuleux qu'on rencontre ailleurs dans les
romans arthuriens '. Le merveilleux et l'horrible étaient
1 . Dans le « Chevalier aux deux épées » on trouve une demoiselle qui sur une
mule traverse sans encombre une forêt pleine d'ours et de lions pendant un orage
et dans la nuit.
72 LA DAMOISELE A LA MULE
bien dans le goût du temps. Ces descriptions n'ont ni cou-
leur ni vérité chez notre auteur. En général, le sentiment
descriptif n'est pas très développé au moyen âge, mais tout
de même il existe. On se délectait au chant des oiseaux en y
éprouvant un vrai plaisir des sens, comme par ex. Perceval
à qui
... li cuers cl ventre
por le doue tens se resjooit
et por les cans que il ooit
des oisiaus qui joie faisoient.
Toutes ces coses li plaisoient. (éd. Potvin, v. 1300SS.)
La thèse de M. Wilmotte qui en analysant les descriptions
chez Chrétien, les compare à un inventaire de propriété
dressé par un notaire, me paraît trop sévère \ C'est juste-
ment dans les romans de chevalerie que l'homme se plaît à
ce qui est beau et élevé (comme il le comprend) et non pas
seulement à « ce qui intéresse son orgueil, ses appétits et
son métier 2 ».
1. Wilmotte, Etudes critiques sur la tradition littéraire en France. Paris, 1909.
Le Sentiment descriptif.
2. Ibid., p. 129.
LE CHÂTEAU FÉÉ ET TOURNANT
Nous avons vu que la Demoiselle à la Mule et la Krône se
rapprochaient surtout par la présence d'un château merveil-
leux dans les deux récits. Examinons de plus près cet édifice
féé et son site.
On nous apprend d'abord (vers 429 ss.)que le château est
bien situé, beau et surtout si bien construit, qu'il ne redoute
aucune attaque. Il est en effet défendu par une eau large et
profonde qui paraît avoir des propriétés terribles puisqu'elle
est appelée ailleurs « îîuns au deable ». Il n'y a d'autre
passage qu'un mince ponceau. L'enceinte se compose de
pieux gros et aigus. Toute cette description du château
jusqu'ici reflète les usages du temps qui sont attestés par
d'autres textes. On choisissait un endroit protégé par la
nature. On l'entourait de palissades et de murs. Le pont
était d'ordinaire levis « ponz torneiz. » (Lanc. 989. Cligès
1220). Même une porte tombante ne devrait pas nous
étonner selon le dire de M. Schuh mâcher r qui a examiné
les textes. Le château de Brandigant dans « Erec » est décrit
d'une façon analogue,
Erec. 5371. un chastel fort et riche et bel,
clos tôt antor de mur novel ;
et par dessoz a la reonde
coroit une eve moût parfonde,
lee et bruianz corne tanpeste.
Mais ces moyens de défense habituels ne suffisent pas
aux habitants. Aux veux de qui arrive un spectacle macabre
1. Das Befestigungswesen in der aîtfran~osiscbeu Literatur. Gottingen, 1906.
(Diss ).
74 LA DAMOISELE A LA MULE
se présente, celui de têtes humaines fichées sur des pieux ;
menace pour qui voudrait entrer. De plus, on a eu recours à
la « nigromancie » pour se protéger contre les étrangers. Tout
ce bâtiment tourne avec une vitesse formidable : « con la
trompe que Ton suet a la corgiee démener » )vers 442). Par
conséquent, la porte passe rapidement avant qu'on puisse y
entrer. Quand Gauvain s'est risqué à sauter malgré l'immi-
nence du danger, un accident qui n'est pas tout à fait clair
arrive à son coursier. Païen dit de la mule :
ele s'est si conseiïe
par derriers, si que de la queue
plus de la moitié li desneue (v. 468).
La porte est-elle donc battante pour avoir tranché la queue
de l'animal ? Rien ne le prouve. On pourrait l'expliquer en
admettant que le mur tourne, tandis que l'intérieur reste
immobile. Or, au moment où la mule ayant passé par
l'ouverture de ce mur tournant, franchit la porte de l'édifice,
sa queue reste engagée entre la première ouverture (qui en
ce moment s'est déplacée) et un des côtés de la porte fixe,
et c'est ainsi qu'elle est arrachée \
Voyons d'abord comment l'explique Heinrich qui semblait
comprendre mieux que Païen le mécanisme de cette forte-
resse. Gauvain passa si bien qu'il n'a point touché à la
porte.
Wan daz diu Porte zevuorte
dem Mul hinten den Zagel,
daz kam von einem Tu m âge 1,
d e r h a 1 b e r û z dem SI o z z e h i e n c
(Krône 12980).
Voilà une explication bien dans le goût de Henri qui aime
à donner des raisons précises et compréhensibles. Le cheval
1. Cette explication m'a été suggérée par M. Roques. Elle se trouve parfaite-
ment appuyée par l'existence d'une barrière tournante dans un texte gallois dont
nous reparlerons.
SUITE DE L ETUDE COMPARATIVE 75
d'Y vain subit un tout autre dommage quand son maître fran-
chit la porte tombante. Il est coupé en deux :
944. Aussi con deablcs d'anfer
desçant la porte contre val,
s'ataint la sele et le cheval
deriere et tranche tôt par mi;
mes ne tocha, la Deu merci,
mon signor Yvain, mes que tant
950. qu'au res del dos li vint réant,
si qu'anbedeus les espérons
li trencha au res des talons.
Une description intéressante d'une défense par enchante-
ment (le mot signifie comme on verra dans le texte « méca-
nisme ingénieux ») est donnée par le Chevalier au Papegaut,
récit tardif des exploits d'Arthur dans sa jeunesse. Le roi
porte secours à la demoiselle Flordemont qui est assiégée
par son maréchal. Pour entrer dans ce château périlleux, il
doit passer par un pont aussi difficile. Ce pont est secoué
tout le temps par un mécanisme secret, aussi Arthur est
obligé de marcher en s'aidant des mains \ Une roue tour-
nante l'empêche d'entrer, le héros étudie sa construction et il
coupe « ung fil de métal qui soustenoit tout Y enchantement ».
« Si tost que le chevalier du papegaut ot taillé le fil de métal
la roe ne se meut point, ne le pont ne crolla plus 2 ».
Ce moven de défense est un enchantement ou bien une
1. « Le pont crolloit si fort qu'il ne s*i pooit tenir en estant, ains ala a paume-
tons encontre bien bellement por la paour qu'il avoit de cheoir et s'est traînés aux
mieulx qu'il pot tant qu'il est venu près de la roe. Si en ot moût grant paour por
ce qu'elle tornoit si fort et menoit tel vent que petit s'en failly qu'il ne s'abatist
sus du pont en l'eaue qui ne sembloit autre chose fors que ung enfer. » (Ms. de la
Bibliothèque Nationale, f. fr. n° 2154, fol. 60 v".) L'auteur de ce roman a
puisé à la même source que Wirnt von Gravenberge pour son ÎVigalois, v.
6714 ss. (éd. Benecke). Ceci a été déjà remarqué par l'éditeur du « Papegau »
M. Heuckenkamp (Introd., p. lii-liii). Ajoutons que Wirnt n'a pas trouvé cette
description dans son modèle : Guinglain de Renaud de Beaujeu.
2. M. Schumacher, dans sa dissertation déjà mentionnée, a rapporté ce passage
avec une foi naïve, comme si c'était un moyen de défense réellement employé.
7 6 LA DAMOISELE A I-A MULE
ruse imaginée par les habitants du château. Ils en sont
maîtres et peuventle faire cesser puisque la dame du château,
au moment du départ de Gauvain, commande à son vail-
lant portier de le tenir « tôt coi » (vers 996 ss.) Il faut peut-
être employer pour cela une formule d'incantation magique
puisqu'on nous dit :
li vilains conmande au chastel
qu'il fust toz coiz, et il s'esta (v. 1000).
Henri deTùrlin parlant de la construction du château et
de sa nature, l'attribue à Gansguoter, l'oncle des deux sœurs
qui est pour lui le gardien du château et qui en architecte
habile l'a muni d'artifices; entre autres choses le mur était
comme du verre luisant et poli \ fort dangereux pour qui
aurait voulu l'escalader.
Autre propriété particulière au château : il est désert.
L'auteur répète deux fois aux vers 545 et 949 qu'il n'y a
plus de « maisnie ». Les personnes qui l'habitent sont sa
propriétaire, le géant mystérieux, le nain, un chevalier
blessé dans des combats; c'est tout. Le bourg et la ville sont
aussi déserts et Gauvain n'y trouve « ne home ne enfant »
(Vers 477). Ce n'est qu'après les combats victorieux du baron
que cet état de choses cesse. Seulement au moment de quit-
ter le château, Gauvain aperçoit la population qui manifeste
une grande joie. Quelle en est la raison ? Le portier
l'explique en disant que c'est le chevalier qui en tuant les
bêtes sauvages qui dévastaient le pays a délivré les habitants :
Dieus les a par vos délivrez
et de toz biens enluminez
1 . « Die Mûre was als ein Glas
« berhtel, hôch unde glat. »
Comparez le mur de verre avec Y île de verre (V. 12949) (« Glastonia ») et la tour
de verre avec des habitants muets. Isle de Voirre, Erec, v. 1945-50. M. F. Lot
identifie cette île avec Avalon (Ceîtica, p. 329).
SUITE DE L ETUDE COMPARATIVE 77
C'est probablement un reflet de la lecture d'une passion
qui racontait la délivrance des âmes du purgatoire.
Mais cette explication est peu convaincante puisque nous
avons vu que les bêtes sont enfermées et gardées par le
géant lui-même qui a sur elles un pouvoir spécial et qui les
tient en « chartre » jusqu'au moment du combat. Ce détail
reste mystérieux et on ne peut l'expliquer que comme une
réminiscence que fauteur a eu d'un récit quelconque, proba-
blement de la joie de la cour dans Erec ou peut-être d'un
récit qui servait de modèle à Chrétien, puisque celui-ci nous
donne aussi peu de raisons satisfaisantes de cette liesse
bruyante.
On pourrait penser à une explication assez vraisemblable.
Les habitants se réjouissent parce que leur maîtresse (la sœur
cadette) entrera désormais en possession du château et que
les propriétaires qui les opprimaient par leurs ruses magiques,
lui céderont la place.
Cette interprétation du texte par le raisonnement serait
peut-être plus acceptable que la précédente, mais j'aime
mieux ne pas lui accorder trop d'importance puisqu'elle n'a
pas son fondement dans le texte même. Je préfère donc ratta-
cher cet épisode à de nombreuses variantes de la joie de la
cour r , du « château des Caroles » dans Méraugis en avouant
qu'il est aussi obscur que ceux-là. Ces passages se compren-
nent mieux si on se souvient que l'histoire de Gauvain parle
de lui souvent comme d'un sauveur. Henri de Tùrlin nous
rapporte deux faits pareils.
Une population dont parle Henri était condamnée par
Dieu à subir pour ses péchés la domination d'un chevalier
noir jusqu'à ce qu'un preux vint la délivrer. Il était prédit
que Gauvain libérerait la population de cette oppression 2 .
Avant lui de nombreux chevaliers avaient tenté cette aventure
i. Voyez Philipot, Remania, t. XXV, p. 267-274-283. X. 2. Lot, Remania,
t. XIV, p. 325 ss.
. 2. Vers 19000 et ss. Krône,
78 LA DAMOISELE A LA MULE
sans v réussir. Les passages analogues ne sont pas rares dans
le Perceval.
Une autre fois Gauvain séjourne dans un château qui
est menacé par un géant. Un cor magique annonce automa-
tiquement l'arrivée d'un chevalier dans le château. Gauvain
refuse de paver le tribut au géant et délivre la population de
la sujétion tyrannique dans laquelle le géant la tenait.
Toutes les particularités de ce château sont d'ailleurs très
fréquentes dans le cycle arthurien. ' Souvent un château
entouré d'eau est l'œuvre d'un magicien « sages clers d'as-
tronomie » ou d'un « pfafTe », si le roman est allemand
(Paryval, Krôtié). C'est vraiment un lieu commun des
romans arthuriens. Les châteaux tournoyants et en mouve-
ment n'y sont pas rares et nous donnerons ici seulement un
court relevé des formes connues 2 .
On sait qu'Arthur naquit au château de Tintagel qui
deux fois l'an disparaît. Voici sa description dans la « Folie
Tristan » (ms. Douce, v. 12 129 ss., éd. J. Bédier):
Li lius ert beus et delitables,
li pais bons et profitables,
et si fu jadis apelez
Tintagel, li chastel faez.
Chastel faé fu dit a dreit,
kar dous faiz l'an tuz se perdeit.
Li païsant dïent pur veif
ke dous faiz l'an nel pot l'en veir,
ne ho m del païs ne nul hom,
ja si grant guarde en prenge l'on, ,
une en ivern, autre en esté.
Tel est aussi le château inaccessible du magicien irlandais
Cùroi (JFled Bricrend, § 80.) Cuchulinn est chargé de défendre
1. Meraugis, vers 3662 ss., 4334 ss., château ,des Caroles.
2. Je n'ai pas pu profiter pour cette étude de l'article de M. Huet Le Château
tournant dans la suite du Merlin, ce numéro de la Roniauia (d'avril 191 1) ayant
paru au moment où l'impression du livre était trop avancée. M. Huet y ajoute
deux versions que je n'ai pas mentionnées : celle de Perlesvaus (éd. Potvin,
p. 194-7) et du Livre d'Art ur ( P. Paris, Romans de la Table Ronde, t. II, p. 199).
SUITE DE L ETUDE COMPARATIVE 79
ce château contre les puissances démoniaques et voici ce
qu'il en est dit :
« Dans quelque endroit du monde qu'il se trouvât, si loin
fût-il de son château, le magicien faisait chaque soir une
incantation sur lui. Alors le château tournait plus
rapide que la meule du moulin qui meut, de
façon qu'on ne put pas trouver sa porte après le coucher du
soleil \ »
Un autre château celtique est celui du Voyage de Malduin \
texte du xi e siècle. Le héros et ses compagnons arrivent dans
une petite île autour de laquelle un rempart a été construit
« destiné à tourner autour de l'île ». Une porte était dans un
endroit du rempart, Quand elle arrivait en face des voya-
geurs, ils apercevaient toute l'île avec tout ce qui se trouvait
à l'intérieur; ses habitants qui ressemblaient à des êtres
humains étaient beaux, portaient des vêtements parés et
banquetaient, des coupes d'or à la main 5 (« caroles » des
buveurs).
Le poème XXX du livre de Taliessin \ datant du
xiv c siècle >, célèbre la gloire d'Artus qui a étendu sa domi-
nation au delà des limites du monde. Il livre une bataille
à Hadès et emporte de sa terre un vase sacré.
Dans un château à quatre angles (Caer-Pedryvan) sur
Vile de la Porte tournante 6 (Ynys Pybvrdor), dont les habi-
1. La traduction de d'Arbois de Jubainville dans le « Cours » est embrouillée.
Je me suis servi de celle de M. Rhvs (Arthurian Legend, p. 392, note) et de la
notice de la Revue Celtique, 1901, p. 133. Comme le passage prête à des discus-
sions, je le donne pour les celtistes, d'après Winàisch Irische Texte, t. I, p. 295 :
Cipé aird do airdib in domain tra i m-beth Curui, dochâineth for a chatraig
cach n-aidchi, co m-bo demithir brôin mulind, conna fogbaithe addorus do grés iar
fuiniud n-grene.
2. Signalé par J. L. Weston, Mélanges Wihnotte, p. 888.
3. D'après la traduction de M. Withley Stokes. Revue Celtique, X, p. 81.
4. Traduit dans \Y. Skene : The four aucient hooks of Wàles. Edinburgh, 1868,
t. I, p. 264.
5. D'Arbois de Jubainville, Introduction, p. 66.
6. Skene traduit : a In Caer Pedryvan in the Isle of the strong door ? »
M. Rhvs explique : « the isle of the active door ». Arthurian Legend, p. 300.
80 LA DAMCHSELE A LA MULE
tants, dit-on, boivent du vin mousseux au crépuscule, on
trouve ce récipient dans lequel M. Rhys voit le prototype du
Graal.
Dans un autre poème du même manuscrit, un barde
parle de sa résidence Caer Sidi dont il vante les charmes. Ni
les catastrophes ni l'âge ne prévaudront contre elle : les
vagues de l'Océan l'entourent et des sources abondantes s'y
trouvent, d'où s'épanche un liquide plus agréable que le vin
blanc '. M. Rhys explique que dans ce texte le mot « Sidi »
s'applique à un bâtiment tournoyant 2 .
Ces textes nous font voir: i° un château sur une île, 2° un
rempart qui tourne ou bien une porte qui se déplace. Ces
obstacles sont d'ailleurs analogues ; car si le poète dit : « le
château tourne », ou bien la porte se déplace, ou le rem-
part, le fait énoncé aura pratiquement le même effet :
impossibilité d'accès, venant de la mobilité même du bâti-
ment dans lequel on veut entrer. De loin, le mur tournant
donnait l'impression que tout le château tournait. Mais
si l'on s'approchait et si l'on voulait pénétrer à l'intérieur,
le déplacement de la porte devenait le fait le plus impor-
tant.
Ces descriptions concordent parfaitement dans tous leurs
traits avec celle de Païen. Il ne parle pas de l'île, mais l'eau
difficile à franchir ne saurait indiquer autre chose 3 . Païen
de Maisières dit que le château
... si fort tornoioit,
con muele de molin qui muet (v. 440).
H. de Tùrlin a saisi la même comparaison du modèle
sans avoir pu rendre l'onomatopée :
1. Traduit dans Skene, op. cil., p. 275 ss.
2. Op. cit., p. 301, sidyll signifie « rouet à filer ».
3. Notre château est situé sur une île. « Le sens du mot île était chez les Bre-
tons très étendu et pouvait même s'appliquer à un monticule continental entouré
de cours d'eau ou de marais ». F. Lot, Cellica, p. 331, note 5, Romani a, XXIV.
suite de l'étude comparative 8i
Sic lief alsô sncllc %
umb und umbe, als eine welle
sic trcip, dar sic nie entwelt,
reht alscin mi'il, diu dâ melt,
alsô diu âventiurc zelt (v. 962. Krône).
Ce passage du Festin de Bricriu nous donne la même com-
paraison. Nous n'allons pas conclure que le poème du cycle
irlandais d'Ulster est la source du nôtre. Sans doute, la chro-
nologie ne s'y opposerait pas: le manuscrit irlandais est de la
fin du xi e ou du commencement du xn e siècle. Mais l'in-
fluence proprement littéraire des œuvres en langue celtique
semble difficile à admettre. Il s'agit ici d'une figure de style
tellement en vogue qu'elle courait le monde avec les des-
criptions du château merveilleux jusqu'à être fixée par écrit
dans une langue étrangère. La persistance des traits stylis-
tiques dans ce cycle épique n'est pas rare ; elle sera relevée
plusieurs fois au cours de cette étude.
On rencontre fréquemment ce château merveilleux dans la
légende irlandaise. Il représentait dans cette mythologie le
Royaume de la Mort, situé dans des terres difficilement acces-
sibles dans lesquelles des héros (Cuchulinn, Arthur) sont
allés souvent guerroyer 1 . La plaine agréable Mag-Mell \ le
pays des félicités n'est qu'un autre aspect de cette terre des
dieux et des morts. Un sujet pareil avait évidemment une
vitalité assurée. Il a persisté dans les contes modernes sur
l'autre monde, MM. Curtin et Brown en donnent quatre
exemples 3 . Il y a en particulier des récits modernes sur
Cuchulinn et ses voyages dans l'autre monde.
Sous l'influence de la théorie du mythe solaire, on croyait
qu'il fallait expliquer les mouvements du château par les
croyances à la rotation du soleil 4 . D'autre part, l'idée du
1. D'Arbois de Jubainville, Littérature Celtique, II, p. 351-354.
2. Cuchulinn malade et alité, d'Arbois, Cours Y, p. 170.
5. Curtin, Myths and Foïk-Lore of Ireland, pp. 304-326. Idem., Hero-Tales of
Ireland, pp. 58-92. Brown, Yvaiu, p. 81, ss. X.
4. Voyez par exemple J. L. Weston dans les Mélanges Wilmotte, p. 883.
6
S: LA ÎDAMOISELE A LA MULE
château tournant.se rattache au symbolisme de la roue.
M. Gaidoz dans son étude sur les dieux solaires ' en a
démontré de curieuses survivances. Il ne parle pas spé-
cialement du sujet qui nous intéresse, mais nous deman-
dons la permission de nous référer à quelques passages
de son travail qui touchent à notre sujet. Une prédiction
relative aux événements qui doivent se passer vers la fin
du monde imaginait une roue à rame (Roth Ramhach) ;
« cette « roue à rame » doit être un navire contenant mille
lits et chaque lit mille hommes. Ce navire va également
sur terre et sur mer et il ne doit pas ferler ses voiles
jusqu'à ce qu'il échoue 2 . » Une déformation laïque de ce
mythe a suivi dans une légende qui racontait que cette
roue « aurait été fabriquée en Italie par Simon le Mage pour
un druide d'Irlande, son élève 3 . »
On reconnaît dans ceci une représentation bien celtique
de l'autre monde qu'on ne se figurait pas comme une terre
de repos éternel, mais au contraire, comme un monde d'une
activité perpétuelle. Les combats et les aventures héroïques
y devaient continuer et donner toujours une gloire nouvelle
aux héros celtiques 4 .
Dans la littérature française de source bretonne, le sujet
du château féé est très fréquent. Les voyages d'un héros
dans un château sont pour Chrétien de Troyes l'occasion
préférée d'intercaler des épisodes dans son récit. La liste où
l'on entreprendrait de les relever serait longue, et difficilement
complète. Chez ces conteurs, on distingue deux types de
châteaux et deux sortes d'enchantements qu'ils subissent.
C'est souvent un pays de félicité où l'on danse et mène une
vie joyeuse. Tel le « Chastel des Caroles » du Méraugis (v.
i. Le dieu gallois du soleil et le symbolisme de la roue, Revue archéologique, 1884
et 1885.
2. Revue archéologique, 1885, p. 179.
3. Ibidem, p. 179.
4. D'Arbois de Jubainville, Le cycle mythologique irlandais.
suite de l'étude comparative 83
3662 ss. et 4334 ss.) pour lequel on a prouvé des sources
celtiques '. M. Lot l'a rapproché de « l'Ile des pleureurs
noirs » et de « l'Ile des rieurs » de la « Navigation de Mael-
Duin 2 ». La parenté avec la « joie de la cour » dans Erec de
Chrétien de Troves n'est pas éloignée \ De l'autre côté, nous
avons ces bourgs déserts à aspects tristes et inquiétants, les
« gaste cite » et les « castel gaste » 4 de la légende graa-
lienne.
Les deux traits caractéristiques se trouvent réunis dans
la conception de Païen de Maisiéres et dans celle de Henri
de Tùrlin. Le château est désert. Gauvain après y être
entré
...de ce est auques dolanz,
que il n'en a trové laienz
feme, ne home, ne enfant.
Mais quand il part en sauveur
si a lors parmi les rues
si granz conpaignies veûes
de genz qui laienz qu are 1 oient,
et si grant joie demenoient,
que se Dieus l'eûst conmandé,
n'eussent il pas plus joé.
On trouve bien des descriptions des châteaux fées, voire
tournants, en dehors du cycle breton. Charlemagne et ses
compagnons dans leur voyage à Constantinople sont reçus
d'une façon hospitalière dans le palais du roi Hugues. C'est
aussi un pays de félicité : « Onques n'en out larron tant com
la terre duret ». Le palais est de toute beauté et richesse, il
est construit sur un pivot et tellement léger que le vent de
1. Lot, Roman ia, XXIV, p. 325 ss.
2. Cours de littérature celtique, V, p. 473 et 492.
3. Philipot, Rotuania, XXV, p. 267, 279, 283, note 2.
4. Percerai, v. 2963, voyez Birch-Hirschfeld, Die Sage vont Graal.
$4 1 A DA.MOISELE A LA MULE
la mer le fait « torneiier et frémir » (v. 385), en même
temps une musique se fait entendre. Voici sa description :
(v. 354 ss.j éd. Koschwitz).
Se eralerne ist de nier, bise ne altre venz
qui lièrent al palais dedevers occident,
il le font torneiier et menut et sovent
corne roe de char qui a terre descent.
Cal corn sonent et boulent et tonent ensement,
coin tabors o toneires o granz cloche qui peut.
Li uns esguardet l'altre ensement en riant
que ço vos fust viaire que tuit fussent vivant.
350. Cent colombes i at tôt de marbre en estant ;
chascune est a fin or neielee devant...
de cuivre et de métal tresjetet dons enfanz.
Avec le calme qui se rétablit, le spectacle qui met en
effroi les nobles barons, cesse. M. Webster dans son article
« Arthur and Charlemagne » l a rapproché ce palais des
sujets bretons. Il pense que c'est un monde féerique que
l'on plaçait vers Constantinople et ceci concorde selon
M. W. avec la légende celtique qui supposait l'autre monde
ordinairement en Grèce 2 . Et ce cas, d'ailleurs insuffisam-
ment prouvé, permet à M. Webster de conclure que « les
mêmes histoires ont été racontées sur Charlemagne en
France, sur Airem en Irlande et sur Arthur en Bretagne » 3 .
Il conclut en exprimant l'idée que de ce fait l'influence cel-
tique sur la formation des sujets fabuleux est beaucoup plus
considérable que l'on ne l'admet maintenant et qu'elle a eu
une importance toute primordiale.
Cette idée serait parfaitement juste, s'il y avait entre les
récits de la chanson de geste et ceux des romans bretons des
ressemblances importantes. La seule présence d'un château
féerique dans les deux récits ne saurait suffire. Le château
1. Englische Studien, 1906, p. 337 à 369.
2. Op. cit., p. 356.
3. Op. cit., p. 367.
suite de l'étude comparative 85
de Hugues tourne sous le souffle du vent, donc surtout
pendant l'orage, et il tourne tout entier. Dans la légende
celtique il s'agit de bâtiments dont la défense est un rem-
part tournant perpétuellement en action. Les détails de
la description du château de Constantinople ne s'appa-
rentent nullement à ceux des châteaux typiques dans la
légende celtique et dans la littérature bretonne française.
Où parle-t-on dans ces descriptions des instruments qui,
semblables à des harpes éoliennes, résonnent par la force
du vent ?
Le ton joyeux, plaisant et coloré du récit, complètement
différent de celui des conceptions bardiques, et plus d'un trait
de détail trahissent la différence essentielle entre les types
de la légende que nous étudions et cette fable de fantaisie
orientale. C'est un autre esprit qui a produit ces deux récits
et on ne peut pas prétendre trouver la source d'inspiration
pour le passage de l'épopée Carolingienne dans les romans
bretons. Elle est plutôt orientale; G. Paris a cité une fable
analogue, celle de Haroum Alraschid ', qui contient le
même sujet du roi blessé dans son orgueil et se mettant en
quête de son rival. Ce sujet existe aussi dans la légende
arthurienne. Arthur combat les amants de sa femme qui lui
sont préférés par Guenièvre à cause de leur vaillance, mais
le dernier des deux sujets qui comporte la légende du Voyage
de Charlemagne ne contient aucun trait spécial pouvant dé-
celer une origine ethnique, et il peut aussi bien être né sous le
ciel brumeux de la Bretagne que sur les sables échauffes de
l'Orient. Quant au sujet principal qui nous occupe, il est
clair que « c'est bien ainsi que l'imagination des Occidentaux,
excitée par les récits des pèlerins qui avaient traversé Cons-
tantinople en allant en terre sainte, se représentait la ville
des merveilles» 2 .
On trouve d'ailleurs plus d'une fois, en dehors de la
1. Romania, IX, p. 8.
2. G. Paris, Romania, IX, p. 11.
86 LA DAMOISELE A LA MULE
matière bretonne, des exemples d'édifices magiques, cons-
truits par « nigromance ». Dans le tombeau de Blancheflor
par exemple apparaissent à travers le cristal les images de
Floire et son amie. Le vent est aussi dans ce cas la force
motrice du mécanisme.
Quant li vens les enfans toucoit
l'uns baisoit l'autre et acoloit.
Si disoient par nigremance
trestout lor bon et lor enfance.
Ce dist Flores a Blanceflor
« baisiés moi, bêle, par amor- »
Blanceflor respont en baisant
« Je vous aime plus que riens vivant '. »
La différence d'imagination étant établie, nous sommes
donc dispensés d'examiner l'hypothèse qui attribuerait une
origine orientale à notre sujet.
On remarquera cependant que nous ne sommes pas dans
la Demoiselle à la Mule en présence d'une légende qui ait
conservé intact son caractère celtique. Nous ne sommes
i. Scion M. Huet, la source du récit du tombeau fictif est arabe (Mille et une
nuits) ci. Romania, 1899, p. 353 et Romania, 1906, p. 95, selon M. Pizzi (Memorie
délia R. Academia délie science de Torino, s. II, t. XLII (1892), Science morali, etc.,
p. 265-6, cap. 17) elle est persane. M. Reinhold (Floire et Blancheflor, Paris,
1906, p. 162-163) s'est efforcé d'en indiquer la source dans le roman d'Apollonius
de Tvr. L'histoire était en effet connue au xm e s. (voy. Klebs, Die Er^ahlungen
von Apollonius ans Tvr, Berlin, 1899, p. 414 ss.).
M. Huet a déjà remarqué la différence des récits : il ne s'agit pas ici d'une
ruse emplovée par les parents pour tromper leur fils amoureux ; j'insisterai
plutôt sur la différence de l'image : Tharsia, fille d'Apollonius, est vendue par sa
tutrice, qui fait édifier un tombeau fictif et annonce au père rentré que sa fille est
morte. Le texte instruit suffisamment quelle est la nature de ce tombeau qui
n'était aucunement un artifice : « Tum pergunt cives ubi figuratum fuit sepul-
crum a Dvonisiade et pro meritis ac beneficiis Apollonii patris Tharsiae fabri-
cantes rogum ex aère col lato inscripserunt taliter... D. M. CIVES THARSI
THARSLE VIRGIN] REGIS FILLE OB BENEFICIUM EIVS PIETATIS
CAVSA EX AERE CONLATO FECERVNT. (Apollonius de Tyr, publ. Riese,
2 e éd., p. 63 ss., 75 ss.). L'hypothèse de M. Reinhold n'est donc pas assez
fondée.
suite de l'étude comparative 8.7
aucunement autorisés à supposer qu'il s'agisse ici d'une île
de félicité ou d'un pays de la mort et que par la porte qui
coupe la moitié de la queue à son destrier, le héros entre
dans le Hadès celtique. Le récit de Païen représente une
étape très postérieure dans l'évolution de la légende : elle
est adaptée à l'usage des lecteurs français, qui n'ont plus la
noble foi des premiers auditeurs auxquels les druides révé-
laient les destinées futures de l'humanité. Il faut com-
prendre l'« aventure » de Gauvain, comme tant d'autres
vovages dans un pays merveilleux dont abonde la littérature
contemporaine, voyages où le héros triomphe de tous les
enchantements. Les lecteurs ne leur accordaient guère plus
de foi qu'à ce récit dans lequel Gauvain cherche des fleurs
d'éternelle jeunesse pour la demoiselle Mancipicelle. On
apprend avec plaisir qu'il est allé dans un pré duquel nul
n'est revenu vivant ; qu'en se blessant au pied il domine
la somnolence qui s'empare de lui sous l'influence perni-
cieuse des plantes venimeuses et qu'il rapporte deux cou-
ronnes de fleurs avec lesquelles il fera le bonheur d'une
vieille dame '.
De même, on aime à écouter les récits qui content com-
ment le héros breton est allé au pays de la déesse Frau
Saelde, une Fortuna germanique \ Mais nulle part on n'y
attache la foi religieuse sans laquelle il ne saurait y avoir de
mythe. Nous avons beaucoup de récits analogues qui pré-
sentent des exemples curieux de composition littéraire ayant
pour base des mythes déformés. Ainsi la conception d'un
château bâti par l'enchanteur Clincbor dans le Parzival de
Wolfram d'Eschenbach et qui y est combinée avec le motif
du lit périlleux 3 (XI 566) : le même sujet se trouve chez
Henri de Tùrlin dans le château de Salie bâti par le magi-
cien de la Krône Gansguoter pour Iger, la mère d'Artus 4 .
1. Krône, v. 21094 ss.
2. Ibid., 14927 à 15218.
3. Voyez pour ce thème Armstrong, Li Chevalier a ï'Espe'e.
4. Krône, vers 20267 à 21094.
^ LA DAMOISELE A LA MULE
Henri nous parle encore d'un pays d'enchantements, celui
de Gabari ; Gauvain y est vainqueur par la vertu des
objets fées qui lui ont été donnés par Gansguoter. Pour
arriver à ce château il faut traverser une eau qui grossit et
devient rapide quand un étranger approche. La ballade
anglaise The Turk and Gowin parle d'un château habité par
une cohue de géants.
On voit combien tous ces récits sont éloignés du type
primitif. Il ne serait pas aisé d'établir une classification
rigoureuse, et ce n'est pas dans cette intention que nous
axons mentionné les variantes. Nous avons voulu montrer
que la Demoiselle à la Mule représente un état bien altéré :
intermédiaire entre le récit devenu complètement littéraire
et le mythe lui-même. Néanmoins, ce sont surtout les
détails (château désert et tournant, passage par une eau)
qui lui donnent le caractère archaïque. L'esprit en est com-
plètement moderne. Entre Païen de Maisières et
un Charles Perrault, il y a un abîme quant à la
perfection de l'art, mais les deux oeuvres sont inspirées
par le même goût et par la même intention littéraire. La
curiosité du féerique et d'un monde imaginaire a fait naître
les contes de fées et La mule sans frein ne se distingue de
ce genre littéraire que par quelques éléments accessoires et
assez superficiels de nature épique.
Les reconstructions qu'on a tentées (surtout du côté de
M. Brown '), pour préciser dans les romans arthuriens
(Yvain par exemple) la part des survivances des mythes de
l'autre monde sont très intéressantes au point de vue
mythologique. Mais elles déterminent plutôt ce qui ne
subsiste plus dans la conception des auteurs français des
XII e et xm c siècles. Sans doute, le décor extérieur, le paysage
est le même : toujours ce passage difficile à forcer, soit à
cause de l'eau qui pour Païen court comme un « fleuve de
i. Yvain, a study in the Origin of Arthurian Romance; The knight of the
Lion.
suite de letude comparative 89
diable», ou du pont trop étroit, ou des combats nombreux
qu'il faut livrer exactement comme dans les récits celti-
ques. Mais ce sont seulement les détails extérieurs qui sont
identiques. Les poètes français comme leur public n'enten-
daient probablement rien aux mythes solaires ou aux
voyages dans un autre monde heureux. Ils recueillaient les
échos affaiblis de ces croyances païennes qui n'étaient plus
que des récits fantastiques ; ils les recueillaient avec plaisir
parce que c'était là une inépuisable matière qui se prêtait à
tous les rajeunissements et à tous les remaniements. Les
conteurs bretons dans leurs lais racontaient des légendes
féeriques. Les uns tâchaient de les rendre plus intelligibles
aux lecteurs ; tel Chrétien, imaginant une porte tombante
qui coupe en deux le destrier d'Yvain, tel Wolfram ou
Heinrich faisant intervenir l'élément « magique », qui bien
entendu possédait une valeur explicative pour ces auteurs ;
d'autres relataient les faits sans les bien comprendre, tel
notre humble conteur.
Mais il n'y a point de trace de l'esprit rêveur qui caracté-
risait la poésie celtique, aucun élément religieux non plus.
Ce sont des récits plaisants et s'il y a une idée au fond des
romans de chevalerie, elle est toute moderne comme la
société précieuse des xn e et xm e siècles la pouvait créer; c'est
celle des services galants. Cuchulinn en héros bienfaisant
cherche le pays de l'éternelle jeunesse, mais Gauvain
emploie ses forces à protéger une demoiselle contre un
ennemi réel ou fictif ou bien s'il se met en quête de fleurs
qui assurent la jeunesse aux vieilles dames, il le fait pour
plaire à une demoiselle. En dehors de cela, ce ne sont que
des aventures chevaleresques dont le seul objet est d'exercer
ses forces. Cette partie de l'élément merveilleux qui se
trouve dans les romans arthuriens est toujours un emprunt
fait à l'étranger mal compris et mal assimilé.
LA DÉFENSE DU CHATEAU ET LE DÉCOR
GROTESQUE
i° Pont sur un « flun au deable ».
Nous avons dit que le château était très bien défendu par
sa position, il était entouré d'une
eve noire
qui estoit plus bruianz que Loire (v. 391-2).
Dans la Krônc c'est une rivière remplie de pierres ce qui cou-
lent », par conséquent impossible à traverser à la nage, ce
qui peut se faire facilement dans la Demoiselle à la Mule.
On traverse souvent des rivières sans pont dans les
romans arthuriens. Rappelons seulement quelques exem-
ples : Gauvain pour gagner le pays de Baudemagus traverse
à la nage le fleuve (Charetie) ; dans Perceval, on parle aussi
d'un « gué amourous » (vers 2426 ss.), dans Guinglain,
nous avons un gué gardé par Blioblieris. Dans le Lancelot
néerlandais l Keu ne peut pas traverser un cours d'eau tandis
que le chien qui l'accompagne passe à la nage.
Les habitants du château disposent pourtant d'un autre
moyen pour traverser la rivière. Il y a un pont très étroit
« d'un dor lé » que les étrangers peuvent traverser, s'ils ont
du courage et une monture merveilleuse. Mais pour ceux
qui ne possèdent pas le secret, c'est un passage par trop
1. Jonckbloet, Geschiedenis, t. I, p. 332. Hist. littèr., t. XXX, p. 84.
MITE DE L ETUDE COMPARATIVE 91
périlleux ; aussi Keu recule devant lui. Dans la Krôtie,
c'est un pont tranchant '.
Notre trouvère, ici comme ailleurs, puise au trésor des fic-
tions connues. Déjà Chrétien de Troyes parlait d'un pont
assez semblable que Perceval devait passer quand il voulait
entrer après son adoubement dans un château entouré d'eau
Mais un pont passer li covint
si foible, ains c'a la porte viegne,
c'a paine quic qu'il k sostiegne.
Li chevaliers sor le pont monte,
si le passe ke mal ne honte
ne encombriers ne li avint (Parceval, 2904).
Dans la partie du Perceval qui est de Gaucher de Dour-
dans, on trouve aussi un pont extraordinaire difficile à fran-
chir puisqu'il est mince et monte vers le milieu :
Y. 28827. De fust estoit fais et bastis,
par tel manière ert establis
que, puis c'on montoit sor le pont,
en aloit on toustans amont
jusqu'en miliu, adont faloit,
que nule rien avant n'avoit ;
pour çou n'i pooit on passer.
Une estache de kuevre cler
qui moult estoit de grant vallance
le soustenoit a la fallance ;
Ions estoit bien d'une traitie.
Et l'euwe ki desous burie
ert moult lee, grande et parfonde
et li plus rade de cest monde.
Xous trouvons une chose analogue en Irlande dans le
récit de la vision chrétienne à'Adamnân qui dut être com-
« Ein Stec smaler derme ein Hant,
« der was gar stahelîn,
m das was an den Ecken schîn ;
« die Sniten beidenthalben sin. » (Y. 12848).
2 LA DAMOISELE A LA MULE
posé entre les ix c et \r siècles. Pour entrer dans l'en fer infé-
rieur, il faut franchir un pont qui « est élevé en son milieu,
tandis que ses deux extrémités sont plus basses». Pour les
uns le pont est large d'un bout à l'autre, pour d'autres il
est étroit au commencement, large à la fin; pour d'autres
encore, large à l'entrée, il devient tellement étroit que les
âmes tombent « dans la gueule des huit bêtes ardentes qui
font séjour dans la vallée » '.
On se rappelle que Lancelot en allant chercher Gue-
niévre dans le pays mystérieux, épisode qui a fait couler
déjà tant d'encre, doit choisir entre un « ponz evages »
(Charette v. 656) et un « ponz de l'espee » (668 ibid). Voici
comment Fauteur plus tardif du roman en prose compre-
nait la structure de ce pont :
« Baudemagus... avait fait dépecer les ponts et les avait
remplacés par deux autres plus merveilleux, dont la garde
était confiée à deux chevaliers de prouesse éprouvée. L'un de
ces nouveaux ponts était de bois et n'avait qu'un pied et
demi de large. Il était construit entre deux réseaux de cordes,
à demi profondeur de la rivière. On comprend la difficulté
de passer à cheval sur un pont mouvant. L'autre, plus dan-
gereux encore, était fait d'une longue planche d'acier effilée
comme une épée. Le côté opposé au tranchant n'avait qu'un
pied de largeur ; il était fixé sur chacune des rives, et recou-
vert de façon à ce que la pluie ou la neige ne pût l'endom-
mager 2 .»
Dans le Wàlewein néerlandais, Gaston Paris 3 a vu une
* •
déformation chrétienne du même sujet. Il y a là une eau
bouillante qu'on ne peut passer que sur un pont tranchant
et aigu ; tout à fait analogue est le récit dans un autre poème
néerlandais Gaavain et T échiquier. Nous trouvons dans
1. Revue celtique, t. XXX, p. 91.
2. Lancelot du Lac, LXIV, analyse de P. Paris. Romans de la Table Ronde, t. IV,
p. 140.
3. Iitudes sur les romans de la Table Ronde. Lancelot du Lac, Romania, XII,
p. 510.
SUITE DE L ETUDE COMPARATIVE 93
Perceval le passage d'une rivière à l'aide d'une mule, qui
représente pour nous un intérêt particulier. Quand Perceval,
après son séjour chez l'ermite, se met en quête du « Graal »,
il lui faut passer une rivière. Une demoiselle survient sur
une mule,
estrangement fu viste et bêle,
dit le poète (v. 22334). Elle le conduit jusqu'à une
barque dans laquelle elle saute avec la mule « qui iert
costumière », mais le destrier de Perceval se refuse à sauter
dedans. Les marins qui l'ont aperçu l'avertissent en criant du
caractère démoniaque de la demoiselle :
Dans chevalier
par foi, ele vos voet noier.
Mors estes se laiens entrés.
Ne vous seroit hui racontés
li mestiers dont ele servoit,
ne li grans maus c'as gens fesoit :
les gens ravissoit se dit l'en
a la court le roi Blandisen (Brandigan).
Nous ne tirons d'ailleurs aucune conclusion de ce simple
rapprochement.
Si on cherche des analogies dans le folklore européen,
on les trouve de nouveau parmi les récits irlandais de l'autre
monde. Kôhler définit le caractère de ce pont dans le folk-
lore ; il faut le traverser si on se rend dans le paradis ou dans
le pays de félicité en général \
G. Paris 2 et après lui M. Brown 5 et Ehrismann 4 ont
remarqué que ceci peut être une survivance d'un mythe
celtique. En effet le passage périlleux est un des épisodes
essentiels que la légende celtique mentionne toujours, quand
1. Kleinere Scbrifteitj t. II, p. 411.
2. Romania, t. XII, p. 510.
3. Yvain, p. 75.
4. Mârchen im hôfischen Epos, p. 20.
94 I A DAMOISELE A LA MULE
elle conte un voyage dans un autre monde \ Fréquemment
dans les récits bretons, gallois, ou irlandais, il faut passer
un cours d'eau dans une barque ou bien par un pont dan-
gereux, idée qui fait d'ailleurs partie du patrimoine commun
aux peuples indo-européens, où les Celtes l'ont prise. La
légende de Charon en est le témoignage chez les Grecs. Il
serait inutile d'insister sur les sources des analogies chez
Dante et d'entrer dans une étude plus détaillée de ce vaste
sujet. Il nous suffit seulement pour notre commentaire
d'avoir indiqué quelques faits sur lesquels on trouvera
facilement des renseignements dans des ouvrages de mytho-
logie 2 .
2° Palissade ornée de têtes humaines.
Au vers 850, l'auteur nous dit que la palissade qui entou-
rait le château était ornée de 400 têtes coupées. Evidem-
ment, il ne faut pas prendre à la lettre le nombre 400 qui
signifie simplement « beaucoup ».
Ce détail macabre qui rappelle les récits des pays de can-
nibales, paraît avoir particulièrement plu à Païen et aux lec-
teurs de son temps puisqu'il en fait mention trois fois dans
le récit. Il y a dans notre château féé un chevalier qui est
spécialement chargé d'entretenir cette décoration singulière :
il coupe la tête à chaque preux hardi qui se présente pour
combattre avec lui. Gauvain a pitié de ce cruel bourreau et,
l'avant vaincu, lui laisse la tête sur les épaules. Cela atteste
chez notre auteur et dans son milieu un goût plus délicat
que ne l'était celui de Henri de Tùrlin qui a raconté avec
une exactitude scrupuleuse l'exécution.
384. Den Hclm cr im abe bant,
den Coipfcn und das Isengwant
1. D'Arbois de Jubainville, Epopée celtique. Rhys, Arthurian Legcnd.
2. Voyez surtout Nutt, Voyage of Bran.
SUITE DE L ETUDE COMPARATIVE 95
und sluoc im ab daz houbct.
Al s er in des beroubet,
er gap ez dem Zolnaere,
dâ stuont ein Zinne laere,
da stacte ez Gansguoter an.
On retrouve une description pareille dans le Chevalier aux
deux épées où Gauvain est loin d'être aussi généreux que
chez Païen, peut-être aussi son adversaire mérite-il moins le
pardon. Dans ce passage surtout apparaît cette manière bar-
bare d'annoncer ses victoires. Voici le pourparler de Gauvain
avec Gernemant après qu'il l'eût vaincu :
4722. Par foi, et je vous couperai
la tieste, et le métrai ou pel.
Gerneman lui répond :
... puis ke je sui
vaincus, il ne m'en caut
en avant conment de moi aut,
faites en trestout vo talent.
Gauvain s'empresse de le faire :
... prent
tantost la tieste, ke mise a
ou pel, ke cil li devisa,
ki devoit parfaire le conte
de XLY ; et puis monte.
S'a le cor a son col pendu,
ne n'a plus iluec atendu,
ains s'est au chastel adreciés
arrière, moût joiaus et liés.
Dans Eree on trouve une description analogue :
5780 Erec. ... devant aus sor peus aguz
avoit hiaumes luisanz et clers,
et s'avoit dessoz les cerclers
teste d'orne dessuz chascun.
06 ! \ DAMOISELE A LA MULE
On retrouve ce trait aussi dans Guinglain dans la descrip-
tion du château de l'île d'or.
*
Couper les têtes après le combat était une habitude rela-
tée volontiers par les conteurs irlandais. Cuchulinn le fait
dans le Festin deBricriu l ; comme gardien du château magique
il prend part à de nombreux combats. Il s'élance sur les enne-
mis et les tue, « tous les neuf restent sur le carreau. Il apporte
l'une après l'autre les têtes à son poste et s'asseoit auprès du
tas. Neuf autres guerriers poussent le cri de guerre contre
lui; il est une seconde fois vainqueur, et la lutte recom-
mence une troisième fois avec le même résultat, en sorte
qu'il fait un monceau de têtes et d'armes. » Plus tard, il
coupe encore la tête à un monstre et « la met sur le tas avec
les trois fois neuf autres têtes. »
Un autre exemple se rencontre dans l'Exil des fils de Dvel
Y oublie \ Les têtes ou les corps entiers empalés sur des
pieux, les crânes suspendus à la ceinture des vainqueurs,
sont autant de sujets très répandus dans les contes popu-
laires. On nous dispensera d'une énumération de versions
peu attrayantes.
3° Le portier du château.
Gauvain est reçu à l'entrée du château par un personnage
peu sympathique d'aspect. C'est « un vilain trestot herupé »
d'une taille énorme qui a l'air d'un fou (vers 507-8) :
Bien deïst qui l'cùst veû,
qu'il eûst son oirre perdu.
Dans le Festin de Bricriu, la description d'un géant à la
hache présente beaucoup d'analogies avec celle de la Demoi-
1. D'Arbois de Jubainville, L'épopée celtique en Irlande, t. I, p. 81 ss.
2. Ibidem, p. 149 et ss,
SUITE DE L ETUDE COMPARATIVE ^)J
selle à là Mule. Païen à la manière des auteurs du moyen âge
le charge d epithètes peu flatteuses. Il dit de lui qu'il est
« fel » et ce qui devait certainement être pour lui une indi-
cation péjorative, qu'il est d'un teint brun ; dans ceci il suit
l'exemple des jongleurs de l'époque qui exhalaient toute la
haine qu'ils avaient pour le rude paysan. On se plaisait sur-
tout à décrire sa laideur répugnante : il est d'ordinaire
« grans et mervelles et lais et hideus I . »
Cependant le portier du château féé n'est point de ces
vilains pauvres attachés à la terre qu'on considérait comme
des animaux serviles 2 . Chrétien de Troyes et ses confrères
n'ont point assez de mépris et de railleries pour ces rustres
misérables 3 . Ils emploient l'expression « vilain » par oppo-
sition aux « cortois » pour désigner des gens sans distinc-
tion, en particulier ceux qui ne se plient pas au « covent »
d'amour 4 . Le mot vilain sert ici pour qualifier l'aspect hideux
de ce géant, car c'est un géant : « plus granz que Saint Mar-
cel » 5 , comme il convient à un portier.
On est frappé surtout par le caractère équivoque et
ambigu du « vilain » qui « moût vialt aïsier » Gauvain, qui
est « loiaus » (vers 631) et qui va lui proposer un jeu parti
si dangereux. On ne peut expliquer cette sympathie qu'il a
pour Gauvain autrement qu'en admettant que Gauvain
se soit nommé en arrivant. Mais ce qui reste étonnant, ce
sont les sentiments que Gauvain de son côté manifeste pour
1. Aucassin et Nicoleile, éd. Suchier, p. 28.
2. Voyez Alcius Ledteu, Les vilains dans les œuvres des trouvères, Paris, 189O,
p. 25 à 55. ■
3. HucnerhofT, Die komiseben « vilain » - Figuren der altfr^ Chansons de geste.
Marburg, 1894.
4. Ce qu'indique la préface â'Yvain, vers 33 surtout.
5. L'hagiographie 11'euregistre pas à ma connaissance de saint Marcel qui se
distinguerait par une taille gigantesque. Est-ce une confusion avec saint Chris-
tophe, ou bien l'auteur pensait-il à une statue ; celle de Xotre-Dame de Paris
(portail gauche) qui représente saint Marcel, évèque de Paris (350-405), vainqueur
du dragon, n'est pas d'une grandeur extraordinaire,
oS LA damoiseLe A la Mule
lui : à l'issue des combats, il prend son bras cordialement.
La fonction de ce portier du fameux château tournant est
d'abord d'inviter les chevaliers à renoncer aux desseins aven-
tureux qui les ont amenés, puis de leur opposer des
obstacles. Nous parlerons encore du « jeu » surprenant qu'il
prépare lui-même aux chevaliers. Mais un trait met surtout
en relief le caractère du portier. C'est par lui que la châte-
laine fait arrêter au vers iooo le bâtiment roulant qui en
effet lui obéit comme un être vivant :
... conmande au chastel
qu'il fist toz coiz, et il s'esta.
Il me semble résulter de ceci que c'est un enchanteur qui
met sa « nigromance » à la disposition de la dame, nous
disons « dame » puisque rien n'autorise à supposer que
Païen considérait la châtelaine comme autre chose qu'une
simple mortelle. Mais le géant serviteur d'une fée est une
figure connue dans notre domaine ; rappelons seulement
Mahon de la Joie de la cour \ Henri de Tùrlin nous a mieux
expliqué son caractère. Je rappelle la métamorphose qu'opère
Gansguoter, c'est le nom du portier dans la « Krône », à
l'arrivée de Gauvain. Quant à sa généalogie, il est apparenté
à Artus et oncle des deux châtelaines. 11 est considéré par
Henri comme « Pfaffe wolgelêrt » puisqu'il sait changer de
forme, « pfaffe » ne signifie autre chose que magicien. Je ne
crois pas courir le risque d'être qualifié de celtomane, si je
cite le fait que les magiciens existaient surtout dans la tradi-
tion celtique où l'on attribuait aux druides un pouvoir
magique 2 .
Henri nous apprend aussi que le portier est l'architecte de
ce bâtiment merveilleux. C'est lui qui a imaginé le méca-
i. Philipot, Rotnania, XXV, p. 274 et ss.
2. D'Arbois de Jubainville, Introduction à l'étude de la littérature celtique. Paris,
1883, P- ! 35 ss -
suite de letude comparative 99
nisme, c'est lui qui a bâti le mur de verre. Sa fonction
d'architecte explique son pouvoir sur le mouvement du
rempart qu'il fait arrêter à la sortie de Gauvain. Il s'ac-
corde aussi parfaitement avec les traditions celtiques, qui
nous parlent des druides ingénieurs ' et leur attribuent
toute sorte de pouvoirs magiques, entre autres celui de
prendre les formes qui leur plaisaient (le Terrible dans le
« Festin de Bricriu »). Néanmoins la croyance en des pra-
tiques magiques étant universellement répandue, on ne sau-
rait admettre que Henri ait puisé directement ce détail à une
source celtique.
4 Le nain.
Le nain que Gauvain rencontre dans le château et qui l'in-
troduit auprès de la dame, est aussi un accessoire coutumier
du décor grotesque des romans arthuriens \ Il paraît même
que les nains étaient un ornement de la cour comme les
sots, farceurs, etc. C'est ce qui semble résulter d'un passage de
la chronique de Jean d'Oxenèdes (1249) cité par M. Schultz 5 :
ce Tempore sub eodem quidam homuncio aetatis habens
xviij, staturae fuit tripedalis, nomine Johanni, quem
quasi prodigium regina secum duxit. » Il paraît aussi que les
dames tenaient des nains à leur service, à peu près comme de
nos jours on a des grooms. Le nain de la mule n'est ni sor-
cier ni méchant. Il est tout au plus insolent.
5 Le jeu parti du coup de la hache.
Parmi les obstacles qu'il faut vaincre avant d'entrer en
possession du frein, il en est un qui paraîtra au lecteur un
î. D'Arbois de Jubainville, ibid., 163.
2. Wohlgemuth. Kiesen und Zwerge i. d. Altfran^ôsischen er\ahlenden Dichtung.
3. Schultz, Dashôfische Leben, t. I, p. 307. Cf. aussi Langlois, La Société fran-
çaise au xm e siècle , p. 109.
100 LÀ damoiskll a la mule
peu plus bizarre que les autres. Le géant qui a reçu Gauvain
à l'entrée du château change assez brusquement d'attitude
et se montre très hospitalier. Peut-être a-t-il appris le nom
de Gauvain, le preuxdes preux (ce que l'auteur a « trespassé »),
aussi c'est pourquoi il « moût lo vialt bien aïsier, cou a tel
chevalier covient a (vers 556). Et il vient avec une bonho-
mie aimable proposer à Gauvain un jeu, mais un jeu à faire
frémir. Il lui donne à choisir :
574, Anuit ... la teste m'oste
a ceste jusarme trenchant ;
si la m'oste par tel couvant,
que la toe te trencherai
lou matin, quant je revêtirai.. .
Le passage est évidemment mutilé. Gaston Paris Ta déjà
remarqué \ Il n'est pas difficile de combler la lacune
dans le développement des idées, puisqu'il s'agit d'un jeu
parti et d'un choix, il fallait que le géant eût aussi proposé à
Gauvain l'inverse : « ou bien veux-tu que je te coupe mainte-
nant la tête et tu pourras te venger à ton tour demain ? » Il
paraît que l'auteur lui-même ne comprenait pas bien ce
« jeu » étrange et c'est pour cela qu'il a omis l'exposé de la
proposition inverse. Païen trouvait le récit plus obscur
encore que nous ne le trouvons nous-mêmes. Comment
donc Gauvain pourra-t-il couper la tête au géant une fois
décapité. Possède-t-il une force merveilleuse ? Déjà la pre-
mière partie de la proposition, ensuite l'issue de l'épisode, le
géant ramassant sa tête coupée par Gauvain et se présentant
le lendemain sain et sauf suffisent à nous convaincre qu'il
y a là réellement une force surnaturelle, une « nigromance » :
le vilain est doué d'un pouvoir magique.
Voyons quel est le caractère du récit dans d'autres ver-
sions assez nombreuses et quel éclaircissement on peut tirer
des rapprochements.
1. G. Paris, Hist. lit ter., t. XXX, p, 75.
SUITE DE L ETUDE COMPARATIVE 10 1
G. Paris qui a soumis cet épisode à une étude sommaire
à propos d'un poème conservé seulement dans une version
anglaise « Gauvain cl h vert chevalier » ', en a indiqué quatre
versions françaises, une anglaise et une irlandaise ; il ny a
pas en ceci de divergence bien accentuée entre la version
allemande de la Krône et la Mule, Il ne sera pas inutile
d'examiner encore une fois de près la question.
Ce même récit nous est conté d'abord par le continuateur
anonyme du Percerai (vers 12629 et ss.)
Artus selon une habitude dont on parle souvent, ne veut
pas dîner à la Pentecôte sans qu'une aventure ne se soit
présentée.
12629. Ne place Dieu que ja m'aviengne
que a tel fieste ja court tiegne,
tant que j'aie corone portée,
k'aigue soit prise ne donee 2 ,
devant ce k'estrange novele
u autre aventure moult bêle
i soit voiant tous avenue.
La costume ai ensi tenue
tote ma vie jusques chi.
Aussitôt, comme par enchantement, cette aventure arrive,
qui doit le mettre en appétit. Un chevalier de taille énorme,
bien vêtu, demande un « don » singulier :
Le don est colee reçoivre
por un autre colee prendre.
Caradeul accepte l'engagement. Il lui assène un coup for-
midable après lequel le géant ramasse sa tête et s'éloigne.
Mais après un an, il revient pour rappeler la promesse à
1. Histoire littéraire Je la France, tome XXX, p. 71 et ss. Voyez aussi Rornania,
tome XII, p. 377.
2. L'eau à laver les mains.
102 LA DAMOISELE A LA MULE
Caradeul qui est présent. Le roi demande grâce pour Cara-
deul et offre vainement à l'inconnu une rançon. Le chevalier
ne veut pas de ces richesses. Alors le grand Artus se pâme
(vers 12807) ; ' a reine pleure aussi sur le bon chevalier et
offre à l'étranger une autre rançon non moins tentante : une
amie qu'il pourra choisir, dame ou pucelle, ou même si
cela ne lui suffit pas « trestoutes [dames de la cour] s'il le
plaist » (vers 128 19). Il repousse brutalement ces offres
et lève l'épée sur le cou de Caradeul. Plusieurs assistants
à leur tour « en sont keù en pasmison ». Caradeul se
montre vaillant, mais ce n'était qu'une menace, l'étranger
est le père de Caradeul, et il ne peut pas exécuter son
propre fils.
Ce géant est évidemment un être doué d'un pouvoir
magique, un « enchanteor» l . Ceci résulte aussi du récit de
la susbtitution de la femme au roi (vers 12855 ss -)
Dans ce récit, nous avons affaire à une ruse imaginée par
un homme doué d'un pouvoir extraordinaire qui se moque
des invincibles chevaliers de la Table Ronde.
La disposition du jeu est semblable dans le Chevalier vert 2 .
Aussi a-t-on dit que cet épisode est emprunté du Percevalde
Gaucher de Dourdan. Un chevalier étranger vêtu de vert
invite les chevaliers de la Table Ronde à lui couper la tête
d'un coup d'épée. Après un an il rendra la pareille à qui vou-
dra subir la même épreuve. Gauvain a cette audace. Après
un an, Gauvain se présente au château d"e la dame du Che-
valier vert. Il subit l'épreuve, mais sa tête ne tombe pas :
c'est la récompense de sa vertu, car il n'a pas succombé aux
tentations de la dame. Il s'en va seulement avec une légère
blessure, humilié et irrité. On est ici, évidemment, en
présence d'un récit moral; la légende arthurienne en
abonde \
1. C'est ainsi qu'il est appelé dans la version en prose.
2. Sir Gawayn and the Green Knight, éd. Rich. Morris. Laisse VIII.
3. Les épreuves du lit, du gant, du manteau, e. a,
sU. TE DE L ETUDE COMPARATIVE IO3
Plus obscure est la version du Perctval en prose*. Même
aventure arrive à Lancelot dans la « gaste cité » d'un aspect
très « romantique » : « Cité toute vuide de genz et... les
granz paies decheûz et gastez et... granz iglises toutes
degastées... » Un chevalier richement vêtu lui fait la pro-
position dans ces termes :
« Sire, il convient que vos me copez la teste de ceste
hache ; car de ceste arme est ma mort jugiee, ou je vos an
trancherai la vostre ».
On croirait à un suicide prémédité qui réussit puisque le
chevalier en meurt après s'être confessé. Il est mystérieux
également que la tête et le corps du chevalier qui semble
tué disparaissent. Sans doute il est mort, puisque des
chevaliers et des dames en deuil et en larmes demandent
vengeance (p. 104). Lancelot a juré de revenir dans un
an exposer sa tête au même péril. Il rencontre alors le
frère du chevalier mort, et à notre grand étonnement, il
ne se comporte point comme un preux. Il « cuide mou-
rir... si se couche a terre en croiz et crie a Dieu merci »
(p. 232). Il pleure « ne onques puis qu'il fu chevalier, ce
dit li contes, ne larmoia por riens qui li avenist, ni por
pesence que celé foiz et une autre ». Il ne peut tenir sa tête
tranquille sur le billot, tellement il est énervé. Enfin une
demoiselle dont Lancelot était le bienfaiteur s'interpose et
réclame sa grâce qui lui est accordée. Ensuite, nous apprenons
la joie de la population qui peut désormais rentrer dans la
cité. Lancelot tout tremblant encore dans son pauvre cœur est
considéré comme libérateur, tout à fait comme Gauvain,dans
la Demoiselle à Ici Mule. On s'efforce en vain de trouver un
sens à ce conte.
Une autre version beaucoup plus logique est offerte par le
roman inédit et fragmentaire Gauvain et Humbaut. Les
héros arrivent à la porte d'un château dont il n'y a « ne plus
1. Éd. Potvin, p. 102-4.
1 04 LA DAM01SËLE A LA MULE
rice ne mius séant » l . Là ils trouvent un vilain assis qui
i bien sanble home de maie part : (irans ert et noirs, lais et
hideis », un garçon lui apporte une hache et ce gardien
semble leur offrir le combat.
Humbaut, trouvant la proposition déplacée, le prie de
différer jusqu'à ce qu'il revienne du château, mais le vilain
veut exercer son droit et réclame un jeu parti sur le champ.
Le manuscrit assez obscurci par de nombreuses fautes de
copiste permet cependant de voir qu'ils discutent comme
dans d'autres versions sur la primauté du coup. Le vilain
l'assure qu'il ne frappera qu'un seul coup, ce qui est une
condition bien raisonnable, trait qui ne se retrouve dans
aucune autre version 2 . Gauvain demande un moment de
réflexion, puis il dit :
Baillés moi celé hace avant,
jà n'en ferai nule aramie.
Quant à l'assise met ma vie,
dist Gauvain, je ferai premier.
Le vilain étend son cou et plein de confiance dans son
pouvoir, magique comme on le verra,
cuide bien estre seùr,
ne n'i cuide avoir nule garde.
Gauvain tout étonné par le « biel confort » du vilain lui
assène un coup qui fait voler la tête'à dix pas. Le vilain
cherche à employer sa force magique, mais Gauvain a prévu
que le vilain va en faire usage 3 , il le prend par ses vête-
ments, le secoue et empêche les enchantements d'agir.
L'adversaire tombe définitivement mort et le poète ajoute
que Gauvain, vainqueur des enchantements, a mis fin à ce
jeu parti : « onques puis n'i ot ju parti ».
i. Nous citons d'après le manuscrit de Chantilly, fol. 127 r°, col. a.
2. « Ne vos fera(i) ne plus ne mains,
« que seulement un cop sans plus. »
3. Gauvain qui « d'encantement ert apris. »
SUITE DE L ETUDE COMPARATIVE 10)
Les deux épopées irlandaises Festin de Bficriu ' et la Fête de
la maison de Bricriu 2 nous présentent un tout autre sens du
« coup ». Elles sont presque dépourvues de l'élément mer-
veilleux. Le Terrible fait dans le deuxième roman une incan-
tation sur le tranchant de sa hache (page 134). Cuchu-
lainn à qui se présente cette aventure, lui coupe la tête et
offre la sienne à son tour le lendemain. Il s'étend devant le
Terrible sur la pierre. Celui-ci abaisse trois fois la hache sur
le cou et le dos du brave: « lève-toi, Cuchulainn, dit-il, à toi
la royauté des guerriers d'Irlande et le morceau de héros,
personne ne peut te le contester ». Le Terrible est ici juge de
la vaillance et choisit Cuchulainn parmi d'autres preux du
récit irlandais qui se disputaient l'honneur delà suprématie.
Dans le Festin de BricriiL nulle différence. Le magicien
Cûroï Mac Dâiri joue ici le rôle du géant.
Après cela, on ne peut guère contester la nature magique
de cet épisode que nous constations dans le récit de la
Demoiselle à la Mule. Gauvain subit ici une épreuve de vail-
lance d'ordre magique comme Caradeul et Cuchulainn,
d'une façon plus brillante que ne le fait Lancelotdans le
Perlesvans. Dans un seul récit (Gauvain et Humbaitt) il s'agit
d'un enchanteur méchant dont la ruse est vaincue par Gau-
vain ; dans d'autres romans, c'est un magicien bienveillant.
Gauvain et Hnmbaut et le Chevalier Vert (vers 287 ss.) sem-
blent admettre encore une autre explication plus réaliste. Il
s'agissait dans l'intention de l'inventeur de ce « morceau de
héros », de prouver la résistance du cou et la force de la
« collée ». Il n'est permis de frapper qu'une seule fois, ce
qui rend l'épreuve plus humaine. Le héros croit sa nuque
tellement résistante qu'il accepte la proposition. Il a foi
aussi dans sa propre force qui lui permettra d'abattre la tête
de l'adversaire et de rendre impossible l'exécution de l'autre
1. Traduction d'Arbois de Jubainville, Epopée celtique. $ 84-86.
2. Ibidem, p. 1 54.
roé LA DAMOISELE A LA MULE
partie du « jeu ». Ceci serait une épreuve de force comme il
\ en a beaucoup dans le folklore européen '.
Ces six versions présentent des variantes considérables
qui ressorterit de l'analyse que nous venons d'en donner. Le
sujet se prétait à diverses explications et nous ne voulons
pas en ajouter d'autres, ce qui prolongerait cette étude.
Remarquons seulement que la solution du jeu parti que
l'auteur a choisie, est moins flatteuse pour Gauvain par
exemple, que celle adoptée par l'auteur de Gauvain ci Hum-
haut.
Le motif de la tête coupée a eu une certaine vitalité, même
en dehors du moyen-âge, on en a fait une ballade anglaise
qui a été publiée sous le titre The Turk and Gawein par
Madden 2 . Nous en avons parlé en étudiant le sujet du
château féé. Il s'agissait aussi d'un « covent », le païen
s'offrant à recevoir un coup de hache à son tour. Gauvain
doit le suivre dans un château d'outre-mer. Parmi d'autres
épreuves de courage et pour clore leur longue série, le
païen prie Gauvain de lui couper la tête. Gauvain refuse
d'abord, puis il le fait « avec l'aide de la Vierge » (with help
of Mary). Quand le sang jaillit, surgit à la place du turc un
chevalier armé de pied en cap (stalworthtknight)qui chante
un Te Deiun de reconnaissance. Par ce coup de hache, Gau-
vain a délivré encore une fois un chevalier et toute une
population de l'oppression des forces malfaisantes.
De tels enchantements n'appartiennent d'ailleurs pas
exclusivement aux romans arthuriens. L'art de se faire cou-
per la tête sans en éprouver de dommage était aussi l'attri-
but de 1' « encanteor moût sage » dont parle le spirituel
auteur du charmant roman de Floire et Blancheflor. Ses talents
professionnels étaient nombreux. Il faisait voler les bœufs
et enseignait la musique aux ânes ; pour le prix de douze
deniers seulement, il consentait qu'on lui coupât la tête. Le
i. Kôhler, Kleinere Schriften, t. I.
2. Syr Gawayne, p. 243 ss. — Wepster, Englische S Indien, 1906, p. 357 ss.
suite de l'étude comparative io
curieux qui l'avait fait, retenait alors la tête dans ses mains,
puis, au bout d'un moment il constatait qu'il n'avait plus en
sa place qu'un lézard ou qu'un serpent.
Tantost corn il l'avoit tencié
et a home l'avoit baillié,
demandoit lui : « Ai toi gabé :
as tu ma teste ? » « Oïl par Dé »,
cou li respondoit li vilains,
quant il regardoit en ses mains
trovoit u laisarde u culuevre.
Par nigromance faisoit l'oevre
V. 810 ss. de l'édition de Bekker.
Des hommes sans tête se promènent de nos jours aussi,
disent les récits populaires. On raconte en Bretagne la
légende teintée de christianisme d'un homme converti qui
emporte sa tête tranchée par son propre père. L'ermite Saint-
Herbot la lui recolle par un procédé bien peu miraculeux ',
assez analogue à celui qu'emploie Pantagruel pour remettre
en place la tête coupée d'Epistemon \
6° Les combats de Gauvain.
Quoique les combats soient décrits d'une façon très som-
maire, c'est ici justement que nous trouvons dans le style
i. « Après avoir bien beurré le cou de Trémur avec son couteau, il lui replaça
la tête entre les deux épaules ». Mais le miracle n'est pas complet, le cou reste tou-
jours sensible aux rayons du soleil. E. du Laurens de la Barre, Fantômes bretons,
contes, légendes et nouvelles. Paris, 1879, pp. 137-150.
2. « Adonc nectoya très bien de beau vin blanc le col et puis la teste et v svna-
pisa de pouldre de diamerdis, qu'il portoit tousjours en une de ses fasques ; après
les oignit de je ne sçai quel oignement, et les afusta justement veine contre
veine, nerf contre nerf, spondyle contre spondyle, affin qu'il ne fust tortycolly, car
telles gens il haissoit de mort. Ce faict, lui feit à l'entour quinze ou seize poincts
d'aigueille, affin qu'elle ne tumbast derechief : puis mist à l'entour un peu d'un
unguent, qu'il appelloit ressuscitatif. » Pantagruel, livre II, chap. xxx.
IoS LA DAMOISELE A LA MULE
de Païen quelque vivacité et quelque couleur. Le combat en
forme avec des lions qui hérissent leur crinière, se servent
de la queue et des pattes comme d'armes offensives, montre
que le poète se plaît à peindre la vie des animaux sur le
modèle de celle des hommes : son imagination est anthro-
pomorphique. Les combats avec des lions ne sont pas rares
dans l'épopée chevaleresque.
Lancelot, après avoir passé le pont tranchant dont nous
avons parlé, se heurte aussi à deux lions. Ils l'attaquent.
Lancelot se défend, l'épéc à la main, mais il lui est impos-
sible de blesser les animaux. Il y a évidemment là un
sortilège. Il suffit que Lancelot ôte son « manicle » et qu'il
montre « l'anelet » que la bonne fée, la Dame du Lac, lui
a donné pour que les lions disparaissent \ Voici la descrip-
tion d'un autre combat :
(Perceval, ms. Mons, v. 9225.)
Uns vikins u un pel feri
en un huis et li huis ouvri,
et uns lions moût mervelleus,
fors et fiers et moût famelleus,
par Fuis fors d'une cambre saut,
qui monseigneur Gauvain assaut
par grant fierté et par grant ire,
et tout ausi corne parmi cire,
trestous ses ongles i embat
en son escu, et si l'abat
si qu'a genous venir le fait ;
mais il saut sus tantost et trait
fors del fuere la boine espee,
et fiert si qu'il li a copee
la tieste et ambesdeus les pies.
Lors fu mesire Gauvains liés,
car li pié remesent pendu
par les ongles a son escu,
si que li uns paru dedens
et li autres remest pendans.
1. Jonckbloet, op. cit., p. cvn.
suite de l'étude comparative 109
Le combat avec les dragons qui jettent du feu « de leu en
leu » a une allure démoniaque. Le chevalier malade qui aux
vers 759 ss. combat avec Gauvain a la même fonction que
ce chevalier du Méraugis qui défendit le château de sa maî-
tresse. Nous ignorons par qui il est blessé ; est-ce un enchan-
tement qui lui permet de se dresser du lit au moment du
combat ?
Ce chevalier et ces bêtes semblent être au service de la
Dame et toutes ces luttes sont parfaitement arrangées par le
portier géant et ont l'air d'un combat concerté d'avance
plutôt que d'une défense improvisée, mais c'est un trait qui
n'est isolé ni dans le folklore européen ni dans les romans
arthuriens. Nous avons déjà vu dans le paysage esquissé
par l'auteur des traits surnaturels ; c'est surtout dans l'accu-
mulation des objets merveilleux que se caractérise l'esprit
enfantin de ces conteurs. C'est ici qu'on peut dire que « le
miracle est en permanence dans l'incessant écoulement
d'une fantasmagorique phénoménalité » \
1. G. Lanson, Histoire de la li lie rature française, p. 46.
AUTRES MERVEILLES
La Mule (féée?).
Le seul fait que la demoiselle arrive à la cour sur une
mule n'a rien d'étonnant. La mule était au moyen-âge la
monture habituelle des dames. Un sceau de la comtesse de
Ravenberg reproduit dans l'ouvrage de M. Schultz ' nous le
représente. Aux textes cités par M. Schultz on pourrait en
joindre d'autres. Amice dans Meraugis (vers 5087) vient à la
cour du roi Arthus sur une mule, de même Idain dans la
Vengeance Raguidel (vers 4734) et aussi la Demoiselle coura-
geuse dans le Chevalier aux deux épées (vers 585), se servent
d'un pareil coursier.
Notre mule a une qualité exceptionnelle, elle connaît à
merveille le chemin par lequel elle mène Keu et Gauvain
et par lequel auparavant, elle a probablement mené maint
chevalier dont la tête est restée fichée sur un pieu. Un
animal sert souvent de guide dans les romans arthuriens.
C'est parfois un chien, un brachet blanc qui conduit le
héros à la place où il doit accomplir ses prouesses comme
dans la version néerlandaise du Lancelot (Livre III, vers
22271 à 23 126) 2 et dans le lai de Tyolet. Les héros sont dans
1. Dos hufische Leben, 2 e éd., t. I, p. 494.
2. M. Warnatsch, Der Mante! , p. 12b, prétendait que le récit de la Mule sans
frein se retrouve dans cette partie du roman néerlandais. G. Paris a déjà dénoncé
l'erreur. Il s'agit ici d'un cerf surveillé par sept lions dont Lancelot doit se pro-
curer le pied blanc pour une reine. Un récit pareil est le sujet du « Tyolet ».
Romania, t. VIII, p. 45, cp. aussi Komania, t. X, p. 493, t. XII, p. 377.
SUITE DE L ETUDE COMPARATIVE I I I
le premier cas Lancelot, dans le lai français Beducr, le com-
pagnon de Keu, « botellier» de la Cour qui ne réussit pas,
mais Tyolet mène l'aventure à bonne fin. Le chien de
Tristan a aussi de pareilles fonctions '. Dans un mabinogi
un cerf joue le rôle de guide \
Dans la légende du Graal, une demoiselle à la mule
joue le rôle d'une messagère mystérieuse ; dans la forêt
apparaît à Perceval
une mule qui plus est b lance
que n'est nois negié sor brance
en ievrier, quant est en gelée ;
frain ot a or... (v. 27735 ss.),
Elle va toute seule et s'arrête devant le chevalier. Un instant
après arrive sa propriétaire, les pieds ensanglantés par les
aspérités de la route sur laquelle elle cherche la mule. Per-
ceval en chevalier galant veut accompagner la dame, mais
celle-ci lui conseille de n'en rien faire, elle le conjure
même, « foi que doit sainte Marie », de la quitter s'il veut
éviter un malheur. Perceval la suit néanmoins, elle le con-
duit dans l'obscurité de la forêt jusqu'à une lumière éblouis-
sante et disparaît. Nous apprenons plus tard que c'est là le
nvmbe du Graal, car le roi Anfortas est dans la forêt. La
pucelle qui est probablement une des servantes du Graal
donne ensuite à Perceval la mule pour qu'elle le conduise
au château de l'échiquier. Une bague féée doit aider le héros
à la rendre docile. L'animal obéit seulement à Perceval ; un
autre chevalier qui veut la monter, ne parvient pas à la
faire bouger.
La mule est donc ici comme dans le conte de Païen, un
guide doué d'un savoir surnaturel.
Si on veut rattacher ceci à une catégorie de faits du folk-
lore européen, on se trouve fatalement ramené de nouveau
1. Bédier Tristan, volume II, p. 156.
2. Traduction Loth, vol. I, p. 262-263
I 12 LA DAMÛISB1 i: A LA MULE
vers les régions celtiques. On trouve bien des « animaux
reconnaissants» partout ailleurs, des poissons, des oiseaux,
des chevaux, des fourmis, des renards, des loups, des
chiens '. Mais tout ceci n'a guère de rapports avec le cas que
nous examinons. Ce n'est pas exactement de la reconnais-
sance qu'il s'agit, mais plutôt de la docilité et d'un talent
spécial. Ici encore les récits celtiques sont pleins d'éclaircis-
sements. L'animal qui conduit le héros dans le voyage
épique vers l'autre monde est bien connu des conteurs
irlandais. Ajoutons encore un détail : dans la forêt dont
nous avons parlé les animaux sauvages témoignent à la
mule un respect particulier. Tout cela nous incite naturel-
lement à penser aux animaux bienfaisants et protecteurs de
la mythologie celtique où abondent des taureaux divins 2 ,
des loups-dieux, porcs divins, chiens sauvages, ours et ser-
pents, vénérés comme divinités 5 . On peut ou non les consi-
dérer avec M. Reinach comme des totems ; en tout cas, il
faut voir en eux une puissance surnaturelle, bienfaisante. Et
c'est justement le caractère de notre mule blanche (puis-
qu'elle est blanche pour Henri de Tùrlin ; elle doit l'être
aussi dans le modèle primitif du récit), néanmoins,
hâtons-nous d'ajouter que Païen de Maisières ne pensait
guère à attribuer à la mule un caractère divin ; sans cela
oserait-il raconter plaisamment que l'animal perdit la moitié
de sa queue en entrant par la porte ? Ici comme ailleurs, il est
un simple écho des récits bretons qui ont perdu leur caractère
religieux et ne servaient que pour l'enseignement et l'amuse-
ment des « mab », de la jeunesse.
i. Voyez R. Kôhler, KJeinere Schrijten, t. II. Zur er^ahknden Diçhtung des Mit-
telalters. Berlin. 1900.
2. Tâin bô Cuanlge, trad. d'Arbois de Jubainville, Revue Celtique, t. XX-XXI.
3. Voyez d'Arbois de Jubainville, Les dieux celtiques à forme d'animaux.
Revue Celtique, XXVI, p. 193 ss. Reinach, Cultes, Mythes et Religions, I, 30-78,
217-232, 271^298.
Reinach, Les survivances du totémisme chez les anciens Celtes, Revue Celtique,
XXI.
SUITE DE L ETUDE COMPARATIVE 1 1
La docilité des bêtes sauvages.
En rencontrant au vers 516 l'allusion au « vilain de
Champaigne » le lecteur pense déjà à Yvain et à ce géant
hideux qui garde les bétes dans la forêt de Brechelient qui
n'est pas close. Il fait la « justice », la police aux bêtes
(vers 341 « je gart et je justis »). Chrétien de Troyes déjà
s'était efforcé de lui ôter le caractère surnaturel païen.
Calogrenant pendant son voyage le rencontre et étonné de
son aspect hideux lui demande :
« Va, car me di
se tu ies buene chose ou non. »
Il répond pour le rassurer
« Je suis un hon. »
« Queus hon ies tu » ? « Teus con tu voiz
je ne sui autre nulle foiz.»
On décrit l'hommage des bêtes dans la version galloise
d' Yvain, le mabinogi Oiceu et Liuiet \ comme suit : « 11 jeta
les yeux sur eux et leur ordonna d'aller paître. Ils bais-
sèrent la tête et lui témoignèrent le même respect que les
hommes soumis à leur seigneur ». Il s'agit aussi des
signes de respect tout à fait humains dans l'hommage
que les bêtes rendent à notre mule.
Le portier de la mule et Gansguoter de la version allemande
* sont les gardiens des lions et des dragons qu'ils amènent à
la bataille. On ne dit rien sur leur pouvoir envers les bêtes
sauvages de la forêt. Le vilain est chez Païen simplement un
gardien au service des deux demoiselles. C'est à elles que les
1. Page 9 de la traduction de M. J. Loth.
î 1 4 LA DAMOISELE A LA MULE
bêtes obéissent en témoignant le respect à la mule, destrier
des demoiselles.
Ce sont d'abord les bêtes sauvages qui apportent leur
hommage à la mule en s'agenouillant (vers 132 et ss. 152
et SS. 562 ss.) ; en saluant Gauvain victorieux, elles lui
témoignent des signes d'amitié et de respect tout à fait
humains (« les piez et les jambes -li baisent» vers 1052 ss.).
Les serpents et autres monstres se comportent autrement
dans la vallée delà « pute vermine », ils s'abstiennent de faire
aucun mal, mais sont évidemment d'espèce trop « vilaine »
pour oser s'approcher du chevalier en lui apportant des
hommages courtois.
Ce pouvoir sur les bêtes est attribué d'ordinaire dans la
tradition celtique à un géant. M. Brown ' considère ce trait
comme appartenant à des mythes d'un voyage dans l'autre
monde. Une légende sur le géant de la forêt de Bréchélient
s'est conservée jusqu'à nos jours en Bretagne; on en
fait des historiettes morales pour les enfants \ Mais aussi,
faut-il constater que ce trait appartient au folklore général;
on en a des exemples nombreux, surtout pour le folklore
germanique 3 . Ce sont là des esprits de la forêt (Wald-
geister), les faunes du monde gréco-latin qui surveillent
les bêtes.
Que signifie le frein ?
Nous avons réservé pour la fin la difficulté la plus
sérieuse que nous ayons rencontrée dans notre enquête.
Malgré nos efforts, nous n'avons pas pu la résoudre de façon
bien précise. Un hasard nous amènera peut-être un jour,
nous ou quelque autre chercheur plus heureux, à découvrir
un motif analogue qui jettera de la lumière sur ce sujet.
1 . Vrai 11, p. 70.
2. Voyez La Semaine des Enfants, 1875, n° 3 1 382-1 383.
3. Voyez pour les exemples \Y. Henschkel, Wald-und Féldkuîte, Berlin, 1904,
t. I, p. 141 ss.
SUITE DE L ÉTUDE COMPARATIVE I I 5
Actuellement, nous ne pouvons qu'apporter quelques obser-
vations dont nous laissons le lecteur apprécier la valeur.
\otre attention est sans cesse sollicitée pendant le récit,
comme cela arrive souvent chez les trouvères, par cet
objet sans aucun doute symbolique. Il n'est pas très pré-
cieux ; il est en argent et suspendu à un clou d'argent
(vers 987) ; rien ne nous explique l'énigme de sa valeur et
pourquoi il faut s'exposer à tant de périls et livrer tant de
combats pour s'emparer d'un frein. Mais il semble avoir
possédé à l'origine une signification quelconque qui per-
mettrait de le ranger parmi les bagues, gants, brides (« pas-
tures »), cors et autres objets du catalogue féerique breton.
Nulle part on ne trouve de récit analogue à celui-ci. Faut-il,
faute d'un autre éclaircissement, en croire Henri de Tùrlin,
d'après lequel le père mourant l'aurait laissé à ses deux filles
pour leur assurer la possession du patrimoine :
Und liez in zu Huote
einen Zoum und seite in, daz
heten sic aller Werlte Haz,
die wîl sie den behielten,
daz sie des Landes wielten.
Le motif du frein ne se trouvant pas ailleurs, peut-on
considérer Païen de Maisières comme son inventeur ? Ceci
ne me paraît pas probable. D'abord, le sujet est mal déve'
loppé, le lecteur ne s'explique pas la raison d'être du frein.
Or, l'auteur aurait certainement été plus explicite sur la
signification de cet objet, s'il en avait été l'inventeur. La ver-
sion H nous éclaire beaucoup mieux. Ce qui fortifie aussi
ma conviction, c'est que notre trouvère, tel qu'il nous
apparaît dans la seule oeuvre qu'il a laissée, n'a nullement
le caractère d'un novateur. Il aime suivre le sillon.
Si on considère le rôle que Païen lui attribue dans son
roman, il est évident que le frein est une sorte de talisman
de famille qui assure le pouvoir sur les terres. Il resterait
seulement à savoir pourquoi on a choisi un frein et non
pas un autre objet.
Il6 LA DAMOISELE A LA MULE
Le talisman existe aussi dans la mythologie irlandaise :
les ceintures, les gants, les pierres comme amulettes ne sont
pas rares l . D'ordinaire il est conservé dans des châteaux mer-
veilleux dont l'accès est difficile. Le frein était sans doute un
de ces talismans,
Un autre exemple de talisman de famille se trouve dans
le roman néerlandais de Torec 2 , de Jacob Van Maer-
lant, une des gloires de sa patrie au xm e siècle, écrit entre
1223 et 1265. La grand'mère du héros possède une cou-
ronne d'or qui lui est enlevée par le roi Bruant de la Mon-
tagne. La douleur que ce rapt cause à sa fille Tristouse, est
longuement racontée. Le petit-fils Torec consacre toute sa vie
à la recherche de cet objet précieux. Il est vainqueur de
Bruant dans un château gardé par deux géants et deux
lions, mais pour conquérir la couronne et avec elle la main
de la belle Mirande (qui est une fée), il lui faut vaincre tous
les compagnons de la Table Ronde. Il réussit, car les plus
preux par courtoisie font couper les sangles à leurs che-
vaux. Torec épouse donc Mirande et le talisman revient en
possession de la famille.
Mais on peut interpréter autrement la signification de ce
frein, en se référant à de nombreuses quêtes analogues dans
la légende graalienne. En ce cas, l'objet n'a point par lui-
même beaucoup d'importance ; il s'agit surtout d'une
épreuve difficile par laquelle le héros doit prouver sa vail-
lance. Cette quête perpétuelle « d'aventures » (il ne faut
pas oublier que le mot a un sens plus élevé au moyen-âge
que de nos jours) qu'entreprend Gauvain, le chevalier idéal,
c'est seulement une préparation qui doit le rendre expéri-
menté contre tous les enchantements et dédaigneux de
tous les périls. Hlle doit le fortifier pour « l'aventure »
suprême, cette quête mystérieuse du Graal, dans laquelle il
1. Par exemple dans le récit du roi Cormac, c(. Arthur C. L. Brown, 'Ihe
Bleeding Lance, p. 58. (Public, of Modem Lattgu. Association of America, XXV).
2. Publié par Jan de Winkel, 1875, Jacob van Maerlant. Roman van Torec.
SUITE DE L ETUDE COMPARATIVE Iiy
conquerra la gloire d'un sauveur envoyé par Dieu '. C'est
d'un poème cyclique peut-être que proviennent ces trois
vers mis mal à propos par notre trouvère :
Dieus les a par vos délivrez
et de toz biens enluminez,
la gent qui en ténèbre estoient (v. 103 1-3).
I. L'article déjà mentionné (p. 78) de M. Huet vient à l'appui de cette hypo-
thèse en démontrant la présence du château tournant dans le cycle.
LA SIGNIFICATION DE L'ÉLÉMENT FÉERIQUE
DU CONTE
LA VALEUR DES SOURCES CELTIQUES
Païen de Maisières résume lui-même à la fin de son roman
le sujet de son récit et il n'est que juste, après avoir présenté
une interprétation, probante ou non, mais personnelle et en
tout cas plus chargée d'érudition que le récit de l'auteur,
de contrôler nos hypothèses en étudiant son intention
avouée.
V. 1 09 1 - 1 1 1 2 . Lors li a Gauvains recontees
les aventures qu'ot trovees :
de la grantvalee et do bois,
et de la fontairine a espois,
et de l'eve qui noire estoit,
et do chastel qui tornoioit,
et des lions que il ocist,
et do chevalier qu'il conquist,
et del vilain lo covenent,
et la bataille do sarpent,
et del nain qui lo salua,
et cornent après li revint
et plus dire ne li daigna,
et conment mengier lo covint
en la chambre a la demoisele
qui suer estoit a la pucele,
et cornent li frains fu renduz,
et quant do chastel fu issuz,
et conment il avoit veùes,
les quaroles parmi les rues,
et conment issuz s'en estoit
sanz enconbrier et sanz destroit.
SUITE DE L ETUDE COMPARATIVE II9
C'est un catalogue simple et concis des sujets sur lesquels
Païen comptait pour émouvoir ses lecteurs et auditeurs.
Car c'était plutôt à des auditeurs que notre trouvère s'adres-
sait, le public auquel un tel récit était destiné n'étant sans
doute pas lettré. On voit que le caractère littéraire essentiel
du poème est le merveilleux et le fabuleux. Cet élément
joue un rôle important, le grotesque et le terrible y ont une
part considérable. Nous nous sommes attachés à expliquer
la nature de chacun des éléments du récit et si nous n'avons
pas réussi à les éclairer pleinement, nous avons au moins
tiré d'une lecture comparative des romans de l'époque
toutes les données qui nous semblaient intéresser notre
petit texte.
Un point reste à éclaircir. Cet élément merveilleux que
Païen n'a pas su accuser avec assez de vigueur, d'où pro-
vient-il ?
Après des critiques justifiées, on semble devoir adhérer à
la théorie qui a été pour les études de cette époque for-
mulée avec beaucoup de précision par un érudit allemand.
M. Ehrismann dans son esquisse sur l'élément fabuleux
dans l'épopée courtoise ' distingue dans le roman la « partie
héroïque » et la « partie courtoise ». Le décor des fêtes,
des tournois, les traits de mœurs représentent tout un côté
de l'esprit de l'époque, et la source de l'élément héroïque est,
selon M. Ehrismann, irlandaise 2 :
Il y a, et il y aura toujours beaucoup de façons d'envisager
cette théorie et jamais on ne pourra se servir d'une doctrine
pour expliquer des faits particuliers, sans la préciser, sans en
retrancher ou sans y ajouter quelque chose. Quant à nous,
il nous faut examiner le détail, comme nous l'avons fait
jusqu'ici, sans aucune idée préconçue.
Je crois que dans l'étude comparative des sujets nous
1. Marchai im hôfischen Epos., Halle, 1905.
2. « Die heroischen Partien der Artusepen sind Umbildungen von Mârchen,
und dièse Mârchen sind vielfach Niederschlâge der irischen Heldensage, d. i. in
der Hauptsaçhe der Sage vom irischen Xationalhelden Cuchuliun ».
[20 LA DAMOISELE A LA MULE
avons procède avec les précautions nécessaires ; en entrepre-
nant celte étude, nous étions plutôt celtophobe et nous
avons décidé de considérer les versions celtiques comme des
versions parallèles pouvant tout au plus éclaircir notre texte,
sans jamais lui servir de source. Voici ce que l'enquête
détaillée nous a révélé.
Le sujet principal (la sœur chassée du patrimoine) peut avoir
été imaginé par n'importe quelle race, mais le fond essentiel
dans la mise en scène: le voyage dans une contrée merveil-
leuse, un certain nombre d'épisodes, des accessoires pitto-
resques révèlent la survivance altérée d'une croyance en
un pays surnaturel. Ce mythe fait partie du trésor aryen,
peut appartenir à tous les peuples, mais c'est la fantaisie des
Celtes surtout qui s'est représenté cet autre monde sous la
forme d'un château merveilleux. Le culte des phénomènes natu-
rels transparaît aussi dans ces légendes et décèle un état de
civilisation primitif. S'il n'y a pas trace du culte des sources,
des forêts, des rivières dans ces récits, il y a certainement
une peur, un respect provenant de la croyance qu'elles
peuvent nuire ou être bienfaisantes à l'homme dans ses
entreprises ; ainsi les rivières dangereuses, les « fluns au
deable », qui grossissent et s'élargissent. C'est ici le natu-
ralisme celtique qui est en même temps propre à tous les
peuples primitifs.
Encore une question se pose : peut-on distinguer ce
qui a pénétré dans la littérature française par l'influence
purement littéraire de ce que les superstitions populaires
ont conservé des anciennes croyances de la Gaule ? Il fau-
drait connaître beaucoup mieux le milieu dans lequel vivait
ce trouvère, notamment les sujets des récits qu'on racontait
en famille pendant les longues soirées d'hiver. Peut-être
verrions-nous que l'influence littéraire a ressuscité et mis
en valeur ce qui était littérature vulgaire, orale des
aïeux.
Souvent on a proposé une explication plus aventureuse
des éléments fabuleux dans les romans arthuriens, et l'on a
SUITE DE L ETUDE COMPARATIVE 121
voulu y voir trop d'éléments mystiques. C'est ainsi que
M. Brown a cru découvrir dans la Mule sans frein tous les
éléments essentiels d'un pays d'outre-tombe (marvellous
landscap of the otherworld) qu'il a précisés dans le Chevalier
au Lion : à savoir i° la fontaine entourée d'arbres, 2° le
château à accès difficile r . D'abord, une difficulté : tout ce
qui s'est dit sur Yvain ne peut pas être appliqué à notre
roman. Cette fontaine ne peut être, comme nous l'avons
montré, qu'une réminiscence très lointaine de la fontaine de
Beranton. Il lui manque des traits typiques qui, d'après
M. Brown lui-même, caractérisent la fontaine d'outre-
tombe 2 . Elle n'est pas à la fois agitée et froide comme
marbre, son eau versée sur le perron ne provoque pas
d'orage. Les arbres qui l'entourent n'ont point de dimen-
sions colossales, il y manque des oiseaux chanteurs, elle
n'a pas de gardien.
Quant au château, il est vrai qu'il a tous les traits d'un
château féé, mais rien ne prouve que l'auteur ait eu l'inten-
tion de représenter sous cette forme l'autre monde des Celtes.
Au contraire il ajoute une explication dans une certaine
mesure rationaliste. Il le fait arrêter dans son mouvement
tournant par le vilain qui semble être un enchanteur comme
il y en a beaucoup dans les récits du moyen-âge, même en
dehors des légendes bretonnes. C'est de la « nigromance »,
comme dirait Chrétien de Troyes. C'est de la magie pour les
gens des xn e et xm e siècles, un pouvoir inexplicable, mais qui
n'a aucun caractère religieux et surnaturel. Il ne fait aucune
mention d'un séjour prolongé qui devrait être imposé au
héros qui a franchi les portes de la terre merveilleuse, trait
typique cependant dans ces récits mythologiques. Au con-
traire, il ne rencontre aucune difficulté quand il veut en
sortir. Tethra, le chef des Fomôré, ne tient plus le sceptre
du royaume des morts. Cette littérature est loin d'avoir
i. Brown Knight of Lion, p. 677, note 7 et passim.
2. Idem, Yvain, p. 85.
122 LA DAMOISELE A LA MULE
conservé à la mythologie le sens religieux qui caractérise la
littérature celtique.
Les découvertes de M. Brown, Ehrismann et autres sont
une étape glorieuse dans les recherches sur l'origine des
légendes arthuriennes. Elles devaient être faites, seulement,
il faut les appliquer en tenant compte de la façon dont l'esprit
français des xn c et xin e siècles les a interprétées, et non pas de
l'état d'esprit des Druides celtiques. 11 ne faut pas prêter à
ces auteurs l'idée des fées quand ils ne l'ont pas eue. Les
origines lointaines étaient bien prises d'une antique religion,
mais dans cette forme étrangère s'épanouit la fantaisie fran-
çaise des romanciers de l'époque de Louis VII, Philippe-
Auguste et Louis VIII avec toutes leurs qualités de bon sens
et leur tendance à l'ironie.
En effet, si on compare les épopées irlandaises à ces ro-
mans français, la différence des couleurs locales et des civili-
sations ne peut manquer de nous surprendre. Dans l'épopée
irlandaise, les chevaliers se disputent souvent les honneurs,
des querelles entre leurs femmes et des luttes cruelles
éclatent sans cesse à ce sujet tandis qu'ici tout est ordonné,
policé autour de la Table Ronde, près de laquelle tous sont
égaux et respectent la personne de leur voisin. Les héros
irlandais montent des chars comme ceux de l'ancienne
Héllade tandis qu'en France, à cette époque rien n'était plus
humiliant pour un chevalier, que ce moyen de transport.
L'épithète « chevalier à la charrette'» demeure longtemps
appliquée à un chevalier qui l'a fait, il est répété dédai-
gneusement par les femmes. Les guerriers irlandais sont
des jongleurs habiles. Cuchulainn pour amuser les femmes
fait le tour « de neuf pommes, de neuf javelots et de neuf
poignards '. » Les chants de combats celtiques sont incon-
nus à l'épopée arthurienne. Ces hommes primitifs sont
évidemment loin d'avoir pour les femmes le respect qui
caractérise la noblesse courtoise des xn e et xni c siècles .-quand
|. Festin de Bricriti, p. 109, traduction de M. Loth.
SUITE DE L ETUDE COMPARATIVE 123
ils viennent dans un château, pour apaiser la rage des con-
quérants, on leur prépare un tribut de femmes r -.
QuV a-t-il d'essentiellement celtique dans ce roman que
nous étudions et dans d'autres? Des institutions ? Le mythe
solaire peut-être ? Chez Païen de Maisières, il n'y a même
pas de fées, elles sont en général rares dans les romans
arthuriens de langue française. Au reste, fussent-elles plus
nombreuses, il faudrait y voir, non des anciennes « sîde »,
mais les mêmes êtres semi-divins qui font partie du folklore
de tous les peuples aryens, sinon de toute l'humanité. Rien
que des échos des récits merveilleux, des fables adaptées à
l'usage des enfants. Cette tendance apparaît parfaitement
dans le titre qu'on donna au recueil des récits gallois
« mabinogion ». C'était bien l'état d'esprit de la société de
l'époque.
Païen de Maisières n'avait pas d'autre intention en com-
posant son récit que Wieland en écrivant sur le même sujet
son Sommermârçhen. Il existe une époque intermédiaire dans
laquelle on raconte naïvement ces récits traditionnels sans
remarquer qu'il y a là quelque chose d'extraordinaire, de
surnaturel, c'est à peu près l'époque de Païen de Maisières ;
mais bientôt la notion du magique s'introduit, mot qui n'a
ici d'autre équivalent que « inexplicable », « occulte » ; et
c'est déjà chez un auteur une tendance vers une explication
positive s'il recourt à l'idée de « nigromancie », d'un
« conjur », d'un « encantement » 2 , autant d'idées bien
savantes pour l'époque. Et si on attribue dans ces romans
une origine féerique à quelque château, c'est plutôt pour
dire qu'il est exceptionnellement beau, beau comme les châ-
teaux de la fable ; ainsi on disait des beautés féminines
qu'elles ressemblaient à des fées K
1. Bricriu, p. 117.
2. FJoire et Blanchejîor, vers 599, 629 et a.
3. C'est ainsi qu'il faut comprendre les passages de Gaucher de Dourdan, cités
par M. Schofïeld. The Lay of Guingamor, Stialies am] Notes, t. V, p. 242, Boston,
1895,
124 LA DAMOISELE A LA MULE
On a vu combien peu nombreux sont les traits de fantai-
sie celtique et comment ils ont été défigurés, mal compris,
mutilés, jusqu'à perdre complètement leur caractère de mys-
ticité primitive et sublime. Raconter un voyage dans un
pays merveilleux pour ces trouvères, c'est tout au plus
refaire des récits amusants qui les ont frappés :
Li conte de Bretaigne sont si vain et si plaisant,
dit Jean de Bodel (Chanson de Saisnes, v. 9).
Il fallait un Dante pour rendre la vie à ces allégories du
monde bienheureux ou infernal qui ont d'ailleurs perdu
chez lui leur caractère païen en revêtant la forme chrétienne.
Pour expliquer les œuvres des xn e et xm e siècles, il n'est
aucunement nécessaire de recourir à l'explication par le
paganisme celtique, puisqu'une comparaison hâtive ren-
seigne déjà sur la valeur des rapports que les mythes cel-
tiques entretiennent avec ces romans. On remarque que
Pélément merveilleux est beaucoup plus considérable dans
les romans postérieurs que chez Chrétien de Troyes. Il a
atteint l'apogée de son absurdité dans les productions les
plus récentes. C'est alors en grande partie d'une invention
française purement littéraire qu'il s'agit, beaucoup plus que
de croyances celtiques survivantes.
Il faudrait bien plutôt étudier comment les différents
auteurs de l'époque comprenaient les sujets merveilleux. Cet
élément est un des caractères essentiels et dominants du
roman breton, mais il n'est pas aisé à déterminer et à définir,
avant que n'aient été établis des répertoires complets, pour
le cycle breton, des thèmes et objets qui le manifestent. Ces
travaux nous manquent à peu près complètement \ En tout
cas, on ne saurait parler d'une intention rationaliste chez
1. La dissertation de M. Schroder, Glaube und Aberglaube i. ci. Altfrantç.
Dichtnng, traite surtout de Dieu et de la Vierge. De même A study of the magie
éléments, p. B. Easter de la Warr n'est qu'une introduction à un livre qui n'a pas
encore paru.
suite de l'étude comparative 125
nos auteurs. Il nous semble que ces gens, loin d'analyser
leurs croyances, n'attachaient pas moins de foi à ces récits
que nos enfants, qui croient en même temps à Dieu tout-
puissant et aux fées et démons dont leurs nourrices leur
content les merveilleuses légendes. Les mythes ont perdu
pour eux leur valeur dogmatique essentielle ; le roman
arthurien est une littérature d'amateurs de fables, qui
seraient en même temps des psychologues et des observa-
teurs. Le féerique sert de décor ; il est là pour plus de pitto-
resque. S'il est donc très utile pour le folklore et pour la
science des religions de reconstruire les anciennes croyances
qui sont à la base des récits qui nous sont conservés, il faut
reconnaître d'abord que l'histoire littéraire n'y gagnera pas
beaucoup.
Chrétien de Troyes, Raoul de Houdanc et surtout notre
modeste Païen seraient bien étonnés si l'on prétendait leur
faire retrouver par eux-mêmes les pensées et les conceptions
profondes que leur prêtent les doctes exégèses américaines
et anglaises. Ces trouvères prenaient leur sujet dans les
récits courants, les lais ou les poèmes antérieurs sans y goû-
ter autre chose que le côté pittoresque et fantastique qui les
amusait parce qu'il était extraordinaire. Les uns les interca-
laient dans leurs romans de mœurs contemporaines (Chré-
tien) ; d'autres se contentaient de relater les anecdotes
comme ils les entendaient et c'est justement le cas de notre
auteur. Les poètes allemands fournissaient ultérieurement
des explications plus ou moins rationalistes ou mystiques,
mais c'est dans leur imagination qu'ils les prenaient. Une
enquête à travers les auteurs de l'époque montrerait qu'ils
étaient loin de songer à une représentation quelconque d'un
autre monde, fût-elle celtique ou autre. On est étonné en
lisant les romans bretons de voir combien on y trouve
peu de traces d'un emprunt direct. S'ils avaient eu sous les
yeux quelques originaux celtiques, ces poètes soucieux de
documentation l'auraient dit. On parle plutôt des sources
saxonnes (Marie de France) et combien devaient-elles être
12C> LA DAMOISELE A LA MULE
remaniées! 11 y a peu d'emprunt de vocabulaire qui témoi-
gnerait d'une influence directe du celtique. Ceci nous
explique pourquoi ce qu'on entend par « esprit celtique »
n'a point laissé de trace dans des récits qui sont passés dans
les romans français. Au contraire, on était bien sceptique en
face de ces choses. Le proverbe « tôt fol en Bretagne » le
montre bien. Cest que déjà, à cette époque, « le penchant
décidé de la race celtique vers l'idéal, sa tristesse, sa fidélité,
sa bonne foi la firent regarder par ses voisins comme lourde,
sotte, fabuleuse ' ». Il faudrait plutôt chercher des éclaircis-
sements dans les croyances et doctrines magiques d'alors.
Ceci serait un point die départ pour des études fécondes sur
le goût littéraire et la mentalité de l'époque, c'est une voie
déjà ouverte par plusieurs travaux, dont ceux de MM. Lan-
glois 2 , Porebowicz 5 et M lk Borrodine 4 .
i. Renan, La poésie des races celtiques, Essais de morale et de critique, p. 453.
2. La Société française au xm e siècle. — La vie en France au moyen âge. — La
connaissance de la nature et du monde au moyen âge.
3. Studja do literatury sredniauiecinej. Belletrysta XIII ego wieku : Chrétien de
Troyes.
4. La femme che^ Chrétien de Troyes.
PERSONNAGES ÉPIQJJES DU ROMAX
Dans les romans épisodiques de la Table Ronde, les person-
nages ne sont que rarement caractérisés de façon suffisante.
Le trouvère comptait que toute la « matière » était déjà bien
connue des lecteurs qui possédaient sur les acteurs princi-
paux des données fondamentales et des souvenirs plus ou
moins précis. Il accepte donc les traits de la commune tradi-
tion littéraire et n'a garde, quand il s'agit des principaux
héros, de faire suspecter l'authenticité de sa documentation
en leur donnant des traits essentiellement nouveaux. Ceci
est un caractère bien épique. Païen de Maisières n'ajoute rien
aux traits des personnages que nous ne sachions par les
romans de Chrétien de Troves, Raoul de Houdenc ou d'autres,
mais dans son roman si résumé, il est curieux de voir quels
traits l'intéressèrent.
Il dit peu de choses des femmes. L'amour n'est pas le
mobile de l'action dans son roman. Aussi la femme est au
second plan. La sœur déshéritée est dans son malheur
« iriee et triste assez » (vers 76). Mais rien ne la distingue, si
ce n'est qu'elle n'aime pas qu'on lui fasse la cour (« n'avoit
de joër talant » vers 70). Elle est « avenanz et bêle » et
comme d'ordinaire les femmes dans ces romans, elle n'est
pas difficile quand on sollicite ses faveurs. Elle accorde
volontiers ce cent baisiers » à Gauvain par reconnaissance et
lui donne encore d'autres promesses peu voilées.
Sa sœur déploie aussi toute sa coquetterie pour s'attacher
Gauvain, elle va jusqu'à le recevoir couchée, dans sa
chambre, le fait manger « a une escuele », le fait asseoir
[28 LA DAMOISELE A LA MULE
sur son lit... MaisGauvain ne se laisse pas prendre au piège. Il
est à remarquer que notre auteur n'a pas profité de la situa-
tion pour nous peindre le sentiment amoureux (Henri de
Tùrlin a été plus habile). Il s'intéressait beaucoup plus aux
richesses de l'appartement de la dame et à la « belle chiére »
qu'elle faisait à Gauvain (vers 951).
Le rôle de la femme est sensiblement le môme que dans
tous les romans arthuriens \ On témoigne à la demoiselle
un respect dû à sa beauté et à sa condition. On s'empresse
de lui porter secours, le roi et la reine s'intéressent person-
nellement aux plaintes de la belle étrangère. Les deux sœurs,
comme du reste toutes les femmes de ces romans, regardent
tranquillement couler le sang des chevaliers qui bataillent et
s'entre-tuent pour elles. Elles les exposent aux pires dan-
gers \ Ainsi bien, trouvent-elles leur compte : elles seront
toujours au plus fort et y goûteront d'autant plus de plaisir.
La vue des têtes coupées et fichées sur des pieux doit plaire
à la dame du château comme à cette autre qui recevait avec
joie des mains de Lancelot la tête du chevalier tué dans le
combat 5 .
Nous ne devons pas nous étonner si la demoiselle est
prodigue de baisers et de promesses amoureuses, et si l'autre
reçoit le chevalier d'une façon par trop hospitalière. On a
1. Voyez Mertens, Die kulturhislorischen Momentc in Jeu Ronninen des Chresticn
von Troyes.
2. Comparez Méraugis, 2968 :
« Cez dames...
a ne chantent, se sachiez sanz faille,
a fors por joie de la bataille
« dont sont liées et désirant. »
3. C'est encore Chrétien de Troyes quia donné cette description répugnante.
Le chevalier demande grâce (vers 2929 à 2945), mais elle lui est refusée. Alors
Lancelot lui coupe la tête :
« a la pucelle plest et siet.
<f Li chevaliers la teste prant
« par les chevos, puis si la tant
«• a celi qui grant joie an fet... » (v. 2937 ss.).
SUITE DE L ETUDE COMPARATIVE 129
démontré déjà que les relations des deux sexes dans les
romans arthuriens étaient des plus libres. Nous avons vu une
demoiselle se rendre dans la chambre à coucher de Perceval
(Blancheflour, Perccvàl, v. 25017 à 25148). N'était-ce pas la
reine Guenièvre, le modèle accompli de la femme courtoise,
qui recevait chez elle la nuit Lancelot (v. 4524-4754) ?
On propose à la demoiselle avant son départ de rester et
de prendre pour amant un des chevaliers de la Table Ronde,
Henri de Tùrlin raconte une coutume étrange qui devait
régner à la cour bretonne. Chaque dame était tenue de choi-
sir un chevalier comme sigisbée. Elle pouvait lui accorder
toutes les faveurs qu'il sollicitait sans que sa réputation
en souffrît, mais en cas de violence, le chevalier était
puni : Lohenis de Rahaz par exemple est banni pour sept
ans \
Dans la personne de Guenièvre, l'auteur en quelques
mots laisse entendre qu'il a voulu esquisser le même por-
trait d'une reine modèle, arbitre du savoir vivre qu'a repré-
sentée Chrétien dans Perceval 2 . On l'appelle pour s'aboucher
avec la demoiselle étrangère, car elle jouit du renom
« d'une belle parlière 5 ». C'est elle aussi qui demande le
congé pour Gauvain auprès du roi. Il n'y a aucune allu-
sion désobligeante aux aventures amoureuses de la reine
avec Mordret ou Lancelot. Son entente avec son mari
semble être parfaite.
Les hommes dans ces romans sont toujours avides de
combats, de mêlées, et surtout ils ont un désir éternellement
inassouvi d'aventures. Ils les cherchent pour faire parler
d'eux et en tirer honneur et gloire. La vaillance est la vertu
la plus appréciée. Le passage suivant de Chrétien explique
mieux leur idéal qu'aucun commentaire. Ce sont les paroles
1. Krôiie, v. I9345 ss.
2. Ja nus n'est tant desatifés
qui de ma dame parte irés (w. 9567-8).
3. Brut. 9898, « bien et bel conter sot », Yvain, 660.
IjO LA ÎMMOISELE A LA MULE
que Calogrenant adresse au géant gardien des bêtes dans la
forêt des Brechéliant :
« Je sui, ce voiz, uns chevaliers
qui quier ce que trover ne puis ;
assez ai quis et rien ne truis. »
« Et que voudroies tu trover ? »
« Avantures por esprovei
ma proesce et mon hardement.
Or te pri et quier et dément,
se tu sez, que tu me consoille
ou d'avanture, ou de mervoille. »
Parlons d'abord d'Artus, ce roi qui ne veut pas se
mettre à table avant qu'une « aventure » lui soit arrivée *. A
tout seigneur tout honneur; encore que son rôle dans notre
roman, comme dans la tradition postérieure en général, soit
effacé. On lui donne seulement une épithète épique assez
banale en disant que « moût fu bel » (vers 280), aucun trait
héroïque n'est relevé. Du reste dans les romans postérieurs
à Wace, Artus n'est plus ce chef vaillant que nous repré-
sente la chronique et
de quo Britonum nugae hodie délirant 2 .
c'est toujours
li buens rois de Bretaigne >.
le souverain vénérable et fainéant qui s'endort paisiblement
au bruit des conversations en attendant le repas 4 .
Son absence parmi les chevaliers au moment de l'arrivée
de la pucelle est justifiée probablement aussi par le
sommeil. Il reste dans la chambre conjugale comme dans
Y vain :
1. On a remarqué déjà que dans la Mule, l'aventure contrairement à l'usage se
passe après le repas.
2. Gesta regum Anglorum, p. Guillaume de Malmesbury.
3. Y vain, v. i.
4. « Hommes », dit Arthur, « si vous ne vous moquiez pas de moi, je dormirais
volontiers en attendant mon repas ». Mabinogi, Oiven et Liuiet, trad. J. Loth, p. 3.
suite de l'étude comparative 131
la reine le détint,
si demora tant delez li
qu'il s'oblia et andormi (v. 50 ss.).
On ne témoigne pas au couple royal beaucoup de respect.
A un moment donné, les chevaliers le mandent et le sénéchal
l'appelle sans même indiquer la raison. Autant de traits de
cette société féodale, dans laquelle le roi était seulement le
premier des barons '.
Gauvain, le neveu du roi, attire surtout l'attention.
Partout il est un modèle de loyauté, de prouesse et de poli-
tesse « li plus cortois del mont » (Perceval 9344)- Païen ne
lui donne aucune épithète, mais relève plus d'un trait de
vaillance. Le vilain conseille à Gauvain de se réconforter
avant le combat (vers 650 à 653, vers 751), mais celui-ci ne
le veut pas. Il est aussi généreux que brave, il pardonne au
chevalier qui lui livre un combat dans le château, et renonce
au droit de lui couper la tête et de la planter sur la palis-
sade. Gauvain est surtout le défenseur fidèle des demoiselles :
a s'aïe ne failli onques
damoisele desconseillee (Yv. 3693).
C'est cette qualité qui lui a valu l'épithète « du chevalier aux
demoiselles » (Méraûgis) ; conformément à ces indications,
Païen lui fait entreprendre cette dangereuse quête du frein,
et le fait résister à la séduction de la dame du château.
Gauvain était une fois déjà protecteurd'une sceurcontreson
aînée. Dans Méraugis l'aînée des soeurs de Tiebald (vers 6200)
se moque de Gauvain à cause de son extérieur, tandis que la
cadette le considère comme le plus brillant des chevaliers.
La sœur aînée qui est persuadée que le meilleur des cheva-
1. Lavisse, Histoire de France, t. III, p. 375. Voir pour une caractéristique plus
ample d'Artus : Jacobsmûhlen. Zur Charakteristik des Konigs Artus. Diss., Mar-
burg, iJ
l$2 La damoisele a la mùlë
liers est son fiance Méliant, se fâche et donne une gifle à
l'autre. Celle-ci se jette aux genoux de Gauvain pour lui
demander vengeance. Gauvain est vainqueur de Méliant
dans le combat qui s'engage. Un épisode semblable est
raconté dans la Krône aux vers 17500 et ss. Ensuite, en déli-
vrant la population des bêtes féroces, Gauvain devient un
héros bienfaiteur. Nous n'avons pas à entretenir ici le lec-
teur des différentes conceptions qu'on s'est faites de Gauvain.
Nous ne discuterons pas la question de savoir s'il était « un
de ces dieux humanisés qu'il n'est pas rare de rencontrer
dans l'épopée » ' ou bien un héros solaire comme le croit
M. Nutt. Il nous suffit de renvoyer aux livres de G. Paris et
de Miss Weston 2 .
Un contraste accentué avec ce modèle décourage est formé
par le Thersite de la Table Ronde, Keu. Ce personnage n'a
jamais été étudié d'une façon complète et je regrette que les
limites de cette étude ne me permettent pas d'examiner de
près cette personnification du comique et du burlesque
dans le roman arthurien. Chez Païen, il n'est pas encore
un traître, il n'est même pas méchant, ni « ranponeus »
comme chez Chrétien. Païen le représente seulement comme
lâche et ridicule et encore faut-il remarquer que ses qualités
comiques ne sont guère mises en relief. Nous ne saisissons
même pas son caractère de railleur qui « teire ne se pot »
(Yvain, 591). Cette figure est décidément mal réussie. Keu
en effet entreprend cette aventure comme un chevalier qui
porte volontiers secours à des demoiselles en besoin. Pou-
vait-il prévoir le danger d'ordre surnaturel ? Nous ne nous
étonnons pas en le voyant penser prudemment à sa propre
sécurité et trembler devant les bêtes sauvages qui lui appor-
tent leurs hommages suspects quand il se trouve dans la
vallée des serpents. Enfin il retourne sur ses pas, n'osant
1. G. Paris, Hist. îittér., XXX, p. 29.
2. Jessie L. Weston, The Legend of Sir Gaii'ein. On trouvera quelques observa-
tions de fait dans le compte rendu rude de M. Foerster, /Jschr. fur fran^. Lilei .,
t. XX, 2. p. 95.
SUITE DE L ETUDE COMPARATIVE 135
entreprendre de franchir le pont trop mince '. Qu'y a-t-il de
vraiment lâche et ridicule ? On voit qu'il manque quelque
chose dans cette silhouette qui accuse l'intention de l'auteur.
Dans d'autres romans Keu est représenté comme grand par-
leur et vantard, mais Païen de Maisières a oublié de mettre
en contraste ses paroles vantardes et son attitude piteuse dans
l'action.
Keu avait eu déjà une aventure pareille dans le livre III
du Lancelot néerlandais vers 22271 et ss.Il est raconté qu'un
chien le mène jusqu'à une rivière rapide qu'il n'ose pas tra-
verser. Il revient et donne comme excuse un mal subit.
Il est étrange que l'auteur le fasse punir par le roi d'une
façon aussi rigoureuse que peu vraisemblable. Nous savons
combien il était apprécié à la cour du roi breton. Il suffit
qu'il menace de partir (dans Lancclof) pour que toute la cour
le supplie de n'en rien faire. La reine elle-même se jette à ses
pieds pour le retenir \ Et voici qu'ici, pour une raison insuf-
fisante, on lui fait quitter la cour. Probablement l'auteur a
voulu montrer qu'une punition grave attend tout chevalier
qui ne tiendra pas sa promesse Nous avons vu plusieurs fois
chez Chrétien de Troyes ce principe du Code de Chevalerie. 3 .
Le passage dans lequel Païen nous fait savoir que le roi ne
1. « A po qu'il n'est do sen issuz », v. 190. En effet les barons de la Table
Ronde sont souvent sujets à des pâmoisons. Rappelons Yvain (3485 ss.) et
Artus dans le passage de Perceval dont nous avons parlé à propos du coup de la
hache. De même Lancelot se pâme près de la fontaine quand il aperçoit le peigne
de Guenièvre (v. 12783-91).
2. V. 145.
La reine ancor l'an prie
et tuit li chevalier a masse,
et Kes li dit qu'ele se lasse
de chose qui rien ne li vaut.
Et la reine de si haut
corn ele estoit as piez li chiet.
Kes li prie qu'elle se siet,
mes ele dit que nel fera,
ja mes ne s'an relèvera,
jusqu'il otroit sa volante.
3. Erec, 6080, 61 14. Voyez Settegast, Der Ehvehegriff im altfran-. RoJandsliede.
I } } I A DAMOISELE A LA Mil 1
le veut plus tenir « ajeus » nous indique un nouvel emploi
de Ken qui servait non seulement « de taillier et del vin
baillier » (Percevais 9614) mais était aussi appelé à distraire
le roi par ses plaisanteries. Cette fonction de Keu semble
être attestée par un passage du Perceval dans lequel le fou
de la cour demande au roi comme vengeance de ne plus tenir
Keu « atrufe » (vers 4045).
Parmi d'autres barons de la Table Ronde, Païen mentionne
le frère de Gauvain, Gueheriet, qui est souvent l'objet
de récits développés dans les romans arthuriens. La forme
du nom la plus répandue semble être Gaharïet. Son amour
fraternel est représenté sous un jour très favorable dans Gau-
vain ci Humbaut. Il livre un combat à son frère (qu'il mécon-
naît en ce moment), parce que ce chevalier inconnu ne
voulait pas accorder la primauté de chevalier à Gauvain.
Détenu prisonnier par la demoiselle du Gautdestroit ', il
souffre beaucoup pour son frère, car elle le torture pour
attirer dans son château, par la nouvelle des peines qu'elle
lui inflige, Gauvain qu'elle aime 2 .
L'auteur nous rappelle encore messire Yvain et
Girflet, le fils de Do, un des plus preux barons de la
Bretagne fabuleuse 3 .
1. Claris et Laris.
2. On lit dans le Percerai de Mons à plusieurs endroits (12637, I2 7°7> ï S 00 9y
15149, 15 177) le nom de Gahariet comme celui d'un enchanteur. On a remarqué
qu'il faut y mettre Eliaures (Seiflfert, Ein Nanieiibuch ~u den altfran-ôsischeti Artu-
sepen, p. 23).
3. Erec, vers 317 et 1729, Perceval, 1 5788-19440, Meriadeuc, Bel Desconéii.
CHAPITRE IV
L'auteur et son poème
Nous n'avons pas les éléments d'une biographie de Païen
de Matsières \ Ne nous plaignons pas; dans la littérature
arthurienne on a rarement besoin de recourir à des faits de
la vie des auteurs pour expliquer tel ou tel passage du
roman. Qu'y a-t-il de personnel ?
Il demeure cependant acquis désormais — l'analyse de la
langue le montre — que la patrie de l'auteur était la Cham-
pagne, cette contrée entre toutes cultivée et civilisée
dans la France de Philippe-Auguste et Louis VIII. Il vivait
dans la seconde moitié du xn e et dans la première du
xiir' siècle. Savait-il écrire ? On ne peut pas répondre d'une
façon décisive : son style est du langage parlé. Mais çà et là
quelques traces d'éducation subsistent qui ont même fait
supposer un moment qu'il fut clerc 2 :
« Dieus les a par vos délivrez,
« et de toz biens enluminez
« la gens qui en ténèbre estoient ». v. 1038 et ss.
Ce passage peut d'ailleurs être le reflet d'une passion ou
d'un sermon que Païen avait entendu et ne prouve pas
grand'chose. En tous cas il était soucieux de passer pour
lettré, il invoque une source écrite :
« si con l'escristure tesmoigne » v. 885.
Fut-il jongleur ou ménestrel, s'adressait-il à la foule des
grandes assemblées ou bien était-il attaché à la cour d'un
1. Tel est le nom dans la graphie du ms., v. 14.
2. Jenkins, Modem Language, notes, t. XXVI, p. 149-15 1,
1 ;S LA DAMOISELE A LA MULE
seigneur ? Son style et la manière peu élégante de raconter
ne décèlent pas un poète courtois. Le fait qu'il s'adresse au
public directement sans dire « nobles barons », mais simple-
ment g ez-vos » semble indiquer que le poète vivait dans un
milieu populaire. Il était probablement un de ces
« maint vassal qui fabloiant vont par les cours » l ,
un de ceux qui « de conter vivre vuelent » (Erec, pro-
logue). Du vers 329 où il coupe le récit de la honte de
Keu « ne voil a lui a ceste foiz », on pourrait inférer qu'il a
consacré un roman au sénéchal de la Table Ronde.
Le titre de la pièce est La Demoiselle a la Mule. Je crois
devoir restituer à l'auteur son bien : le titre seul approprié
au sujet, qu'il lui a donné aux vers 18 et 1133 du texte ;
c'est aussi un devoir de la critique de textes. Le titre faux :
La Mule sanfjram sous lequel le conte est connu, est dû au
scribe qui, avant de se mettre à peindre l'initiale, en copiant
à la file des romans et fabliaux, a mis à l'encre rouge ces
deux lignes d'avertissement :
Ci fenist dou chevalier a l'espee,
Ci conmence la mule sanz frain 2 .
Le secrétaire de Lacurne de Sainte-Palaye s'empressa de
mettre ce titre inexact en tête de la copie, de là il passa dans
la « Bibliothèque des Romans » et dans l'édition de Méon.
La langue, le style, la composition et le choix des sujets
pour son oeuvre qualifient Païen d'écrivain traditionaliste.
Lui-même se disait amateur des « viez voies », cet aveu
indique qu'il cultivait un genre déjà ancien et peu respecté
dans certains milieux. Nous concluons de ceci qu'il appar-
tient à une époque tardive du roman arthurien et ceci encore
1. Gaucher de Dourdans, Percerai, v. 28376.
2. On peut le voir sur le fac-similé,
L AUTEUR ET SON ŒUVRE 1 39
appuie notre assertion qu'il faut placer la date de la compo-
sition au commencement du xm e siècle. Le principe posé
par G. Paris que toute création tardive dans la « matière bre-
tonne » est faible, y est aussi pour quelque chose.
Mais savons-nous quelles étaient ces « noveles voies »
qu'il opposait à son idéal ? Il se pourrait que ce nouveau
genre littéraire qui menace les romans arthuriens, ce soient
les romans à intrigue amoureuse de différentes inspirations
qu'on a appelés faute d'autre nom « les romans d'aventure »,
sans préciser leur source, fût-elle orientale (byzantine) ou
bien occidentale (bretonne ou d'invention libre) \ Mais
contre cette explication se dressent des objections : ces
romans de source grecque ou autre étaient répandus déjà au
xn e siècle (Aucassin et Xicolette, Flaire et Blancheflor, Ille et
Galeroiï), par contre au commencement du xm e siècle ils
deviennent plus rares (Jean Renart, l'auteur de YEscoufle, est
seul de cette époque) pour apparaître de nouveau dans la
seconde moitié du siècle. A l'époque de l'auteur, ils ne font
pas de « mode nouvelle », puisqu'ils allaient se développant
dans différentes provinces, toujours concurremment avec les
romans bretons, dès le commencement de leur succès.
C'est qu'en effet deux mouvements de production litté-
raire apparaissent au commencement du xm e siècle. Tenons-
nous d'abord au roman breton. L'auteur de Vider nous signale
un genre « hyperbolique » (v. 4483 ss.), il explique le sens
du mot : il pense à une catégorie de trouvères qui
«... dient plus qu'il ne deivent,
« por ço quident lor traitez peindre,
« mes nel font, car on n'i doit feindre :
« o bien estoire, o bien mensonge ;
« tels diz n'a fors savor de songe ».
Il s'agit donc des inventions fantaisistes des auteurs des
romans postérieurs, biographiques, qui racontent les « aven-
1. C'est une idée que M. Grôber a indiquée dans le Grundriss d'un mot placé
en parenthèse, « Schicksalsdichtung ». Grundriss, t. II, p. 518.
I4O LA DAMOISELE A LA MULE
turcs » des chevaliers de la Table Ronde en entassant des
sujets merveilleux et des situations invraisemblables, des
« iperboles ». A ces défauts, l'auteur de Vider qui ne nous
est pas connu, oppose son art réaliste. Il ne saurait y avoir
de doute si l'on veut décider à quel parti appartenait Païen;
c'est aux auteurs comme lui que pensait le trouvère en par-
lant de la manière « hyperbolique ». C'est une protestation
contre la décadence inévitable du genre qui va aboutir aux
romans en prose. L'auteur de Vider pensait à un roman aux
données plus vraisemblables et c'est contre ces reproches ou
bien contre de pareils que se défendait Païen, amateur
de situations extraordinaires et de sujets merveilleux et
fabuleux.
Mais ce n'est pas cela seulement que notre auteur avait
dans sa pensée quand il se plaignait qu'à son époque on
« tient a plus bêles » les nouvelles voies (v. 10).
Le xm e siècle c'est l'époque intellectualiste du moyen-âge,
celle qui apporte « la décadence de l'idéalisme et de la litté-
rature artificielle et le développement de l'esprit scienti-
fique ' ». La vogue des romans satiriques et des débats philo-
sophiques et politiques a commencé. Pour cet âge de
vulgarisation scientifique le Roman de Renart et le Roman de
Rose renferment l'expression de sa nature essentielle. Un
esprit plus rationnaliste pénétrait, surtout dans les milieux
bourgeois, les goûts littéraires; les fables bretonnes que les
conteurs courtois composaient encore jusqu'à la deuxième
moitié du siècle, paraissaient vieillottes et ridicules. Les gens
qui ont acquis par les Renarts le goût du réalisme et qui se
sont imbus d'une science faiblement puisée dans les Encyclo-
pédies de l'époque, dédaignaient ces dires naïfs des aïeux.
Pour ceux-là « la courtoisie a fait son temps » et par eux
« les conceptions idéalistes du siècle précédent sont tournées
en dérision » \ Nous n'avons pas beaucoup de traces d'une
1. Ch.-V. Langlois dans Y Histoire de lu France de Lavisse, t. III 2 , p. 387.
2. L. c.
l'auteur et son œuvre 141
lutte entre ces deux écoles littéraires, le passage de la Demoi-
selle à la mule en est une.
Païen composait pour un cercle de lecteurs ou d'auditeurs
de petite noblesse peut-être, pour lesquels les récits de « cour-
toisie » avaient encore leur prestige et qui les pavaient aux
ménestrels ; car il y avait encore des gens qui restaient fidèles
à l'ancien idéal que Raoul de Houdenc exprimait vers 1234 '
avec enthousiasme :
« Chevalerie est la fontaine
« de courtoisie, qui espuisier
« ne puet nus, tant sache puisier »
(Eles de cortoisie, v. 12 et suiv.).
Cette littérature à laquelle allaient toujours les préfé-
rences de l'élite, incitait cette noblesse débordante de vie et
de force aux tournois et aux prouesses éclatantes.
La recherche des difficultés et le penchant vers le merveil-
leux, la hardiesse allant jusqu'à la vantardise, révèlent l'es-
prit curieux et brillant du français des xn e et xm e siècles. Cette
littérature considérée au point de vue de l'évolution des
moeurs ne nous inspirera aucune plainte sur l'immense fatras
qu'au dire de certains elle constitue; on reconnaîtra son
importance capitale et son influence bienfaisante, non seule-
ment pour la société française, mais pour la société euro-
péenne en générale. La poésie courtoise et chevaleresque a
contribué à neutraliser par certains côtés la barbarie grossière
du moyen-âge, l'idée du droit du fort qui apparaissait dans
les chansons de geste. Elle proposa un idéal qui n'est pas
moins viril et qui est en même temps plus humain et elle
prépara la formation de la société polie, telle qu'elle subsista
jusque vers le milieu du xix e siècle. Le temps n'est pas encore
venu où elle dégénère en des exagérations emphatiques et
ridicules, contre lesquelles sera dirigée la satire de Cervantes.
1. Grober, Grundriss, II, p. 709.
I42 LA DAMOlSELE A LA MULE
Notre petit roman reflète bien les caractères essentiels de
cette production littéraire avec tout son code de chevalerie :
tenir les promesses, ne pas reculer devant les difficultés, lut-
ter contre les forces obscures, leur arracher le mystère en
bravant les obstacles. L'idée essentielle en est la protection
de la femme : la loi ne la défend pas, seul le vaillant peut
revendiquer pour elle la justice par la force de son bras.
Nous avons vu que Païen a pris le moule extérieur dans
les romans de Chrétien et de Raoul, loin d'avoir voulu les
renouveler, selon leurs propres indications, par l'étude de
l'homme intérieur. Le récit est dépourvu d'intrigue amou-
reuse et de peinture des mœurs, il n'y a rien de vivant, pas
de personnages faits de chair et d'os. Dans les romans arthu-
riens l'action se déroule d'habitude dans un pays de conven-
tion fabuleuse, dans le vaste royaume de fantaisie dans lequel
Artus tient le sceptre. Si on y fait entrer des passions
humaines, des amours (Yvaiiï) ou des adultères (JLancelof),
on obtient un roman ; si on se contente de représenter ce
pays comme décor pour une « aventure » extraordinaire et
extra-humaine, on obtient un conte de fées. Païen de Mai-
sières est à côté des auteurs des lais (Lanval p. e.) un des pre-
miers représentants de ce genre, un devancier grossier et
inavisé de Charles Perrault. Les différences sont trop considé-
rables, non seulement dans l'art des deux écrivains, mais
surtout dans la psychologie du mythe, pour qu'on
puisse insister sur ce parallèle. Les fées bienfaisantes ou
malfaisantes qu'on convoque au baptême de la Belle au bois
dormant n'ont aucun trait commun avec les deux demoi-
selles mystérieuses de la Mule. Toutefois la distance entre
l'état d'âme de l'auditeur de la Damoisele à la mule et celui du
Barbe Bleue n'est pas grande, l'un et l'autre les lisent avec le
même degré de crédulité et y attachent le même degré d'im-
portance. Sans morale et sans le ton plaisant, sans fées non
plus, c'est déjà au xm c siècle un conte de fées, sérieux et
naïf. Il y manque un peu de fantaisie personnelle pour
animer le monde fabuleux.
l'auteur et sox œuvre 143
La place de Païen dans la littérature de l'époque est
modeste non seulement à cause de la petite étendue du
poème. Il n'a pas de mérite d'originalité : Païen prenait le
« patron général des romans d'origine celtique ' » sans rien
ajouter à ce que ses devanciers avaient trouvé. Son succès ne
dut pas être grand non plus : un seul manuscrit, c'est évi-
demment peu si l'on pense aux 49 de Chrétien 2 . Au
xvi° siècle, Geoffroy Tory de Bourges s'est intéressé à lui.
En recommandant dans son Champ Fleury 5 des auteurs
anciens comme modèles de bon langage, il parle de Chré-
tien de Troyes (« et ce en son Chevalier a l'espee et en
son Parceval »), de Huon de Méry, de Raoul de Hou-
denc et enfin il dit : « Paysant de Mesières 4 n'est pas
à dépriser, qui faict maintz beaux et petits coupletz, entre
les aultres en sa Mule sans frain ». L'expression : « n'est pas
à dépriser » est bien choisie pour Païen. On ne peut pas
conclure de la dernière phrase que Païen était au xvi e siècle
connu comme auteur d'autres romans (« coupletz »), les
connaissances vagues de Geoffroy Tory deviennent suspectes
quand on le voit attribuer le Chevalier a Tespee à Chrétien et
ignorer le reste de la production littéraire du poète champe-
nois.
A l'époque de la renaissance du goût pour le moyen-âge,
au xvm c siècle, quand on cherchait des « fabliaux piquants»,
l'attention fut attirée aussi sur la Demoiselle à la Mule. L'abbé
Anglet en a fait un résumé pour la Bibliothèque Universelle
des romans \ Le Grand d'Aussy l'a traduite dans ses Fableaux 6 .
Le conte servit enfin d'inspiration à Wieland pour son Som-
mermarchen 1 , un charmant récit en vers. Wieland indique
1. G. Paris, Hist. Litt., t. XXX, p. 152.
2. Foerster, Wilhelmsleben, p. 471.
3. Ed. 1529, fol. 3 v° et 4 r°.
4. Le manuscrit de Berne porte en marge d'une écriture du xvi c siècle : « Pai-
sant de Maisieres », on peut le voir sur notre fac-similé.
5. Paris, 1775-89, février 1777, p. 98-112.
6. T. I, p. 1.
7. Werke, éd. Klee, t. Il, p. 7.
144 LA DAMOISELE A LA MULE
comme source la Bibliothèque Universelle, Keu s'appelle chez
lui, ici et ailleurs, Herr Gries et sa figure est fort réussie. Le
poète ajoute une explication du frein : il confère la beauté
à celui qui le possède, c'est pour cela que la châtelaine, qui
était laide de naissance, s'efforce de le garder; comme elle
n'y réussit pas, elle se tue après le départ de Gauvain. Le
tout est empreint de l'humeur joviale allemande.
G.-L. Way a pris le même point de départ que Wieland
pour son Tbe Mule withoui a bridle 1 , il s'est tenu plus exac-
tement aux données du résumé de Le Grand, et on ne peut
pas considérer ce petit poème comme une œuvre person-
nelle.
i. Way, Gregory Lewis. Fabliaux or Talcs abridged... selected and translatée into
Efiglish Verse. London, 1796- 1800, t. I, pp. 127-148.
DEUXIÈME PARTIE
iô
La Damoisele a la mule
(( Il n'y a mot de vilainie,
« ainz est contes de cortoisie. »
Méraugis, v. 27.
Li vilains dist en reprovier
que la chose a puis grant mestier
que ele est viez et ariers mise.
Por ce par sens et par devise
5. doit chascuns lou suen chier tenir,
qu'il en puet moût tost bien venir
a chose qui mestier avroit.
Mains sont prisiees orendroit
les viez voies que les novelles,
10. por ce qu'en les tient a plus bêles.
Et si sont miaudres par sanblant,
mes il avient assez sovent
que les viez en sont les plus chieres.
Por ce dist Paiens de Maisieres
15. qu'en se doit tenir totes voies
plus as vies qu'as noveles voies.
Ici conmence une aventure
de la damoisele a la mure
qu'a la cort au roi Artu vint.
fol. 26 v° b.
20. Un jor dePentecoste avint
que li rois Artus cort tenoit
a Cardoil. si con il soloit.
Et s'i ot chevaliers assez
de totes terres amassez,
25. qui a la cort venu estoient.
Avec la roïne restoient
les dames et les damoiseles,
don il ot assez de bêles,
qui a la cort erent venues.
Artas, libyens rois ^e Bretagne,
La tu\ proesce nos e-nsaingne
Q u & nos sa^er^s pvea eec-ortocs,
Tint Cort ^ rldrxe com€ Tol*
A ccle. Çc»<re, <^ui tant" coste,
Qu'an doit cïamec la pa^^oste,
Li. rois fu «^ CarhiA^X on Qale3
L.i cV\ev/al\er s'at-Cojpeievewt
La, ou Savneî, ^« af»eï«x*ent
Ou 7)a-mevseïes ou fiucLeïes.
l^i un recontoient Tvoveïes,
L\ autre parloient "d'alors,
1)0 LA DAMOISELE A LA MULE
30. Tant ont les paroles tenues,
que li baron après mengier
furent aie esbanoier
parmi la sale amont, as estres.
Si regardent par les fenestres
35. tôt aval, très parmi un pré.
Mes moût i orent pou esté,
que il virent sor une mure
vers lo chastel, grant aleùre,
venir une seule pucele
40. qui moût ert avenanz et bêle. fo1 * 2 " r ° a-
La damoisele issi venoit,
que en sa mule point n'avoit
de frain, ne mes seul lo chevestre.
Li chevalier ce que pot estre
45. entr'aus durement s'en mervellent,
moût en parolent et consellent,
et dient que bien lou savroit
la roïne, s'ele i estoit,
por quel besoing vient en la terre.
50. « Keus, » fait Gau vains, « alez la querre,
« et au roi dites qu'il i viegne,
« que nul essoigne no detiegne
« qu'a nos ne viegne orendroit. »
Li seneschaus s'en va tôt droit
55. ou la roïne et li rois sont.
« Sire » fet Keus « venez amont
« ou vostre chevalier vos mandent. »
Et il maintenant li demandent :
« Seneschaus, que nos voillent il ? »
60. « Venez en avec moi, » fet il
« et je le vos ensaignerai ;
« l'aventure vos motrerai
« que nos avon trestuit veûe. »
Atant la pucele est venue
6 > . et devant la sale descent.
L ARRIVEE DE LA DEMOISELLE A LA COUR D ARTUS
I W
Gauvains vet encontre courant,
et des autres moût en i corent
et moût la servent et anorent.
Mes bien paroit a son sanblant foi. 2; r° b.
70. quel n'avoit de joër talant,
car moût avoit eu grant painne.
Li rois la mande et l'en li moinne.
Tantost con ele fu venue
devant lou roi, si lo salue :
75. « Sire, » fet ele « bien veez
qu'iriee et triste sui assez.
( Et toz jorz mes ensi serai,
< ne jamès jor joie n'avrai,
tant que mes frains me soit renduz
80. « qui mauvaisement m'est toluz,
:< don perdu ai tote ma joie.
( Je sai bien que je lou ravroie,
< se çaienz avoit chevalier
qui de ce s'osast afichier,
85. « qui vousist ceste voie enprendre ;
et se il lo me voloit rendre,
que trestote soe seroie
si tost con je mon train ravroie,
sanz chalonge et sanz contredit.
90. « Et je orendroit sanz respit
por la soe amor tant feroie,
que ma mule li bailleroie,
qui lou menra a un chastel
moût bien séant et fort et bel.
95. « Mes il ne l'avra mie en pes. »
A cest mot s'est Keus avant très
et dit qu'il ira lo frain querre,
ja n'iert en si estrange terre.
Mes il vialt qu'ele lou besast fo1 - 2 7 v ° J -
100. primes ançois qu'il i alast,
et. baisier la vost maintenant.
15- LA DAMOISELE A LA MULE
« Ha, sire » fet el « jusqu'à tant
« que lou freine aiez, lo beisier
« ne vos voil je mie otroier ;
105. « mes quant li frains sera renduz,
« lors vos iert li chastiaus renduz,
« et li baisiers et l'autre chose. »
Keus plus angoissier ne l'en ose,
celé li redit et conmande
1 10. que la mule onques ne desfende,
quele part qu'elle voille aler.
Keus n'a cure de demorer
iluec o aus plus longuement.
A la mule s'en vet errant ;
115. il i est montez par l'estrier,
il n'ot cure do convoier.
Quant il voient que il s'en va
toz seus, que conpaignon n'i a,
ne il n'i a arme portée,
120. fors que tant seulement s'espee...
La pucele remest plorant,
por ce que bien voit a créant
que de son frainc ne ravra mie.
A ceste foiz, queque el die,
125. il a l'aler desor la mure
qui s'en vet courant l'anbleùre.
Et la mule bien lo convoie,
qui bien a aprise la voie.
Et tant avoit Keus cheminé, foL 2 7 v ° b -
130. estes lo vos enforesté
en une forest haute et grant.
Mes n'ot gaires aie avant,
quant les bestes de laienzsont
trestotes amassées, — sont :
135. lions et tigres et liepart — ;
tores s'en vienent celé part,
por Keu qui i devoit aler.
KEU SE MET SUR LA MULE EX QUETE DU FREIN 1 5 3
Mais ainz qu'il i poïst passer,
se sont tant les bestes hastees,
140. qu'a l'encontre li sont alees.
Et Keus en a eu paor
si grant qu'onques mes n'ot graignor,
et dist que s'il n'eûst enprise
la voie, por nule devise
145. qu'en li seùst faire des mois,
n'entrast il jamès en cest bois.
Mes les bestes par conoissance
de la dame et par enorance
de la mule que eles voient,
1 50. les deus genouz a terre ploient :
ensi por l'anor de la dame
s'agenoilloient de la jame.
Et por ce a seùr se tienent
qu'en la forest gisent et vienent,
155. ne la puent plus anorer.
Mes Keus ni vost plus demorer,
plus tost qu'il puet d'iluec s'en part.
Et li lion et li liepart foi. 2 8 r° a.
s'en vet chascuns a son abit.
iéo. Et Keus en un sentier petit
ou la mule s'est enbatuz,
qui n'estoit mie trop batuz.
La mule lou sentier bien sot
(que maintes foiz aie i ot),
165. qui fors de la forest lo mainne,
ou moût avoit eu grant painne.
Estes lo vos desforeté ;
mais n'ot gaires avant aie,
quant il vint en une valee
170. qui moût estoit parfonde et lee
et si estoit moût perillouse,
moût cruëus et moût tenebrouse.
Qu'o siècle n'a home si fort
1)4 LA DAM01SELE A LA MULE
qui n'i ci'ist paor de mort,
175. s'en la valee trespassast.
Tôt adès covient qu'il i past,
voille o non, entrer li estuet ;
il(L)entre, quant il miaus ne puet.
A quelque poinne i est entrez,
180. mes moût i est espoèntez,
que il veoit el fons dedenz
moût granz coluevres et sarpenz,
escorpions et autres bestes
qui feu gitoient par les testes,
185. de coi ilôt moût grant paor.
Et pis li faisoit la puor ;
que des celé ore qu'il pot nestre,
en st ? . ne fu mes en si puant estre. foi. 2 8 r° b.
Et bien se va qu'il n'est chaùz,
190. a po qu'il n'est do sen issuz,
et dist qu'il vousist estre ançois
avecques les lions o bois,
ou il avoit devant esté.
Ja ne fera si grant esté,
195. ne de chaut si très grant ardure
que laienz n'ait toz jorz froidure,
con o plus m estre cuer d'iver.
Tôt la mauvestié de l'iver ;
voir, laienz adès est assise,
200. et tôt adès i vente bise
qui la grant froidure i apent ;
si reventent li autre vent
qui la dedenz sont ahurté.
Tant i a de maleiirté,
205. que n'en diroie la moitié.
Tant a tote voie esploitié,
qu'il est venuz jusqu'à l'issue.
Atant une plainne a veùe,
si est auques aseiirez.
L HOMMAGE DES BETES SAUVAGES 155
210. Tant fet qu'il en est eschapez
? de F ardure et de la puor ;
ja ne quida veoir lo jor
que il fust de ce leu issuz.
En une plainne est descenduz,
215. a sa mule a la sele ostee.
Lors voit il eve en mi la pree, . x> , k mo-t
mout près d 'iluec une fontaine foi. 28 v° a.
qui mout estoit et clere et sainne, K ; montr est gçw^ gtere gfs atgg
et qui mout bien i avenoit.
220. Avironee entor estoit
de flors, d'epins et de genoivre.
Maintenant sa mule i aboivre,
que ele en avoit grant mestier.
Il meïsmes por refroidier,
225. por ce que bêle li sanbloit,
de la fontainne autresi boit.
Puis a atornee sa mure,
si se remet en l'anbleûre,
car granz li sanble estre la voie.
230. Ja ne quide mes que il voie
ce que il aloit porchaçant.
Tant a aie Keus chevauchant,
qu'a une grant eve est venuz ;
mes de ce fu mout esperduz
235. que parfonde la vit et large,
et si n 'i trueve nef ne barge,
ne nule planche, ne passage.
Tant a aie par lou rivage,
que par aventure a trovee
240. une planche ne gaires lee ;
mes nequedant bien lo portast,
se par desor aler osast,
que ele estoit de fer trestote.
Auques lou passage redote,
245, puisque issi poire la voif.
1)6 LA DAMOISELE A LA MULE
Si quide bien que nul esploit
ne porroit faire de passer, foi. 28 v° b.
encor li vient miaus retorner.
que il soit iluec perilliez ;
250. ançois en iert miaus conselliez,
et dit bien que dahez ait il
se il se met en tel péril
por tel noient, por tel oiseuse.
Trop li sanble estre périlleuse
255. la voie que venuz estoit,
mes li passages li sanbloit
estre plus perilleus assez.
Atant s'en est Keus retornez,
si se remet en son traïn ;
260. bien a tenu lo droit chemin.
Ensi con il venuz estoit,
a la valee vint tôt droit,
ou trova la pute vermine.
De chevauchier onques ne fine,
265. tôt droit parmi, tant qu'il fu fors.
Si fu il moût doillanz do cors,
et debrisiez et debatuz.
En la forest s'est enbatuz
o les bestes sauvages sont.
270. Encontre venues li sont,.
tantost con eles l'aparçurent ;
par tel aïr vers lui coururent,
que je quit bien qu'il lo menjassent,
se por la mure nou laissassent
275. a qui il portoient anor. fol. 29 r° a.
Et Keus en a eu paor
si grande que por dis citez
ne vousist estre o bois entrez,
ne por tôt l'avoir de Pavie.
280. Fors do bois en la praerie
est entrez, devant lo chastel.
ÉCHEC DE KEU. GAUVA1N OFFRE SES SERVICES A LA DEMOISELLE I 57
Li rois Artuz, cui moût fu bel,
de ce que revenir lo voit,
as fenestres venuz estoit :
285. et Gau vains et Gueherïez,
et messire Yvains et Girflez,
et autres chevaliers assez
que il i avoit apelez.
Quant lo seneschal venu voient,
290. por la pucele querre envoient.
« Damoisele, » font il « venez,
« vostre frainc orendroit avrez,
« que Keus est ja bien aprochiez,
« si a lou frainc, bien lo sachiez. »
295. Mes il mentent, qu'il n'en a mie,
et celé a haute voiz s'escrie :
« Certes, s'il avoir lo deùst,
« ja si tost revenuz ne fust. »
Lors ront ses chevous et detire.
300. Qui lors veïst lo grant martire
qu'ele demoinne et lo duel !...
« Morte seroie ja mon vuel, »
fet se ele, « se Dieus m'aït. »
Et Gauvains en riant li dist :
305. « Damoisele, un don me donez. » foi. 29 r° b.
« Sire, quel ?» — « Que mes ne plorez,
« ainz mengiez et si soiez liée :
« ja mar en seroiz deshaitiee,
« que je vostre frainc vos rendre
310. « et de bon cuer vos aiderai. »
« Sire » dit ele « dites vos
« que mon frainc avrai a estros, »
« Oïl voir. » «... et je mengerei
« et tote haitiee serai,
315. « mes qu'en convenant le m'aïez. »
Lors s'en est Gauvains afichiez
que se ja nus avoir lou doit,
!)S LA DAMOISELE A LA MULE
il lou ravra, ou que il soit.
Lors s'est la pucele esmeùe,
320. au pié de la sale est venue
a sa mule. — Et Keus est alez
a son ostel toz adolez,
moût tristes et moût angoisseus.
Et li rois no tient mie a jeus,
325. quant dite li fu et retrete
la malvaistié que Keus ot fête*
« Et por ce n'ose a cort venir,
L la Parole plus maintenir.
Ne voil a lui a ceste foiz,
330. mes de la damoisele orroiz,
conment ele est au roi venue.
Tant a la parole tenue :
que Gauvains li a créante
que li frains sera aporté, foi. 29
335. et dist que il Importera,
ja en si fort leu ne sera
son frainc, mes qu'il ait lo congié.
« Moût volentiers li otroi gié, »
fet se li rois et la roïne
340. qui l'outroienuBl lor encline»
Et si fet moût Gauvain haster,
mes Gauvains la vialt acoler,
primes ançois qu'il s'en alast,
il fu bien droiz qu'il la besast.
345. Ele moût volontiers lo bese ;
or est la pucele moût aise,
car ele set bien, tôt sanz faille,
qu'el lou ravra conment qu'il aille.
N'i est donc plus ses plaiz tenuz.
3 )0. Gauvains a la mule est venuz,
si sailli dedenz les arçons.
Plus de trente beneïçons
li a la damoisele oré,
LE VOYAGE DE GAUVAIN I 59
et tuit l'ont a Dieu conmandé.
355. Gauvains iluec plus ne sejorne,
mes d'iluec maintenant s'en torne.
Mes s'espee n'i laissa mie.
Entrez est en la praerie
qui lo mainne vers la forest
360. o les bestes sont a recet.
Et li lion et li liepart
maintenant s'en vet celé part,
la o Gauvains passer devoit, fol. 29 v b.
a l'encontre li vont tôt droit.
365. Tôt maintenant que il revoient
la mule que il conoissoient,
les deus genouz a terre plient,
vers lou chevalier s'umelient,
par amor et par conoissance.
370. Et ce est la senefiance
que a force lo frainc ravra,
ja en si fort leu ne sera.
Mes quant Gauvains les bestes voit,
si quide bien et aparçoit
375. que peor ot quant il passa
Keus, et por ce s'en retorna.
Riant s'en est outre passez,
ou petit sentier est entrez,
qui droit lou moinne a la valee
380. qui si estoit envenimée.
Si s'en va sanz arestement,
que il nés redote noient,
Tant que d'autre part est venuz;
enmi la plainne est descenduz,
385. ou estoit la fontainne bêle.
A sa mule a osté la sele,
si la torche et si la ratorne,
ilueques gaires ne sejorne,
que trop li est grieve la voie.
l6o LA DAMOISELE A LA MULE
J90. Gauvains chemine tote voie,
tant que il vint a l'eve noire
qui estoit plus bruianz que Loire.
De li tant voil dire sanz plus, fol. 30 r° a.
c'onques si laide ne vit nus,
395. si orrible, ne si cruel.
Ne sai que vos en deïsse el,
et si vos di sanz nule fable
que ce est li fluns au deable,
par sanblant et par avison,
400. n'i voit l'en se deables non.
Et n'i a mie de passage :
tant est alez par lo rivage,
que il a la planche trovee
qui n'est mie plus d'un dor lee ;
405. mes ele estoit de fer trestote.
Auques lou passage redote,,
et por ce voit bien et entent
que Keus n'osa aler avant,
et que d'iluec est retornez.
410. Gauvains s'est a Dieu commandez,
si fiert la mule et ele saut
sor la planche qui pas ne faut.
Mes assez sovent avenoit
que la moitiez do pié estoit
415. fors la planche par de desor ;
n'est mervelle s'il a peor.
Mes plus grant paor li faisoit
ce que la planche li pleioit.
Passez est outre a quelque painne,
420. mes ice est chose certainne,
que se la mule ne seùst
la voie, que cheoiz i fust ;
a ceste foiz s'en est gardez. fol. 30 r° b.
Maintenant s'est acheminez
425. cui fortune otroie et promet;
UN PASSAGE DANGEREUX PAR L'EAU iél
en un petit sentier se met,
qui lou moinne vers un chastel
moût bien séant et fort et bel.
Li chastiaus si très forz estoit
430. que nul asalt ne redotoit,
que clos estoit a la reonde
d'une eve grant, lee et parfonde.
Et si estoit tôt entor clos
de granz pieus, bien aguz et gros ;
435. et en chascun des pieus avoit
— mes qu'en un seul ou il failloit —
une teste de chevalier.
Gauvains ne vost mie laissier.
Ne huis ne porte n'i avoit;
440. li chastiaus si fort tornoioit
con muele de molin qui muet,
et con la trompe que l'en suet
a la corgiee démener.
Tôt adès li covient entrer, tvaw.T'a***** * Its-H-
445. mes moût durement se mervelle, _ De j u. c »otrve-u. tel merveïte
a soi meïsmes se conselle A lui mels"^* $ e cor»**U«.
que senefie et que puet estre.
Moût en voudrait bien savoir l'estre,
mes n'en est mie recréant.
450. Atant sor lou pont tornoiant
est arestez devant la porte,
et hardement moût li enorte
que de bien fere ne recroie. fol. 30 v» a.
Li chastiaus tôt adès tornoie,
455. mes il dist que tant i sera,
qu'a quelque painne i entrera.
Ce li revient a grant anui
que quant la porte est devant lui,
que ele l'a moût tost passé.
460. Moût a bien son point esgardé,
et dit que il i entrera
11
\6l LA DAMOISKLE A LA MULE
quant la porte endroit lui sera,
queque il li doie avenir.
Atant voit la porte venir,
465. si point la mule de randon,
et ele saut por l'esperon,
si s'est en la porte férue,
mes ele s'est si conseùe
par derriers, si que de la queue
470. près de la moitié li desneue.
Ensi est entrez en la porte,
et la mule moût tost l'enporte
parmi les rues do chastel,
celui qui do veoir fu bel ;
475. et de ce est auques dolanz,
que il n'en a trové laienz
feme ne home ne enfant.
Tôt droit par desoz un auvant
d'une maison s'en est venuz.
480. Mes ançois qu'il fust descenduz,
. s'en vint un nains parmi la rue
toz abrivez, si lo salue,
si li dist « soiez bien veignant ». fol. 30 v° h.
Et Gauvains ne rest mie lant,
485. si li rent moût tost son salu
et li a dit : « Nains, qui es tu,
« qui est ta dame et qui tes sire ? »
Mes onques ne li vost plus dire
li nains, ainz s'en rêva tôt droit.
490. Gauvains mesconnut ce qu'il voit,
et se mervelle qu'estre puet
que li nains respondre ne vuet.
Et s'il se daignast a li prendre ?
Il li covenist raison rendre !
495. Mes volenticrs aler l'en lesse ;
maintenant vers terre s'eslesse.
Parmi une arche a regardée
GAUVAIN EST REÇU PAR UN NAIN INSOLENT ET FAR UN « VILAIN » 163
une cave parfonde et lee,
qui moût estoit basse soz terre.
500. Mais il dit qu'il voudra enquerre
toz les reduiz, ainz qu'il s'en aille;
ne se prisoit une maaille
se trestot l'estre ne savoit.
Atant, ez vos que issir voit
505. de la cave amont, un degré,
un vilain trestot herupé.
Bien deïst qui l'eùst veù
qu'il eùst son oirre perdu.
Moût sanble estre li vilains fel,
510. plus estoit granz que saint Marcel;
et soi* son col a aportee
une jusarme grant et lee.
Mes moût se mervelle Gauvains f i. 5I r ° a.
de ce que il vit lo vilain
515. qui mor resanble de Moretaigne,
ou de ces vilains de Champaigne
que li solaus a toz tariez.
Devant Gauvain s'est aprestez,
si l'a maintenant salué.
520. (Et Gauvains a moût regardé
sa contenance et sa figure.)
« Et tu aies bonne aventure. »
Fet Gauvains : « Se por bien lo diz ? »
« Oïl certes, mes a hardi
525. «te tieng, quant çaiens ies venuz.
« Moût as or bien tes pas perduz,
« qu'il ne puet estre en graignor serre
« li frains que tu i es venuz querre,
« que bones gardes a entor.
530. « Moût t'estuet rendre grant estor,
« si m'ait Dieus, ainz que tu l'aies. »
« De noient » fet Gauvains, « t'esmaies,
« que certes assez en rendrai ;
164
LA DAMOISELE A LA MULE
« si m'aït Dieus, ainz i morrai,
535. « que je lo frainc n'aie tôt quite. »
Et cil onques plus ne respite ;
mes por ce qu'il voit aserir,
cil s'entremet de lui servir ;
et tôt droit a l'ostel lo moinne,
540. de lui aseoir moût se painne.
La mule ra bien ostelee.
Une blanche toaille lee
et deus bacins prent li vilains,
si li done a laver ses mains,
545. (que laienz n'a plus de maisniee).
Ja estoit la table dreciee
Gauvains assist au mengier,
si menja qu'il en ot mestier.
Et cil l'en done a grant plenté,
550. si lo sert a sa volenté.
Tôt maintenant que merigié a,
et li vilains la table osta
et si li a l'eve aportee.
Une grant coche haute et lee
555. li a fête, por lui cochier,
car moût lo vialt bien aïsier,
con a tel chevalier covient.
Maintenant delez lui revient.
« Gauvains » fet il, » enz en cest lit
560. (( sanz chalonge et sanz contredit
« girras tu toz seus anuit ; mes
« ice te demain tôt en pes :
« ançois que tu t'ailles cochier,
« por ce que t'ai oï prisier,
565. « te partis orendroit un jeu,
« et por ce que je voi mon leu,
a si pren tôt a ta volenté. »
Et Gauvains li a créante
qu'il en prendra loquel que soit.
fol. qi r° b.
LE SOUPER ET LE « COUP DE LA HACHE » 1 65
570. « Di, » fet Gauvains, « que orendroit ?
« Si m'ait Deus, l'un en prendre, foi. 31 v°a.
« ne de mot ne te mentiré,
« que je te tieng a mon bon oste .»
« Anuit » fait il « la teste m'oste
« a ceste jusarme trenchant ;
575. « si la m'oste par tel convant,
« que la toe te trencherai
« lou matin, quant je revenrai...
« Or pren », fet il, « sanz contredit. »
580. « Moût savré » fait Gauvains, « petit,
« se je ne sai louquel je preigne.
« Je prendre conment qu'il aviegne :
« anuit la toe trencherai,
« et lou matin te renderai
585. « la moie, se viaus que la rende. »
« Mal dahez ait qui miaus demande; »
fet li vilains, « or en vien donc. »
Lors lou moinne. Desor un tronc
li vilains lo col li estent.
590. Maintenant la jusarme prent
Gauvains, si li coupe la teste
a un cop, que plus n'i areste.
Li vilains resalt maintenant
sor ses piez, et sa teste prent ;
595. dedenz la cave en est entrez.
Et Gauvains s'en est retornez,
si s'est couchiez isnelement ;
jusqu'au jor dort seùrement.
Lendemain des qu'il ajorna,
600. Gauvains se lieve et atorna.
Atant ez vos que li vilains { i M v o b
revint toz haitiez et toz sains,
et sa jusarme sor son col.
Or se puet bien tenir por fol
605. Gauvains, quant il ot regardée
\66 LA DAMOISELE A LA MULE
la teste que il ot coupée ;
mes ne lou redota noiant.
Et li vilains parole atant,
qui n'estoit de rien esperduz.
6 10. « Gauvains, » fet il, « je sui venuz,
« et si te rapel de covent. »
« Je nel contredi de noient,
« que bien voi que fere l'estuet,
« ne conbatre pas ne se puet. »
615. Et si lou deùst il bien faire,
mes desloiauté ne viaut fere ;
por ce que covent li avoit,
dist que volentiers li rendroit.
« Or venez donc » fet li vilains.
620. Fors de laienz s'en ist Gauvains,
lou col li estent sor lo tronc.
Et li vilains li dist adonc :
« Lesse col venir a plenté. »
« Je n'en ai plus, » fet il, « par De,
625. « mes fier i, se ferir i viaus. »
Ce seroit domache et diaus,
si m'ait Dieus, s'il i feroit !
Sa jusarme hauce tôt droit,
qu'il lo fet por lui esmaier,
630. mes n'a talant de lui tochier,
por ce que moût loiaus estoit, foi. 32 r° a.
et que bien tenu li avoit
ce qu'il li avoit créante.
Et Gauvains li a demandé
635. conment lou frainc porra avoir.
« Bien lou porras » fet il, « savoir,
« mais ainz que midis soit passez,
« avras tu de bataille assez,
« que degaber ne te tendra,
640. « que conbatre te convendra
« a deus lions ençhaenez,
GAUVAIN GRACIÉ PAR LE PORTIER, SE PREPARE AUX COMBATS I 67
« N'est mie trop abandonez
« li frains, ainz i a maie garde;
« mau feus et maie flame m'arde.
645. « S'il i avoit dis chevaliers,
« tant sai les deus lions a fiers,
« que ja nus n'en eschaperoit
« qui conbatre les lesseroit.
« Mes que ge t'i avré mestier.
650. « Si t'estuet ainz un poi mengier,
a que tu voises a la bataille,
'< por ce que li cuers ne te faille,
« ne que ne soies plus pesanz. »
« De mengier seroit il noianz, »
655. fet Gauvains, « en nule manière.
« Mes porchace une arme chiere
a dont je me puisse aparellier. »
« Caienz a » fet il, « bon destrier
« que nus ne chevaucha des mois,
660. « si a assez autre harnois
« que volentiers te presterai. foi. 32 r° b.
« Mes tôt ançois te mostrerai
« les bestes, que tu armez soies,
« savoir se tu te recreroies
665. « de conbatre avec les lions. »
« Si m'ait sainz Pantelions »,
fait Gauvains « ja ne les verrai
« jusque a aus me conbatrai ;
« mes armez moi delivrement. »
670. Et cil l'arme tôt erranment
d'armes bones de chief en chief,
qui bien en sot venir a chief;
et si li amainne un destrier.
Gauvains i monta par l'estrier,
675. que il n'est de rien esperduz.
Cil li aporte sept escuz
qui li avront moût grant mestier,
I oS LA DAMOISKLE A LA MULE
Et li vilains vct deslier
un des lions, si li amoimie.
680. Et li lions tel orgoil mainne,
si grant forsen et si grant rage,
que o ses piez la terre arrache
et sa chaenne runge as denz.
Quant il par fu fors de laienz
685. et il choisi lo chevalier,
lors se conmence a hericier,
et de sa queue se débat.
Certes qui o lui se conbat,
d'escremir li convient savoir,
690. ne ne li convient mie avoir
cuer de chievre, ne de limace. fol. 52 v°a.
Devant, en une onie place
lou lesse li vilains aler,
Gauvains nou daigne refuser.
695. Ainz li passe trete s'espee ;
et cil a sa hure levée,
si lou fiert et cil refiert lui,
bien s'entrefierent amedui.
Au premier cop l'a si féru
700. qu'il li a l'escu tolu,
li lions, et a lui sachié.
Cil li a autre aparellié,
li vilains, et Gauvains lou prent.
Lou lion fiert par mautalent
705. parmi l'eschine de l'espee.
Mes la piaus est dure et serrée,
si dure que ne puet trenchier ;
o lion n'a que correcier.
Si li revient conme tempeste,
710. si lou refiert parmi la teste
de sa poe, et li a tolu
lo secont et lo tierz escu,
si que do quatre n'en a il mes.
LE COMBAT AVEC DEUX LIONS 169
« Or puez tu trop atendre mes,
71 5. « par ma barbe! » fait li vilains.
Lors lou fîert messire Gauvains
a estrous, que tote s'espee
li enbat jusqu'en la coree,
que lou lion estuet morir.
720. « Or me laissiez l'autre venir »
fait il. Et li vilains lo lesse ; fol. 52 V e b.
moût fet grant duel, et si s'engresse
de son conpaignon que mort voit.
Vers lou chevalier vient tôt droit,
725. si lou requiert de tel vertu
qu'au premier cop li a tolu.
Et li vilains autre aparelle,
et de quant qu'il puet le conselle.
Et li lions li vient corant,
730. qui moût l'enchauce par devant;
as ongles jusqu'à laventaille
li deronpi tote la maille,
et si li retout son escu.
Et cil li a autre rendu.
735. Mes or set bien et aparçoit
Gauvains que se il li toloit
cestui, que ce seroit moleste.
Parmi la grève de la teste
lo fiert de l'espee trenchant,
740. que jusqu'as denz tôt lo porfant,
et li lions chiet a la terre.
« De cestui est fine la guerre, »
fet Gauvains « et fête la pes.
« Or me rent » fet il « desormès
745. « lou frainc, foi que tu doiz ton père. »
« N'ira mie issi par Saint Père, »
fait cil « n'i avra mestier ganche.
« Je verre ainz tote ta manche
« de ton hauberc de sanc vermel. foi- 33 r ° a -
i;o
LA DAMOISEI.K A LA MULE
750. « Se tu viaus croire mou consel,
« désarme toi et si menjue,
« tant que force te soit venue. »
Mes il ne vialt por nule peine.
Et li vilains tôt droit lo mainne,
755. parmi chambres et parmi huis,
que bien savoit toz les réduis,
tant qu'en la chanbre vient tout droit,
ou li chevaliers se gisoit
qui parmi lou cors ert feruz.
760. « Gauvains, bien soies tu venuz; »
Fait il, tantost con veù l'a.
« fortune t'a envoie ça,
« por ce que je sui ja gariz ;
« et si es tu assez hardiz,
765. « mes conbatre o moi t'estuet. »
Des qu'autrement estre ne puet,
ja ce dit no contredira.
Et cil maintenant se leva
qui s'arme tôt a son voloir.
770. Mes trespassé vos dui avoir
ce que ne doi pas trespasser :
ainz fust moût bien a reconter
por ce que navrez se levoit.
Une costume tele avoit, .
775. quant un chevalier d'autre terre
por la pucele venoit querre
lo frainc qui ladedenz estoit,
a lui conbatre se devoit,
et s'il estoit par lui vaincuz,
780. ja eschanges n'en fust renduz,
se de la teste non trenchier
et puis en un des piez fichier,
de coi li chastiaus clos estoit.
Et se autrement avenoit,
785. que cil refust par lui vaincuz,
fol. 5 3 r° b.
LA LUTTE AVEC LE CHEVALIER BLESSE I J I
un autres pieus seroit feruz.
tant qu'autres chevaliers venist,
que cil par bataille vainquist.
Ensi sont cil andui armé,
790. et li vilains a amené
a chascun d'aus un bon destrier,
et il i saillent sanz estrier.
Et les escuz pendent as cous,
desormès en orroiz les cous.
795. Maintenant qu'il furent monté,
lors a li vilains apresté
deus lances grosses, si lor baille
por conmencier celé bataille.
Lors s'esloingnent li un de l'autre,
800. puis s'entrevienent tôt sanz fautre ;
par vertu tieus cous s'entredonent,
a pou qu'il ne se desarçonent.
Les lances brisent et esloissent,
et li arçon derrière froissent,
805. et deronpirent li estrier ;
n'i remest corroie a trenchier,
que ne puent lou fes soffrir. fol. 35 v. a.
A terre les estuet venir,
1
tout maintenant em piez revienent
810. et les escuz enbraciez tienent.
Durement a ferir s'essaient,
sor les escuz tieus cous se paient,
que les estanceles en volent ;
as espees les escuz dolent,
815. si que les piecent et abatent.
Deus liuees s'entreconbatent,
que seulement plain pié de terre
ne puet l'uns sor l'autre conquerre.
Si a moût Gauvain anuié
820. de ce qu il a tant detrié;
si lou requiert de tel vertu
: _ : LA DAMOISELE A LA MULE
que trestot li a porfendu
l'iaume, et lo cercle coupé.
Et si l'a lors si estoné
825. que il est enbrunchiez vers terre,
et li vassal a lui lou serre.
Gauvains lou sache par grant ire
et fait sanblant de lui ocirre.
Et cil maintenant li escrie :
830. « Gauvains, ne m'ocirre tu mie ;
« fous fui quant a toi me prenoie,
« mes encor hui matin quidoie
& que soz ciel n'eïist chevalier
« qui contre moi s'osast drecier,
835. « et tu m'as a force conquis,
« et si te monte or a grant pris. fol. 33 v° b.
(( Et je te quidoie trenchier
« la teste, et en ce pel fichier
« ou il n'en a nules fichiees.
840. « Si ai totes celés trenchiees
« qui tôt entor ce paliz sont,
« a chevaliers qui çaiens ont
« venu por autretel afere.
« Aussi quidoie je toi faire,
845. « mes soz ciel tel chevalier n'a. »
Gauvains lo let, et il s'en va ;
en la chanbre s'est desarmez.
« Vilains, » fet Gauvains « or pensez
« conment porrai lo frainc avoir ».
850. « Gauvains, » fait il « viaus tu savoir
« que tu as afere premiers
« a deus serpens, félons et fiers,
« qui sanc gietent de leus en leus,
« et par la boche lor sait teus ;
855. « conbatre te convient ançois !
« Mes bien saches que cil harnois
« ne t'avra ja vers aus mestier.
LES DRAGONS SONT TUES I73
« Un autre ve t'aparellier,
« qui plus ert forz et plus tenanz.
86o. « Il a bien çaiens quatre cenz
« haubers tresliz, forz et entiers,
« qui furent a ces chevaliers
« dont tu vois les testes coupées. »
Armes li a tost aportees
865. li vilains de plusors manières. fol. 54 r° a.
Unes armes fors et entières
li baille, por soi atorner.
Lors dist Gauvains : « va amener
« les diables que tu disoies. »
870. « »
fet cil « mes ainz que soit passez
« midis, avras a fere assez.
« Il n'a soz ciel home si fier
« fors moi, qui les ost aprimier,
875. « ne qui les ost neïs veoir. »
Gauvains li dist : « ne te chaloir. »
Lors va deslier les sarpanz
(qui moût par sont et fiers et granz)
li vilains, et amainne amont,
880. qui moût sauvages bestes sont,
si que partot de leu en leu
est ses escuz enpris de feu.
Par vertu Gauvains lou requiert,
tel cop de l'espee li fiert,
885. si con Tescristure tesmoingne,
si que la teste li reoingne;
si l'a tué isnelement.
Xe sai que j'alasse acontant,
mes ainz que midis fust passez,
890. les a andeus si conreez,
que tuit sont mort et detrenchîé.
Auques a lo vis entochié
do sanc et de la porreture.
174 LA DAMOISELE A LA MULE
Li vilains reprent l'armeure
895. de coi il conbatuz estoit. fol. 34 r° *>■
Mes ançoiz qu'il desarmez soit,
li nains petiz li vint devant,
qui primes par desoz l'auvant
vint a lui, si lou salua,
900. ne plus dire ne li daigna,
ainz s'en ala si fièrement.
« Gau vains » fet il « je vos présent
« de par ma dame lo servise,
« mes que il soit par tel devise,
905. « que avecques li mengeras
« et a ton voloir en feras,
« tôt sanz contredit et sanz guerre,
« do frain que tu ies venuz querre. »
Lors dist Gauvains qu'il i eroit,
910. se li vilains lo conduisoit,
car moût bien se floit en lui ;
main a main s'en vont amedui.
Moût l'a bien li vilains mené ;
tant ont de chanbre en chanbre aie,
915. qu'en la chanbre vienent tôt droit
o la dame en un lit gisoit
qui avoit envoie lo nain
por querre monsaignor Gauvain.
Maintenant que venu lo vit,
920. contre lui va, si li a dit :
« Gauvains, bien soiez vos venu,
« si m'est il par vos avenu
« moût granz anuiz et granz domages,
« que totes mes bestes sauvages j i. 54 v° a.
925. « avez mortes en ceste voie.
« Si vos covient il tote voie
« avec moi orendroit mengier.
« Onques, voir, mellor chevalier
« ne plus preu de vos ne conui. »
LA RECEPTION CHEZ LA CHATELAINE 1 7 5
930. El lit s'asient amedui,
mes ne fu mie, ce me sanble
li liz ne de sauz ne de tranble,
o la dame et Gauvains seoient,
que li quatre pecol estoient
935. tuit de fin argent sororé.
Sus avoit un paile roé
qui toz iert a pierres ovrez,
et autres richeces assez.
Se deserire les vos voloie,
940. trestot mon tens i suëroie,
mes de ce n'estuet a parler.
L'eve demande por laver ;
li vilains maintenant lor baille
les bacins d'or, et la toaille
945. lor aporte por essuier.
Atant asient au mengier
la dame et messire Gauvains.
Li nains les sert et li vilains,
que laienz n'a plus de mesnié.
950. Moût par est la dame haitié
et bêle chiere fait son oste.
Trestot delez li, coste a coste,
lo fist seoir la damoisele,
et mengier a une escuèle, fol. 34 v b.
955. qui moût lo loe et moût lo prise.
Desmès ne faz autre devise,
ne plus ore ne vos en cont.
Mes maintenant que mengié ont
et la table lor fu ostee,
960. l'eve a la dame demandée ;
li vilains maintenant li baille.
Gauvain est tart que il s'en aille,
que moût quide avoir demoré ;
lors a la dame a demandé
965. lo frainc, que bien lo doit avoir.
I 7 6
LA DAMOISELE A LA MILE
« Sire », fet ele « mon pooir
et moi met en vostre servise,
« que moût ave/ grant chose en prise
por ma seror en ceste voie.
970. « Je sui sa suer et ele est moie,
si vos en doi moût anorer.
S'il vos plaisoit a demorer
çaienz, a saignor vos prend roie
et tôt cest chastel vos rendroie,
975. « dont j'e encore trente et huit. »
Dame » iet il « ne vos anuit,
tart m'est, ce vos di par ma foi
que je soie a la cort lo roi,
que ensi l'ai mis en covent.
980. « Mes donez moi delivrement
lo frainc que je sui venuz querre.
Trop ai esté en ceste terre,
or est ensi : plus n'i serai,
et neporquent bon gre vos sai
985. « do bien que vos me présentez. »
Gauvains, » fet el « lo frainc prenez,
vez lou la a ce clo d'argent. »
Et il tôt maintenant lou prent,
et moût très grant joie en demoine.
990. Et li vilains la mule amoinne,
Gauvains met lo frainc et la sele,
congié prent a la damoisele.
Et ele eonmande au vilain
qu'il face monsaignor Gauvain
995. tôt sanz enconbrier fors issir,
et lou chastel feïst tenir
tôt quoi, tant c'outre fust passez.
Messire Gauvains est montez,
qui de la voie fu moût bel.
1000. Li vilains eonmande au chastel
qu'il fust toz coiz, et il s'esta.
fol.
->)
LA JOIE DE LA POPULATION 1 77
Gauvains seùrement passa,
et quant il a lou pont passé,
vers lou chastel a regardé,
1005. et sl a l° rs parmi les rues
si granz conpaignies veûes
de gent qui laienz quaroloient
et si grant joie demenoient,
que se Dieus l'eùst conmandé,
10 10. n'eussent il pas plus joé ;
li uns a l'autre se déporte.
Encor estoit desor la porte
li vilains qui l'ot fors mené, fol. 35 r° b.
et Gauvains li a demandé
1015. quieus senefiance c'estoit,
que ladedenz veù n'avoit
a l'entrer ne petit ne grant,
et or i voit joie si grant
que trestuit de joie tençoient.
1020. « Sire » fet cil « repost estoient
« es crotes, por les cruautez
« des bestes c'ocises avez,
« qui si grant effrois demenoient,
« que quant par aventure issoient
1025. « les genz fors, por aucune ovraingnie,
« ne remansist qu'a quelque painne
« ne les covenist deslier :
« s'esaloient toz depecier,
« par lor orgoil et par lor rage.
1030. « Et or dient en lor langage :
« Dieus les a par vos délivrez,
« et de toz biens enluminez
« la gent qui en ténèbre estoient.
« Si grant joie ont de ce qu'il voient,
1035. « qu'il ne puent graingnor avoir. »
Ice, sachiez très bien de voir,
a Gauvains moût bien atalente.
12
iy8 LA DAMOISELE A LA MULE
Maintenant se mist en la sente
qui vers l'eve lo moin ne droit,
1040. o la planche de fer estoit ;
outre passe seurement.
Tant ala après chevauchant,
qu'il est venuz en la valee fo1 - v> v ° a -
qui de vermine est aornee.
1045. Outre est seurement passez,
dedenz la forest est entrez
o les bestes sauvages sont.
Maintenant qu'aparceii l'ont,
contre li vont, si lou convoient ;
1050. les deus genoz a terre ploient
et de lui aprochier s'aesent ;
les piez et les janbes li baisent,
et font a la mule autresi.
Gau vains de la forest issi,
1055. qui de l'aler ne tarda mie.
Entrez est en la praerie
qui do chastel estoit voisine.
Li rois Artus et la roïne
furent aie esbanoier,
1060. et avecques maint chevalier
qui de lor conpaignie sont,
de la sale es loges amont.
Et Gauvains tôt adès venoit ;
la roïne primes lo voit,
1065. si l'a as chevaliers mostré.
A l'encontre li sont aie
et chevalier et damoiseles.
Moût fu liée de ces noveles
la damoisele quant cl oit
1070. que messire Gauvains venoit,
celé cui estre doit li frains.
Venuz est messire Gauvains,
et la pucele va encontre. foi- 35 v ° b -
LE HÉHOS RENTRÉ A CARDUElL, Y RACONTE SES EXPLOITS 1/9
« Sire, » fait ele « bon encontre
1075. « vos doint Dieus, et tôt lo déduit
« qu'on puet avoir et jor et nuit. »
« Et vos aiez bone aventure »,
fait cil qui descent de la mure
a terre par l'estrier d'argent.
1080. La pucele en ses braz lo prent,
si lou baise plus de cent foiz.
« Sire » fait ele « il est bien droiz
« que je mete tôt a devise
« lo mien cors en votre servise,
1085. « que bien sai que ja ne l'eusse
« par nul home que je seùsse
« dedenz lo chastel envoier.
« Car mort en sont maint chevalier
« qui les testes coupées ont,
1090. « qui de l'avoir nul pooir n'ont. »
Lors li a Gauvains recontees
les aventures qu'ot trovees :
de la grant valee et do bois,
et de la fontainne a espois,
1095. et de levé qui noire estoit,
et do chastel qui tornoioit,
et des lions que il ocist,
et do chevalier qu'il eonquist,
et del vilain lo eovenent,
1 100. et de la bataille do sarpent,
et del nain qui lo salua
et plus dire ne li daigna,
et cornent après li revint, fol. 36 r° a.
et conment mengier lo covint
1 105 . en la chanbre a la damoisele
qui suer estoit a la pucele,
et cornent li trains fu renduz,
et quant do chastel fu issuz,
et conment il avoit veues
iSo LA DAMOISELE A LA MLLE
1 1 io. les quaroles parmi les rues,
et conment issuz s'en estoit
sanz enconbrier et sanz destroit.
Quant Gauvains a ce raconté,
et la pucele a demandé
1 1 1 5 . congié as barons de la cort,
La roïne Guenievre i cort,
et li rois et li chevalier
i sont aie por li proier
qu'avec aus laienz demorast,
1 120. et des chevaliers un amast
qui sont de la Table Heonde.
« Sire, Damedieus me confonde, »
fet ele « se j'onques osasse,
« se volentiers ne demorasse,
1 125. « mes je ne puis por nule painne. »
Sa mule demande, on li amainne,
si est montée par l'estrier,
et li rois la vet convoier.
Mes ele dit que nul conduit
1 130. ne vialt avoir, ne lor anuit,
et si estoit il auques tart.
Congié prent et si s'en départ,
si se remist en l'anbleùre. fol. 36 r° b.
De la dam 01 se le a la mure
1 1 3 5 . qui s'en est tote seule alee,
est ci l'aventure finee.
LEÇONS DU MANUSCRIT ET NOTES
v. 3. ms. anez.
6. biens.
59. senechal.
122. et créant.
124. il die.
125. qui a l'alcr.
139. beste.
142. sirât 9qs.
1 52. s'agenoilloillent.
172. tenebrose.
177. entre.
185. de coi il ist moût grant puor; la correction est de M. A. Thomas.
199. q» laienz.
213. q'1 fust.
221. de p>us. On serait tenté de lire de pins, cet arbre appartenant au décor
traditionnel de la fontaine cp. « fontainne soz le pin », Yvain,
vv. 380, 697 et 4938, mais le vers 1094 dans lequel Gauvain parle
d'une « fontainne a espois », nous- fait penser qu'il s'agissait d'aubé -
pines.
286. messire .Y.
328. M. Foerster (Erec, petite édition, p. xxxix) lit avec Méon :
E por ce n'ose a cort venir.
La parole plus maintenir
ne voil a lui a ceste foiz, etc.
Je ne vois pas de raison à admettre l'enjambement du couplet.
335- q j i-
346. o.
366. la mul.
370. Cependant les bêtes ont apporté leur hommage aussi à Keu qui n'est
pas entré en possession du frein ; c'est la mule qu'elles honorent.
376. et K.
425. qui.
458. quat la porte,
LEÇONS DU MANUSCRIT ET NOTES 183
474. celé qui do vcoir fu bel, cp. v. 999.
483. le ms. porte G., on pourrait lire « Gauvains », mais il n'est par sûr que le
nain ait connu le nom du chevalier qui n'a pas encore eu le temps
de se nommer ; cependant le chevalier blessé sait le nom de son
adversaire.
492. et li nains.
515. mor resanble.
527. graigno.
582. i est.
543. a deus bacins.
559. enz enz. Cette correction déjà chez Méon et M. Jenkins (MeJeni Lan-
guage Xoies, t. XXVI, p. 150).
565. orendroit jeu.
577. lacune v. plus haut p. 100.
619. vieil df>c
656. armeure.
665. le lions.
671. chies en chies.
676. si li.
711. coe, correction de M. Jenkins (art. cit. j.
726. scil. escu.
760. soiez. Voyez la note du v. 483. Quoiqu'il soit moins étonnant ici que
le chevalier nomme Gauvain, on pourrait à la rigueur remplacer
« Gauvains » par « biaus sire » p. e.
772. fait ml't.
781. voyez sur cette construction Tobler, Vermischte Beitriige, t.I, p. 19.
787. groses.
800. faudre. M. Jenkins lit aussi fautre ; on pourrait peut-être lire sur
fautre, « rapidement ».
815. en abatent.
826. lo vassal.
884. lo.
896. aincoiz.
912. Le ms. donne main en main, je ne connais pas d'autre exemple de cette
locution.
930. es liz, cp. v. 932.
953. lo fïet.
964. lors a la dame demande.
985. présentez.
1010. n'i eust il pas plus joe.
1018. voi.
1024. issdient.
105 1. aessent.
1069. ot.
1070. venot.
J0/6. c; puet.
LEXIQUE ET INDEX COMPLET
DES FORMES
A prép.
i. Indique la direction 19, 53, 93, 114,
140, 150, 159, 233, 262, 284 (as),
320 (au), 321, 322, 327, 331, 350,
364, 367, 379, 391, 410, 539, 651,
701, 731, 740 (as), 741, 808, 826,
831, 899, 964, 1050, 1066, 1079.
2. le lieu, le séjour 360, 431, 793 'as),
978, 987.
3. le temps 96, 124, 190, 423, 598,
699, 1017.
4. l'instrument 296, 443, 575, 592,
683 (as), 726 (au), 731 (as), 814 (as),
937, 954-
5. la manière 371, 549, 550, 567,623,
769, 835, 906.
6. la destination, le but, la fonction 324,
544, 547 ( au )> 6 7 2 > 8o6 > 946, 973.
7. Exprime le rapport d'appartenance
398, 862, 1094, 1105, 1106.
8. Précise le rapport de personne ou
d'un être vivant, étant l'objet d'une
action 275, 329, 354, 386, 446, 557,
641, 668, 778, 831, 842, 852, 992,
993 (au), 1000, 101 1, 1053, 1065 (as),
11 15 (as).
9. Est employé dans des locutions adver-
biales, a anui 457, a devise 1086,
a estrous 312, 717, a po 190, a pou
802, a quelque poinne 179, 419,
456, 1027.
10. Introduit un attribut de personne,
monter a... 836, savoir a... 646,
tenir a 153, 524, 573.
11. Introduit un infinitif complément
d'action, 772, 811, 872, 941, 972.
[Abandoner], abandonner ; aban-
donez part. p. 642.
[Abattre ; abatent prés. 815.
Abit, repaire de bêtes sauvages 159.
[Abevrer , abeuvrer; aboivre 3 prés.
222.
Abrivez, empressé 483.
[Acheminer (s')]; s'est acheminez
p. i. 424.
Acoler, embrasser 342.
[Aconter], raconter; acontant part.
888.
Adès, toujours 199 ; tôt adès, tou-
jours, sans cesse 200, 454, aussitôt,
176, 1063.
[Adoler], attrister ; adolez part. p.
322.
Adonc, alors, 622.
Afere, affaire 843, 851.
Afichier (s'), se charger de 84 ; s'est
afichiez/w5. ind. 316.
[Agenoiller (s')], s'agenouiller; age-
noilloient impf. 152.
Aguz. pointu 434.
Ahurté, entassé, réuni 203.
Aidier], aider; aït s subj. prés. 303,
531, 534, 571,627, 666 ; aïez / subj.
prés. 315.
iS6
1 A DAMOISELE A LA MULE
Ainz. .iv.mt J07, 695, 748,772 : plutôt
|So, 643, 901 : ainz que, avant que
1 $8, joi, su. 637, 650, 871, 889;
ainz que, plutôt que $34.
Aïp. allure 272.
Aise, estre aise, être content 346
Aïsier, satisfaire 556 ; s'aïsier, s'em-
presser de ; aesent/>m. 1051.
[Ajorner . l'aire jour ; ajorna />. d.
599,
Aler, aller lll, 137, 242,408,495,
693; y e prés. 858 ; va prés. 54, 117,
189, 381, 846, 877, 920, 1073; vet
pris. 66, 114, 126, 159, 362, 678,
8)8, 1128; vont 364, 912, 1049;
ailles subj. 563 ; voisss subj. 655 ;
aille ; subj. 348, 501, 962 ; va imper.
868 ; alez imper. 50 ; aloit itnpf. 231;
ira////. 746; eroit cowi. 909; ala
/>. </. 901, 1042 ; alasse subj. p. 888 :
alast subj. p. 100, 343 ; a aie p. i.
232, 238 ; est alez p. /'. 321, 402 ;
est alee P. i, 11 35; sont aie p. i.
1066, 11 18 ; ont aie p.i. 914 ; ot
aie p. ant. 164, 168; furent aie
p. mit. 1059 ; a lé /wr/. p. 32, 132 ;
alees/w/7. p. 141.
Aler subst.verb., expédition, marche,
125, 1055.
Aleûre, marche 38.
[Amasser], réunir ; amassez part,
pass. 24 ; amassées, 'part. p. 134.
Amedui, tous les deux, 698, 912,931.
Amener 868 ; amainne près. 673,
879, 1 126 ; amoinne prés. 678, 990;
a amené part. p. 790.
[AmerJ aimer ; amast subj. p. 1120.
Amont </(/:., eu haut, 33, en montant,
56, 505, 879, 1062.
Amor s. /., amour 91, 369.
Anbleùre, pas de marche ordinaire
d'un animal qu'on monte 126, 228,
1133.
Ançois, d'abord 662, 855 ; plutôt 191,
250 : ançois que, avant que 100,
343, 480, 563 ; anooiz que 896.
Andeus (An ,ij.) tous les deux ; 890,
andui, c. s. 789.
Angoisseus, plein d'angoisse, 323.
Angoissier, v. tr. s importuner, 108.
Anor, honneur 151, 275.
Anorer, honorer 155, 971 ; anorent,
prés. (ÎH.
Anui, ennui 457 ; anuiz 923.
[AnuïerJ, ennuyer; anuit s subj. 976,
1 130 ; a anuië p. i. 819.
Anuit adv. } pendant la nuit 561 ; pour
la nuit 573, 583.
[Aorner], remplir ; aornee part.
1014.
Aparçoivre], apercevoir; aparçoit
près. 374, 735; aparçurent, /'. </.
271 ; aparceù ont p. /'. 1048.
Aparellier, préparer 858 ; s'a. d'une
armeùre, se vêtir, s'armer 657 ;
aparelle ; prés. 727 ; a aparellié
p. i. 702.
[Apeler]. appeler ; avoit apelez
ppf. 788.
[Apendre], tendre comme piège ;
apent/m. 201.
[Aporter] : aporte près. 676, 945 ;
aportera 335////. ; a aportée p. i.
511, 553; a aportées p. i. 864;
sera aporté, p. fut. 334.
[AprendreJ ; a aprise p. i. 128.
Après, 31, 1042, 1103.
[Aprester] préparer ; a apresté, 796 ;
s'est aprestez, /. i. 518.
Aprimier, dompter, 874.
Aprochier, approcher 105 1. est apro-
chiez, p. ini. 293.
Arche, arcade 497.
Arçon, 804 ; arçons 351.
[Ardoirj, brûler; arde, sub. 644.
Ardure, chaleur 195, 211.
Arestement, arrêt 381.
[Arester] s'arrêter, rester ; areste
près. 592, est arestez/?. i. 451.
Argent, 935, 987, 1079.
Ariers adv., en arrière 3.
Arme, 119; armes 671, 864, 866.
[Armer] ; arme prés. 670, 769; armez
impér. 669; armez part. p. 66y,
armé part, p, 789.
LEXIQUE ET INDEX COMPLET DES FORMES
187
Armeùre armure 656, 8! I \ .
[Arrachier], arracher : arache prés.
682.
As, v. a.
Asalt, attaque 430.
Aseoir, faire asseoir qqu'un (lui a...),
s'asseoir 540 ; asient près. 930,
946; assist p. d. 547; est assise
p. prés. 199.
Aserir, faire soir 537. *
Asseûrer (s')], se rassurer ; s'est
asseùrez pass. ind. 209.
Assez, 12, 23, 28, 76,257, 287, 413,
5 3 3,638, 660,764,872, 938.
[Atalenter . plaire : atalente s prés.
1037.
Atant, cependant, alors, 64, 208, 258,
450, 464, 504, 601, 6C8, 946.
Atendre, 714.
Atorner, arranger, préparer (un ani-
mal à la marche, un chevalier à la
bataille) 867 ; atorna p. d. 600 ;
a atornee/>. t. 217.
[Aucun], quelqu'un; aucune 1025.
Auques, un peu 209, 244, 406, 475,
892, 1131.
A US, prou. pers. v. il.
Aussi, ainsi 844.
Autre, 107, 383, 660, 702, 720, 727,
734. 775, 799, 858, 956, pi. 201 ;
autres 67, 287, 786, 787, pi. 183,
938 ; l'autre prou. 818, ion.
Autrement, 766, 784.
Autresi, autant 226, 1053.
Autretel, pareil 843.
Auvant, auvent .478, 898.
AvaJ, en bas, en descendant, 35.
Avant, 96, 132, 168, 408.
Avec, 26, 60, 665, 927, 11 19.
Avecques. avec 192, 905, 1060.
[Avenant], avenanz 40.
Avenir, arriver 463; avient prés. 12 ;
aviegne sub. 582 ; avenoit impf. 219,
413, 784 ; avint p. d. 20 ; est avenu
p. i.922 f
Aventure, accident de nature à mettre
en jeu le courage d'un chevalier 17,
62, 239, 522,' 1024, 1077, 11 36;
aventures 1092.
[Avironer], entourer; estoit avi-
ron ee imp. pus. 220.
Avison, avis, information ; par avison
399-
Avoir, 118, 119, 125, 173, 201, 204,
206, 208, 297, 317, 635, 690, 849.
965, 1035, 1076, 1090, 11 30 ; ai
prés. 624 ; e prés. 975 ; aspics. 85 1 ; a
prés. 2, 112, 294, 295, 401,416, 529,
545, 630, 643, 658, 660, 708, 713,
839, 845, 860, 873, 892, 949; avon
prés. 63 ; ont, prés. 30, 1034, 1089,
1090; aie subj. 535 : aies subj. 522,
531 ; ait subj. 196, 251, 337, 586;
aiezsubj. 103, 1077 ; avoit impj. 42,
70, 82, 129, 223, 435, 439, 645, 774,
936 : avrai////. 78, 312 : avré 649 ;
avras fut. 638, 872; avra fut. 95,
747, 857; avrez fut. 292; avront
fut. 6-jj : avroit cond. 17; ot p. d.
23, 28, 116, 122, 142, 375, 348 ; oit
p. d. 1069; orent p. d. 36; eusse
subj. p. 1085 ; eùst subj. p. 174, 833,
1010: a eù/>. i. 141, 276 ; avoit eu
ppf 166.
Avoir F, subst. verb. bien, richesse,
279.
[Bacin], bassin ; bacins 543, 944.
Bailler], donner : baille ; prés. 797,
867, 943, 961 ; bailleroie / fut. 92.
Baisier, baiser 101 ; baise prés.
108 1 : bese 345; baisent près. 1052 ;
besast subj. pass. 99, 344.
Barbe, 715.
Barge, barque 236.
Baron, 31; barons 1115.
Bas . basse 499.
Bataille, 638, 651, 788,798, 1100.
[Batre . battre : estoit batuz pas.
impf. 162.
Beisier, s. baiser 103; baisiers 107.
Bel, 94, 282, 428, 474, 999: bêle 40,
225, 385, 951 ; bêles 10. 28; plus
bêles 10,
i88
LA DAMOISELE A LA MULE
Beneïçon], bénédiction ; beneïcons
pi. 352,
Besoing, besoin |o.
Beste , bête; bestes 133, 139, 147,
183, 269, j6o, y à j, 663, 880, 024.
1022, 1047.
Bien, aàv. 6, 47. 69,75, 82, 94, 122,
127, 128, 163, [89, 219, 241, 246,
251, 260, 273, 293, 294, 347, 37 1.
407, 428, 434, 448, 453, 460, 483,
507, 556, 604, 613, 615, 632, 6^6,
072. 698, 735, 756, 760, 772, 856,
S6o, 911, 913, 965, 1036, 1037,
1082, 1085 ; miaus 178, 248, 250,
586.
Bien, s. 523, 526, 985 ; biens 1032.
Bise. 200.
Blanc], blanche 542.
Boche, bouche 854.
Bois, 146, 192, 280, 1093.
(Boivre), boire; boit prés.- 226.
Bon, 310, 573, 658, 791, 984, 1074;
bone 522, 1077; bones 529,671;
mellor 928; miaudres 11.
Braz, bras, 1080.
IBriser], brisent prés. 803.
Bruianz ; bruyant 392.
C v. que conj. et pion.
Ça, ici 7(12.
Çaienz, ici dedans 83, 525, 638, 973 ;
caiens 842, 860.
Car, 71, 229, 347, 556, 911, 1088.
Cave, 49 8 > 505, 595 -
Ce. 1, 10, 84, 213, 231, 234, 283, 370,
398, 407, 418, 420 (ice), 457, 475,
314, 562 (ice), 616, 626, 631, 633,
737, 7 6 3> 7 6 7> 77 1 » 82 °> 8 3 8 , 841,
931, 941, 977, 987, 1015 (c'), 1034,
1036 (ice), 1113 ; ces 862, 1068.
Celé, v. cil.
Cent. 108 1 : cenz ( c.) 860.
Cercle, partie du casque 823.
[Certain], certainne 420.
Certes, 297, 533, 688.
Cest, celui-ci 96, 146, 559, 974; ceste
85, 124, 329, 423, 575, 925, 969,
982 ; cestui c. r. 737, 742.
Chaenne, chaîne 683.
[Chair;, choir; est chauzy>. ind. 189.
Chaloir, v. imp. avoir souci ; ("ne
te chaloir ") 876.
Chalonge, réclamation, dispute ; sanz
ch., sans* conteste 89, 560.
Chanbre, chambre 757, 847, 914,
915, 1105 ; chanbres 753.
Chascun, chacun 435 ; chascuns 5,
159.
Chastel, 38, 93, 281, 427, 473, 974,
996, 1000, 1004, 1057, 1087, 1096,
1108 ; chastiaus 106, 429, 440,
454, 7 8 3-
Chaut, chaleur 195.
Chemin, 260.
[Cheminer , chemine prés. 390 ;
avoit cheminé />/>/. 129.
[Cheoir], choir; chiet prés. 741;
cheoiz fust subj. ppf. 422. V.
[chair] .
Chevalier, 44, 57, 83, 368, 437, 557,
685, 724, 758, 775, 787, 833, 842,
845,928,1060, 1067, 1098, 1117;
chevaliers 23, 287, 645, 758, 787,
862, 1065, 1088, 1120.
Chevauchier, chevaucher 264 ; che-
vauchant part. 232, 1042; che-
vaucha p. </. 659.
Chevestre, chevêtre, 43.
Chevous, cheveux, 299.
Chief, « de chief en chief » d'un bout
à l'autre 671, venir a chief, parfaire
672.
Chier, cher 5 ; chieres 13.
Chiere, chair; bêle chiere 951.
Chievre, chèvre 691.
[Choisir], apercevoir ; choisi s p. d.
685.
Chose, 2, 7, 107, 420, 968.
Ci, ici, 1 136.
Ciel, 833,845, 873.
LEXIQUE ET IXDEX COMPLET DES 1 ORMES
189
Cil, pion, détn.j celui 536, 538, 549,
670, 696, 697, 702, 734, 747, 768,
785, 788, 789, 829, 856, 871, 1020,
1078; celé 109, 136, 187, 296, 362,
798, 1071 ; ceïes 840.
[Cité], citez//. 277.
Cler], clair; clere 218.
Clo, clou 987 (c. d'argent).
Clos, 431, 433, 783.
Coche, couche 554.
Cochier, coucher 555, 563 : est
couchiez/, i. 597.
Coi, quoi//w/. rél, 185, 895.
Coi]. adj. ; coiz 1001.
Col, cou 511, 589, 603, 621, 623.
Coluevre], couleuvre : couluevres
182.
Cornent, v. Conment.
Con, adv. comme 22, 73, 88, 197,
261, 271, 441, 442, 557, 761.
Conbatre, combattre, 614, 640, 648,
665, 765, 778, 855: conbat près.
688 : conbatrai fut. 668 : conbatuz
estoit ppf. 895.
[Conduire], conduisoit impf. 910.
Conduit, escorte 1129.
Confondre , détruire, punir : con
fonde ; suif. 1122.
Congié, congé 337, demander c,
1 1 1 5, prendre c. 992, 1 1 32.
[Conmander , ordonner, se recom-
mander ; conmande jprés. 109, 993,
1000; s'est conmandez j pf. 410;
ont conmande/. 1. 354 ; eùst con-
mande sub. ppf. 1009.
Conme, comme 709.
Conmeneier, commencer 798 : con-
mence s pré* 1 7, 686.
Conment. comment 331, 348 (con-
ment que» 582, (c. que) 635, 849,
1104, 1109, in 1: cornent 1103,
1 107.
Conoissance, connaissance 147,369.
[Conoistre connaître : conoissoient
impf. 366 ; conui / /. </. 929.
Conpagnie. compagnie 1061 : con-
pagnies 1006.
Conpaignon. compagnon 118,723.
Conquerre, conquérir 818 : conquist
3 /. d. 1098: a conquis p. i. 835.
[Conreer] arranger; a conreez /. i.
890.
Consel, conseil 750.
[Consellerj, demander conseil, dis-
cuter; conselle; très, 'i^iconsellent
prés. 46 : iert conselliez pas. fut.
250.
Consievre , atteindre en frappant,
s'engager : s'est conseùe /. /'.
Contenance, attitude, 521.
Conter], raconter; cont / prés.95H.
Contre, 834; à l'encontre 920, 1049.
[Contredire, contester; contredi
prés. 612; contredira/^/. 767.
Contredit, opposition 89, 560, 579,
907.
Convant, accord, condition 575.
[Convenir . être d'accord, convenir;
convient près. 689, 690,855; co-
vient/m\ 176, -144, 557, 926: con-
venant part. 315 ; covenent part.
1099: convendra ///. <)10: covint
/. d. IlOi ; convenist subj. /. 494 ;
covenist subj. p. 1027 ; avoit co-
vent ppf. 61-.
Convoier. accompagner 1128 ; con-
voie 127. ; prés. ; convoient prés.
1049.
Convoier. s. v. convoi qui accompa-
gne quelqu'un 116.
Cop, coup 592, 699, 726. 884.
Corée, entrailles 718.
Corgiee, corde 445.
[Corir], v. [courir .
Correeier. se courroucer 708.
Corroie, courroie 806.
Cors, corps 759, 1084.
Cort. cour 19, 25. K), 527, 978,
1 1 15 : cort tenir 2 1 .
Coste, côte 952 ic. a 0.
190
La daMoiSelè a la mi ri i
Costume, coutume 774.
Cou), cous 793.
|Cou|. coup: cous 794, 801, S 12.
ÎCouchierj. v. cochier.
Couper], coupe ; prés. 591 ; a coupé
p. /'. S123 ; ot coupée p. a. 606 ; cou-
pée part. 1089; coupées part. 863.
[Courir], cort ; pets. 1116; corent
/>r«. 67; courant part. 66, 126;
corant /w/7. 729; coururent />. </.
272.
[Covenir], v. [convenir].
Covent. gage 611 ; mettre en covent,
promettre 979.
Créant, engagement, promesse ; a
créant sûrement 122.
Creanter], croire, donner assurance,
promettre; créant ; prés. 122; a
créante/', i. 333,068; avoit cré-
ante ppf. 633.
Croire, 750.
[Crote , grotte; crotes 1021.
Cruauté), cruautez 1021.
Cruel, 395 (épithète de l'eau).
Cruëus, creux 172.
Cuer, cœur 691 ; de bon cuer volon-
tiers 310; cuer d'iver 197; cuers,
courage c. faut 652.
Cui, qui 282 à qui 107 1.
Cuidier, v. quidier.
Cure, avoir cure, avoir soin, 112,
116.
Dahez, avoir dahez mal tomber;
mal dahez ait il sorte de malé-
diction 2) I, 583.
| Daigner , d:igne ; près. 694; dai-
gna p. (I. 900, 1102 ; daignast subj.
P- 493-
Dame, 1 |8, 151, 487, 903, 916, 933,
917) 93°' 9^0, 064, 976 ; dames 27.
Damedieus, Seigneur Dieu, 1122.
Damoisele. 18, 41, 291, 305, 330,
353> 95 3, 992, 1069, 1105, 11 34 ;
damoiseles 27. 1' 67.
De, pn'p.
1. exprime le rapport d'appartenance,
198 (del), 279, 320, 437, 441, 473
(do), 479, 691, 738, 1022 (des),
1 06 1 , 1 1 1 5 , 1 1 2 1 .
2. sert de partitif 204, 401, 414 (do),
435 (des), 469, 638, 679, 713, 782,
791, 817, 949, 1007, 1120.
3. exprime l'éloignement en espace et
dans le temps, la provenance 133,
165, 185, 211, 213, 217 (d'), 226,
280 (do), 356, 409, 505, 515, 516,
620, 659, 671, 775, 853, 881, 903,
914, 999, 1054, 1062, 1078, 1108
(do).
4. l'nstrument, la matière 152, 221,
243, 405, 432, 434, 687, 705, TU,
739, 749, 783, 882, 884, 893 (do),
895, 932, 935, 944, 987 (d'), 1032,
1040, 1044, 1079.
5. la manière 3 10 (de bon cuer) ; 465,
725, 821, 865.
6. est employé dans les constructions
adverbiales 383 (d'autre part); 4^
(de desor) ; 532 (de noient); 572
(de mot) ; 612 (de noient) ; 675
(de rien) ; 1036 (de voir).
7. dans la comparaison, plus de 352,
404, 47°, 545, 9 2 9> Io81 -
8. a la fonction de touchant 84, 123
(ravoir de); 148, 151, 174, 190,
195, 247, 330, 393, 453, 474 (do),
538, 611, 630, 639, 654, 665, 742,
781, 820, 828, 908, 941, 1051, 1055,
1057 ( do )> I0 93> io 94, i"95, I0 9 6
(do), 1097 (des), 1098 (do), 1099
'(del), 1100 (do), 1101 (del), 1154.
9. indique la cause 234, 283, 475, 514,
723,985, 1019, 1034, 1068.
Deable, diable 398; deables 400.
Debatre sel, se frapper; débat
prés. 687.
Debatuz, abattu 267.
Debrisiez, brisé de fatigue 267.
Dedenz, />/V/\ dedans 181, 351, 595,
1046, 1086.
Déduit, plaisir 1075.
Degré, 505.
Delez, vers 538, à côté de 952.
Delivrement, rapidement (369, 980.
(Délivrer ; a délivrez p. i. 1031.
LEXIQUE ET INDEX COMPLET DES FORMES
IQ1
[Demander], demant / prés. 562 ;
demande ; prés. 586, 942, 11 26;
demandent/?/ ô. 58; a demandé/ 1 , i.
634, 964, 1014, 1114; a demandée
p. i. 960.
Démener, agiter, faire, manifester
443; demoinne 3 pris. 301; de-
moine ; prés. 989 ; demenoient
' impf. 1008, 1023.
Demoisele, v. damoisele.
Demorer, retarder, rester 112, 156,
972 : avoir demoré itif. p. 9i\3 :
demorast subj. p. 1 1 19 ; demorasse
subj.p. 1124.
[Dent], denz 6S3, 740.
Départir, se], partir; départ 3 prés.
1132.
Depeeier, mettre en pièces 1028.
[Déporter, se], s'amuser; déporte
3 prés. 101 1.
[Derompre\ déchirer; derompi p. d.
732 ; deronpirent/7. d. 805.
Derrière, 804.
Derriers, par derriers, par derrière
469.
Des, dès 187 ; d. que 599, 766.
[Desarçoner], désarçonner ; desar-
çonent prés. 802.
[Desarmer , desarme impér. 751 ;
s'est desarmez/', i. 847 ; desarmez
part. p. 896.
[Descendre], descent 3 P' c ' s - 65,
1078 ; est descenduz/7. i. 214, 384 ;
fust descenduz subj. ppf. 480.
Descrire, décrire, 939.
Desfendre], empêcher ; desfende
subj. 110.
Desforeté, sorti de la forêt 167.
DeshaitierJ, affliger; deshaitiee 308.
Deslier, délier 678, 877, 1027.
Desloiauté, déloyauté, 616.
Desmès, désormais, 956.
[Desnouer, détacher, faire tomber;
desneue prés. 470.
Desor, sur 125, 588, 1012 ; par desor
242 ; par de desor 415.
Desormès, désormais, 744, 794.
Desoz, dessous, par d. 478, 898.
Destrier, 653, 673, 791 ; destier
658.
Destroit. gène 1112.
[Détenir , retenir ; detiegne 3 subj.
52.
[Detirer , arracher ; detire ; prés.
299.
[DetrenchierJ, trancher en mor-
ceaux ; detrenchié part. p. 891.
[Detrier], différer ; a detrié p. i. 820.
Deus, v. Dieus.
Deus, (ij) deux 150, 367 (lesd.), 543,
641, 646, 797, 816, 852, 1050.
Devant, 65, 74, 193, 281, 451, 458,
518, 692, 730,897.
Devise, opinion, sens 4, 904 ; faire
devise, persuader 144 ; raconter 956 ;
a devise, entièrement 1083.
[Devoir], doi 1 près. 771, 971 ; dui
j prés. 770 ; doiz 2 prés. 745 ; doit
3 prés, 15, 317, 965, 1071 ; doie subj.
463; devoit impf. 137, 363, 7/8;
deùst subj. p. 297, 615.
Diables, créature infernale (parlant
des dragons) 869.
Dieus, Dieu 303, 531,534,627, 1009,
1031, 1071; Deus 571 ; Dieu 354,
410; De 624.
Dire, 393, 488, 900, 1102 ; di 1 prés.
397, 977 ; diz 2 prés. 523 ; dist
3 prés. 1, 14, I9 1 » 304, 45 5, 4^3,
618, 622, 868, 876, 909; dit ; près.
97, 251, 500, 1129; dient 6 prés.
47, 1030 :di impér. 570; dites impér.
51, 311 ; die 3 subj. 124; diroie
cond. 205; disoies impf. 869; dist
pf. 143, 335; deïsse subj.p. 396;
deïst subj. prés. 507 ; a dit/', i. 4^6,
920 ; dite lu pas. p. d. 325.
Dis (.X.), dix 277, 645.
Dit, discours 767.
Doillanz, v. dolanz.
Dolanz, affligé 475 ; doillanz 266.
[Doler], dolent prés. 814.
Domaehe, dommage 626 ; domages
923.
[Q2
LA DAMOISLLE A LA MULE
Don. subst. $05.
Don, dont 28, 81, 657 (dont), 863
(dont), 975.
Donc. ; 10. 5S7. M 9.
[Doner], donner ; done prés. 544. ^)9;
donez imp. J05, 080 : doint ; 5///y.
107).
Dont. \. don.
Dor. une petite mesure 404.
[DormirJ, dort prés. >9< s -
Drecier. dresser 8 vi, monter la table ;
estoit dreciee impf. pass. 546.
Droit, adj. 260 ; droiz, il est droiz
il est juste 344, 1082.
Droit, adv. 2(52 (tôt d.); 265, 364, 379,
.178. 489, 539 (tôt d.); 628, 72'».
7)1 (tôt d.); 757, 915 (tôt d.) ;
1039.
Duel, deuil, affliction 301, 722 ; diaus
626.
[DurJ, dure 706, 707.
Durement, fortement 45, 445,811.
[EffroiJ, effrois 1023.
El, adj. autre 396.
El. \. en.
Ele, elle 3, 48, 73, 75, 99, 223, 243,
301, 303, 311, 331, 345. 347. 40),
411, 459, 466, 468, 966, 970, 993,
1074, 1082, 1123, 1129; el 70, 102,
986, 1069; la 50, 68, 72, 101, 155,
235, 245, 342, 344, 387, 576, 585,
1 128; eles 149, 271.
Em, \. en.
En, en, dans, à 1, 6, 49, 131, 154,
214, 216, 228, 252, 259, 268, 358,
372, 384, 426, 435, 436, 467, 471,
562, 655, 671, 692, 718, 757, 782,
809 (em), 838, 847, 833, 881, 911,
912, 914, 915, 916, 925, 930 (es),
967, 969,979, 982 1021 (es), 1030,
1033, 1038, 1043, 1056, 1062 (es),
1080, 1084, 1 105, 1 133 ; el = en lo
181, 340.
En, prou.
1 . Exprime la provenance, l'éloignement
54, 60, 126, 136, 157, 210, 258,
31 6 . 343> 3)'6. 362, 37 6 > 3**i, 479>
481. 1.89, |0), joi, 587, 595, 596,
620. 813, 846, 901, 912, 962, I III,
1132, II3S.
2. « de cela », l'objet, une partie de
lui 13, 46, 67, 205, 223, 295, 396,
[23, I |8. ||9. 176, 533, 548, 549,
624, 647, 713, 794, 859, 957.
3. l'état 304, 315.
4. lamatière, « dans cela » « de cela »,
647, 672.
5. la cause « pour cela » 141, 276, 308,
780, 971, 989.
En, pron. pers., on 10, 15, 72, 145,
400, 442.
[Enbatre], faire entrer; enbât prés.
718 ; s'est enbatuz p. i. 161.
[Enbracier], saisir; enbraciez/v/7.^.
810.
[EnbrunchierJ, renverser ; enbrun-
chiezyw/7. 825.
[Enchaenerj, enchaîner; enchaenez
part. p. 6'j1.
[Enchaucier], poursuivre vivement;
enchauce prés. 730.
Encline, s. f. demande 340.
Enconbrier, sanze., sans encombre,
995, 1112.
Encontre, à l'encontre 66, 270, 1073 ;
encontre li 270 ; à rencontre 140,
364, 1066.
Encontre, s.f. rencontre; bon e sorte
de salutation 1074.
Encor, 248, 832, 1012; encore 975.
Endroit, en face 462.
Enfant, 477.
[Enforester] entrer dans la forêt ;
enforesté part. pass. 130.
[Engresser s'], s'irriter ; s'engresse
prés. 723.
[ EnluminerJ, a enluminez/', i. 1032.
Enorance, respect 148.
(EnorterJ, exhorter; enorte prés. 452.
[ Enporter], emporter ; enporte prés.
472.
Enprendre, entreprendre, 85 ; en-
prendré 1 fut. 571 ; enprendra ////.
569; avez enprise s PPJ- 968;
LEXIQUE ET INDEX COMPLET DES FORMES
193
eùst enprise subj. ppf. L43 : estre
enpris. être pris (par le feu) ; est
enpris prés. 882.
Enquerre, examiner 500.
[Ensaigner], informer; ensaignerai
fut. 61.
Ensi, ainsi 77, 151, 188, 261, 471,
789, 979, 983.
[Entendre], entent pris. 407.
[Entier], entiers 618, 861 ; entières
866.
[Entoehier], toucher, atteindre ; en-
tochié part. p. 892.
Entor, autour 220, 433 (tôt entor),
529, 841.
Entre, 45.
[Entreeonbatre s'], combattre : en-
treconbatent^/fV. 816.
[Entredoner s'], se donner récipro-
quement ; entredonent près. 801.
[Entreferir s'], se donner mutuelle-
ment des coups : entrefierent prés.
698.
[Entremettre s'], entremet, 538.
Entrer, 177, 444; entre prés. 178;
entrera////. 456, 461 : entrast subj.
p. 146; être entrez inf. p.21ti;
est entrez/ 1 , i. 179, 281, 338, 378,
471, 595, 1046 : entrez est p. i.
1056.
Entrer, s. verb. l'entrée 1017.
[Entrevenir s'], venir à l'encontre ;
entrevienent prés. 800.
Envenimée, 380.
Envoier, envoyer 1087 : envoient
290 : a envoie p. i. 762 : avoit
envoie ppf. 917.
Enz, dans, dedans 559.
[Epin], aubépine ; epins 221.
Erranment, promptement 670.
[Errer], faire chemin; errant 114.
Es, v. en.
[Esaler s'], sortir; esaloient
1028.
Esbanoier. se divertir 32, 1059.
Eschine. échine 705.
>Pf-
Eschanges. le prix de la victoire 780.
[Eschaper], échapper : eschaperoit
cand. 647; est eschapez p. i. 210.
[Escorpion], scorpion ; escorpions
183.
Eseremir, s'escrimer 689.
[Eserier (s')J, crier, s'écrier ; escrie
^ prés. 296, 829.
Escristure, écriture 885.
Eseuële, écuelle 934.
Escuz, écu 676, 793, 810, 812, 814;
escu 700, 712, 733, 882.
[Esgarder], observer, étudier ; a es-
gardé part. p. 460.
[Eslessier s'], s'élancer; s'eslesse
prés. 496.
[Esloissier], ébranler ; esloissent
prés. 803.
[Esloignier], s'éloigner; esloignent
799-
Esmaier, effrayer 629^ [s'esmaier],
s'inquiéter; t'esmaies prés. 532.
[Esmovoir], bouger, se lever; est
esmeùe/'. i. 319.
Espee, épée, 120, 357, 695, 705, 717,
739, 884 ; espees 814.
[Espedre se troubler: esperduz part.
p. 609, 675 : fust esperduz p. ant.
231
Esperon, éperon 466.
Esploit, ruse, moyen 246.
[Esploitier], explorer; a esploitié
L p. i. 206.
Espoëntez, épouvanté, 180.
Espois, arbustes 1094.
[Essaier s'], s'éprouver ; essaient
prés. 811.
Essoigne, empêchement 52.
Essuier, s'essuyer 9 \ 5.
fEstancele], étincelle ; estanceles
■ 813.
Esté, été 194.
[Ester, s*], s'arrêter ; esta/ 1 , à. 1001.
Estes, voici, 130; estes vos 167.
194
LA DAMOlSKLE A LA MULE
[Estendre). tendre; estent prés. 589,
621.
[ Estoner , ébranler ; a estoné p. i.
824.
Estor, combat 530.
jEstovoir], estuet près., il faut, 177,
530. 613, 710. 765, 808, 941.
Estrange, étrange 98.
Estre>, être 44, 191, 229, 254, 257,
In. 491, 766, 107 1 ; sui prés. 76,
509, 527, 765, 970; ies prés. 525 ;
es près. 486, 528, 764; est près. 3,
64, 96, ii), 316, 346, 370, 389, 398,
404, 416, 420, 44Q, 458, 471, 475 ,
jS 7 , 642, 675, 706, 742, 82), 882,
950, 962, 970, 977, 983, 1082 ; sont
prés. 140, 269, 360, 789, 8'tl, 878,
880, 891, 1047, 1061, 1121; soie
1 subj. 978 : soies subj. 653, 663,
760; soit subj. 318, 569, 752,
896, 904; soiez subj. 937; soiez
imper. 307 ; estoit impf 48, 170,
171, 218, 243, 380, 385, 392, 405,
414, 429,431, 433> 499, 5io, 609,
631, 777, 783, 1012, 1015, 1040,
1057, 1095, 1106, 11 31; ert impf
40; iert impf. 937 ; estoient impf.
48, 243, 380, 405, 934, 1033; erent
impf 29; serai fut. 77, 314, 983;
seroie fut. 87 : sera fut. 105, 336,
372, 455, 462; iert fut. 98, 106;
ert////. 859; scroiz////. 308; seroie
coud. 302 ; seioitcoud. 626, 654, 737;
fui/>. d. 831 ; fu ; p. à. 188, 265,
282, 344,474,684,931,999, 1068;
furent/', d. 862; fust subj. p. 213,
772, 1001 ; ai esté p. i. 982 ; avoit
esté ppf. 193 ; orent esté ppf. 36.
Estre subst. être 188, 448, 503.
Estres, espace ouvert 33.
Estrier, étrier 115, 674, 792, 805,
1079, 1^27.
rEstrosj, entièrement : a estros sûre-
ment 312, 717 (estrous).
Et, couj., voir le texte.
Eve, eau 216, 233, 391, 432, 553,
942, 960, 1039, io 95-
Ez vos, voici 504, 601.
1. Cet article ne veut pas comprendre
le verbe employé comme auxiliaire, toute-
fois on en donne des exemples.
Fable, 397.
Faille, faute ; sanz f. 3'j7.
Faillir], faire défaut ; faille subj. 652.
Faire, 145, 61 5, 844; fere 453, 613,
616, 872 ; faz 1 près. 956; fait près.
828, 951 ; fet pris. 210, 341, 629,
722, ii23;font 1053 ; f ace 3 su ty-
994 ; faisoit impf. 186, 417 ; fairoie
fut. 91 ; feras fut. 906 ; fera fut.
194; fist p. d. 953; feïst subj. p.
996 ; ot fête p. i. 326 ; a fête p. i.
555 ; fête part. p. 743 ; faire em-
ployé comme auxiliaire 341 (f. has-
ter), 953 (seoir), 994 (issir); 996
•(jiuoi)
[Faire], dire; fait 50, 574, 580, 636,
667, 721, 747, 761, 850, 986, 1074,
1078, 1082 ; fet 56, 60, 75, 102, 303,
339, 523, 532, 559, 570, 579, 587,
610, 619, 624, 655, 658, 715, 743,
744, 849, 871, 902, 966, 976, 1020.
[Faudre], manquer; faut pris. 412;
failloit impf. 436.
Fautre, appui de lance en feutre 800.
Fel, félon 509.
[Félon], félons 852.
Feme, femme 477.
[Fenestre], fenêtre ; fenestres 34,
284.
Fer, 243, 1040.
Fere, v. faire.
Ferir, 625, 811 ; fiert pris. 411, 697,
704, 716, 739, 884 ; fier imp. 625 ;
feroit impf 627; s'est ferùe p. 1.
467 ; a féru p. i. 699 ; est feruz
impf. pas. 759; seroit feruz coud,
passif, 786.
Fes, poids 807.
Feu, 184,882; feus 854.
Fichier, fixer 782, 838 ; fichiees part,
p. 839.
[Fier (se;], fioit impf 911.
Fier, 873; fiers 646, 852, 878.
Fièrement, 901.
Figure, 521.
Fin, 935.
[Finer , finir ; une près. 264 ; est finee
p. i. 1136 ; fine part. p. 742.
LEXIQUE ET INDEX COMPLET DES FORMES
!9)
Flame, flamme 644.
(Flor , fleur ; flors 221.
Fluns fleuve (fluns au deable), 398.
Foi, 745, 977.
Foiz, fois 124, 164, 329, 423, 1081,
v. voie.
Fol, fou 605.
Fons, fond 181.
Fontaine, 217: fontainne 226, 385,
1094.
Force, 371 ; (a force) 752, 835.
Forest, forêt 131, 154, 165, 268,
359, 1046, 1054.
Fors, hors 120, 165, 265, 415,874,
995, 1013, 1025 ; fors de 280, 620,
684; fors que, seulement 120.
Forsen, fureur 681.
Fort, 94,173, 336, 372, 4285/0^859,
861 ; fors 866.
Fort adv. fortement, 440.
Fortune, 425, 762.
Fous, fou 831.
Frain, frein 43, 88, 97, 908; frainc
292, 294, 309, 312, 371, 635, 745,
777, 849, 981, 986, 991 : freine
103, 123, 535,9655 frains 79, 105,
528, 643, 1071, 1107 ; li irainc es.
)>4, 337-
Froidure, 193, 201.
[Froissier], rompre; froissent près.
' 804.
Gaber, plaisanter, se vanter, braver
639.
Gaires, guère, 122, 168, 240, 388.
Ganche, ruse, feinte 747.
Garde, 643 ; gardes 529.
[Garder (se)], est gardez p. i. 423.
[Garip], guérir: gariz/wr*. p. 763.
Ge, je 649.
Genoivre, genévrier 221.
[Genouilj, genou: genouz 150, 367 ;
genoz 1050.
Gent, gens icoy, 1033 ; genz 1025.
[Gésir], gisent ; p. pi. prés. 154;
gisoit impi
561
nt ? p. pi
: 758, 916V;
girras Jitt.
Gié, \. je.
[Gieter], jeter; gietent pris. 855;
gitoient impf. 184.
Grant, m. 300 457, 530, 677, 681,
722, 836, 1017, 1023 ; granz ///. s.
510, 923 ; grant /. 2, 38, 71, 131,
142, 156, 185, 194, 195, 201, 233,
417,432, 512, 549, 554, 827,968,
989, ioo8,1018, 1034, 1093; grande
277 ; granz 182, 229, 434, 878,
1006; graignor 142, 527, 1035.
Gré, volonté, savoir bon gré à qu'un
être reconnaissant 984.
Grève, la raie qui sépare la crinière
728.
Grieve, pénible 389.
Gros, 434 ; grosses 797.
Guerre, 742, 907.
Ha, exclam. 102.
Haitié, part. p. à l'aise, content 950 ;
haitiez part. p. 602 ; haitiee part. p.
314.
Hardement s. m., audace .152.
Hardi, 524 ; hardiz 764.
Harnois, équipement 660, 856.
Haster, hâter 341 ; hastees part. p.
139.
Hauberc, haubert 749 ; haubers 861.
Haucer. lever 628.
[Haut], haute 131, 296, 554.
Hericier (se), se hérisser 68 ; .
Herupé, hérissé 506.
Home, homme 173, 477, 873, 1086.
Hui, ce; (hui matin) 832.
Huis, 439, 755.
Huit, (.VIII.) 975.
Hure, tête d'animal, 696.
l,adv. y 23, 28, 36, 48, 5 1, 67, 100, 1 1 5,
118," 119, 137, 138, 156, 164, 174,
176, 178, 179, 180, 200, 201, 204,
196
La dàmoiseLe a la mule
219,221, 236, 288, J49, JS7, 100.
40î, 422, 459, >^°- 4°i> 534, S9 2 ,
625, 0:7, 643, 645, 649, 674, 717.
70:. 940,983, 1010,1116, 11 18.
laume. heaume 82 3.
Ice. v. ce.
Ici, 17.
H, 6, 12, 60. 86, 95, 96, 97, 99, 100,
115, 117, 119, 124, 138, 143, 146,
169, 176, 178, 181, 185, 190, 193,
207, 210,213, 2I 6, 224, 230, 251,
2)2, 26l,26), 266, 288, 295, 297,
318, 335, 337, 345, 348, 354, 375,
382, 103, 416, 45 5, 461, 47 6 , 48o,
490,493, 500, 501, 508, 514, 527,
7j $48, 559, 569, 579- 5^2, 605,
606, 610, 615, 624, 633, 636, 658,
675, 684, 685, 700, 713, 721, 728,
736, 744, 753, 7 61 , 779^ 82 °, 82 5>
839,846,850,895, 902, 962, 976,
988, 1003, 1043, I0 97, 1098, 1109:
il neutre 187, 318, 344, 436, 463,
494, 654, 860, 873, 904, 926, 972,
1001, 1010, 1082, 1131 ; lo 86, 127,
130, 165, 167, 241, 273, 283, 359,
482, 523, 539, 550, 556, 739,740,
754,846, 910, 919, 953, 955, 965,
1039, Io6 4, 1080, 1099, 1101, 1104;
lou 47, 82, 99, 379, 427, 588, 607,
693> 697, 703, 704, 710, 716, 725,
821, 826, 883, 899, 1049, 1081 ;
r m. 354, 442, 459, 472, 495, 507,
519, 531, 613, 670 699, 730, 761,
824, 827, 887, 913, 1013, 1065 ;
lou n. 317, 318, 348,615, 636, 987,
988 ; lo >/. 294, 297, 345, 721 ; le ;/.
61, 315 ; 1' //. 335, 400,612 (nel),
979, 1009, 1085 ; il plur. 37, 58, 59,
117, 273, 275,291, 295, 365, 366,
792, 795, 1034, 1035 ; les 648, 667,
808, 874, 875, 948, 1027, 103 1 ;
aus, eux 45, 113, 668, 791, 857,
11 19: lor, leur 797, 854, 943, 945,
959, 1 130 ; do — de lo ; non = ne
lou 274, 694 ; no = ne lo 52, 324,
767 ; nel = ne lo 612.
Iluec, ici 113, 157,217,249, 3)5, 356,
409.
Ilueques, la bas, dans cet endroit 388.
Ire. co'ere 827.
Iriee, irritée 76.
Isnelement, hâtivement, rapidement
507, 887.
Issi, ici 41 : aussi 245 : ainsi 746.
Issir, sortir 504, 97)5. ist prés. 185,
620 : issoient impf. 1024 ; issi
; p. </. 1055 ; est issuz p. i. 190 ;
fu issuz /'. </. 1108; issuz estoit
ppf. mi ; fust issuz subj. ppf. 213.
Issue, 207.
Iver, hiver 197, 198.
Ja, déjà 98, 194, 2i2, 230, 297, 302,
308, 317, 336, 372, 546, 647, 667,
748, 763, 767, 780, 857, 1085 ; ja
mes 230, 293; ja mar... que 308.
Jame, jambe 152.
James, jamais 78, 146.
[Janbe], jambe : janbes 1052.
Je, 61, 82, 82, 88, 90, 104, 309, 313,
338 ; rgié) 535, 566, 573, 578, 581,
582,610, 612, 624, 657, 763, 837,
844, 888 (j'), 902, 970, 975 (j'),
Q78, 981, 1083, 1086, 1123, 1125 ;
me 86.
[Jeu], distractions de la cour; jeus
321, épreuve, combat 565.
Joër, jouer 70.
Joie, 78, 81, 989, 1008, 1018, 1034.
Jor. jour 20, 70, 212, 598, 1076 ;
jorz 77, 196.
Jusarme, guisarme (arme d'hast)
512, 574, 590, 603, 628.
Jusque, 668 ; jusqu' 102, 207, 598,
718, 731,740.
La, &dv. là 363, 987.
Ladedenz, la-dedans 203, 777, 1016.
[Laid], laide 394-
Laienz. la-dedans 133, 196, 199, 476,
545, 620, 681 949, ï00 7, TII 9-
Laissier, laisser 438 ; lesse près. 495,
623,693,721; letpre's. 846; lais-
siez imper. 720 ; lesseroit coud. 64tf;
laissa^, d. 357 ; laissassent subj. p.
274.
[LanceJ. lances 797, 803.
Langage, 1030.
Lant. lent Î84.
LEXIQUE ET INDEX COMPLET DES FORMES
*9'
Large, 235.
Laver, 544, 942.
Lee, large 170, 240, 404, 432, 498,
512, 542, 554.
Lendemain, 599.
[Lesser], v. laisser.
Leu, lieu 213, 336, 372,881; leus
853, 853, occasion, droit 566.
Lever], Ueveprès. 600; levoit impf.
773; leva /'. </. 768; a levée p. i.
696.
Li, lui 92, 109, 140, 145, 177, 186,
225, 229, 248, 254, 256, 270, 304,
3 2 5, 333, 33 8 , 353, 3^4, 389, M7<
418, 444, 452, 457, 458, 462 (lui),
463, 470, 483, 485, 486, 488, 493,
494, 538 (lui), 540 (lui). 544, 553,
555 (lui), 558 (lui), 568, 589, 591,
617, 618, 621, 622, 629 (lui), 630
(lui), 632, 633, 634, 673, 676, 678,
688, 689, 695, 697 (lui), 700, 701
(lui), 709, 711, 718, 726,729,732,
733, 734, 736, 778, 779 (lui), 785,
822, 826 (lui), 828 (lui), 829, 864,
867, 876, 884, 886, 897, 899 (lui),
900, 905, 911 (lui), 920 (lui), 920,
952, 961, 1014, 1049, 105 1, 1052,
1066, 1091, 1102,1103, 11 18, 1126;
ïifem. 393.
[Lié], gai ; liée 307, 1068.
Liepart, léopard 135, 158, 364.
Limace, 691.
Lion, 704, 708, 719,/)/. 158, 361;
lions 680, 701, 729, 741,^/. 135,
192, 641, 646, 665, 678, 1097.
Lit, 559, 916 ; liz 930.
Liuee, le temps nécessaire pour par-
courir une lieue, 816.
[Loër], louer ; loe 3 près. 955.
[Loge], loges 1062.
Loiaus, loyal 631.
Longuement, 113.
Loquel, lequel 569.
Lor, leur (adj. pas.) 340, 1029, 1030,
1061.
Lor, prou, pers., v. il.
Lors, alors 106, 216, 299, 300, 316,
319, 588, 686, 716, 796, 799,824.
868, 877, 909, 1005, 1091.
Louquel, lequel 581.
Lui, v. li.
Maille, cotte de mailles, 732.
Maaille, avec nég., aucunement 502.
Main, 912 (main a main oum.enm.);
mains 544.
Mains moins 8.
Maint, 1060, 1088 ; maintes 164.
Maintenant, 58, 101, 222, 356, 362,
365, 424, 496, 519, 551, 558, 590,
593, 768, 795, 809, 829, 919, 943,
958, 961, 988, 1038, 1048.
Maintenir, 328.
Mais, v. mes.
Maisniee, domestiques 545 ; mesnié
949.
Maison, 479.
Mal, adv. 586.
[Mal], redoutable; mau 644; maie
643, 644.
Maleùrté, être méchant, chose mé-
chante, 204.
Malvaistié, vilenie 326.
Manche, 748.
[Mander], mande 3 près. 72: man-
dent prés. 57.
Manière, 655 ? ; genre 865.
[Mangier], v. mengier.
Mar, malheureusement adv., mar
« suivi d'un futur, lui donne le sens
d'un impératif négatif. » (God. L.)
308.
Martire, souffrance 300.
Matin, 578, 584, 832.
Mau, v. [mal].
Mautalent, ardeur redoutable, 904.
Mauvaisement, d'une façon mé-
chante, 80.
Mauvestié, méchanceté 198.
Me. v. moi.
Meïsmes, même 224, 446.
Mellor. v. bon.
ioS
1 \ DAMOISELE A LA MULE
[Mener], moinne i/m. 72, $79, 127,
539, j88, 1039, mainne 165, J59,
680, 7 .Y» : menra fut. 93 ; a mené
p. i. 913 : ot mené p. i. 1013.
Mengier, manger (550, 654, 954,
1 104 : menjue imper. 751 ; mangiez
imper. 307; mengerei /«/. J13;
mengeras ////. 905; menjay.*/. 548;
menjassent subj. p. 273 ; mengié a
p. 1. 551 ; mengié ont/'. 1. 958.
Mengier, s. ; . le repas 31, 547, 946.
[Mentir], mentent pris. 295 ; mentiré
fut. 572.
Mervelle, est m., il est étonnant 416.
[Merveller], s'étonner; mervelle
près. 445, 491, 513 ; mervellent
prés. S5.
Mes, mais 12, 36, 43, 69, 77, 95,
99, 105, 122, 138, 147, 156, 168,
180, 234, 241, 256, 295, 306, 315,
330,337, 342, 356, 357, 373,405,
413, 417, 420, 445, 449, 455, 468,
480,488, 495, 500 (mais), 5i3,5 2 4,
537, 561, 607, 616, 625, 630,
637 (mais) 656, 662, 669, 706, 714,
735, 75 3, 765, 77o, 832, 845, 856,
871,889, 896, 904, 931,941,958,
980, 1125, 11 29; mes, plus (en né-
gation) 78, ja mes) 142, 588, 713;
mes que, sauf 436, 649.
[Meseonnoistre], mal comprendre;
mesconnut/'. d. 490.
Mesnié, v. maisniee.
Messire, v. monsaignor.
Mestier, valeur 2, 7 ; avoir mestier,
a. besoin 2211 548 ; a. mestier a
qu'un, être utile à quelqu'un 649,
lj~7. 747, 857.
Mestre, fort 197.
[Mettre], se m. en péril 252 ; m. en
servise de qu'un 1083 ; met 1 près.
967; met 3 prés. 252, 426, 991;
mete / subi. 1083 ; mist/\ d. 1038 ;
ai mis/', a. 979 ; mise part. p. 3.
Mi, milieu, 216, 384.
Miaus, v. bon.
Midis, midi 637, 872, 889.
Mie, guère 95, 104, 123, 162, 295, 324,
357, 401, 404, 438, 449, 484,642,
690, 746, 830, 931, 1055.
Mien, adj. poss. 1084.
Moi, 669, 834, 874, 927, 967; me
c. r. 79, 303 (m'), 305, 315 (m'),
531 (m'), 5 34 (m'), 574 (m'), 576,
627; 657, 666 (m',, 668, 720, 744,
765, 830 (m'), 831, 835, 922 (m'),
931, 977 (m'), 980, 985, 11 22.
Moie, mienne 585, 970.
Mois, des mois, en aucun mois, jamais
145, 659.
Moitié, 205, 470; moitiez 414.
Moleste, ennui 737.
Molin, moulin, 441.
Mon, 88, 502, 312, 566, 573, 750,
940, 966; ma 81,92, 715, 903,969,
977 ; mes 79 /'/., 924.
Monsaignor (Gauvain), 918, 994 ;
messire 286 (Yvain), 716 (Gau-
vain), 947, 998, 1070, 1072.
[Monter], monte 1 prés. 836 ; monta
p. d. 674 ; montez part. p. 1 1 s ;
est montez p. i. 998 ; est montée
p. i. 1127 ; furent monté p. a. 795.
Mor, maure 515.
Morir, mourir 719; tuer [925]; morrai
fut. 534 ; mort sont/>. i. 1088 ; avez
mortes ppf. 925.
Mort, 174, 723, 891 ; morte 302.
[Mostrer], montrer, motrerai fut.
62 ; mostrerai////. 662 ; a mostré
p. i. 1065.
Mot, 96, 572.
Moût, beaucoup, très 6, 36, 40, 46,
67, 68, 71, 94, 166, 170, 171, 172,
180, 182, 185, 217, 218, 219, 266,
282, 323, 338, 341, 345, 346, 428,
445, 448, 452, 459, 460, 472, 485,
499, 509, 513, 520, 526, 530, 540,
556, 580, 631, 677, 722, 730, 772,
819,878,880, 911, 913, 923,950,
95 5^ 963, 968, 97 1 , 9%9> 999, U) 37,
1068. (Le ms. porte ml't, quelquefois
moût).
[Movoir], mouvoir ; muet prés. 441.
Muele, meule 441.
Mule 42, 92, no, 114, 127, 149, 161,
162, 215, 222, 274, 321, 350, 366,
386, 411, 421, 465, 472, 541, 990,
1053, 1126; mure, 18, 37, 125,
LEXIQUE ET 1XOEX COMPLET DES LORMES
199
227. 1078, H3i ; voir Fœrster Notes
Erec 5176: Lancelot 2J96 (p. 473)
(fautivement 2769).
Nain, 917, 1101 : nains, 481, 4S6,
489, 492, 897, 948.
Navrez, blessé 773.
Ne, pour la négation simple voir le
texte (p. e. 52, 53, 78, 95, 104, 119,
123, n' 78, 98, 118, 122, 142, 143;:
ne, ni 155, 236, 237, 279 ; ne... ne.
ni... ni 439,477, 1017: no, non.
nel, v. il.
Nef, 236.
Neïs, pas même 875.
Neporquant, néanmoins 984.
Nequedant. néanmoins, 241.
Nestre, naître 187.
Noient, néant 253, 532, 612; noiant
607 : il est noianz, il ne sert à rien
654 ; noient adv. rien, 382.
Non, 177, 781.
Nos, nous 53, 59, 63.
[Noir], noire 243. 391, 1095.
Novel] nouveau; noveles 16, 1068;
novelles, 9.
Nuit, 1076.
Nul, 52, 246, 430, 1086, 1090, 1129;
nule 144,237, 397. 655, 753, 1125;
nus 317, 394, 647, 659 : nules 839.
O, avec 113, 161, 682, 688, 708, 765;
0, ou 173, 177, 516; 0, dans 192,
197, 278, 378; 0, où rel. 193, 269,
360, 363, 547,916,933,1040, 1047,
voy. ou.
Ocirre, tuer 828, 830: ocist p. d.
1097; ocise s avez ppf. 1022.
Oïl, oïl voir formule d'assurance 313,
324 (oïl certes).
[Oïp], ouïr ; orroiz /"///. 330, 794 : ai
oï p. i. 564 ; oit (ot) p. d. 1069.
Oirre, raison 508.
Oiseuse, 253.
On, 1076, 1126.
Ongles. 731.
Onie, unie, 692.
Onques, jamais no, 142,264, 394,
536, 928, 1123: onques mes 142,
488.
Or, or, maintenant 346, 385, 526, 37g,
587, 604, 619, 714, 720, 735, 741.
836, 848, 957 (ore), 983, 1030.
Or, subst. 944.
Ore, heure 187.
Ore, conj., v. or.
Orendroit. maintenant 8, 53, 90,
292, 565, 570, 927.
[Orer], prier; a oré p. i. 353.
Orgoil, rage 1029 ; mener 0., être
enragé (en parlant des bêtes» 680.
Orrible, horrible 395.
Oser], ose ; prés. 108,-327 ; ost subj.
874, 875 ; osasse 1 subj. p. 1123 ;
osast subj. p. 84, 242, 834 ; osa/>. d.
408.
Oste, hôte, 573 ; celui qui reçoit l'hos-
pitalité 95 1.
Ostel, hôtel 322, 539.
[Osteler], v. [rosteler].
[Oster], ôter : oste imper. 574, 576;
osta p. d. 552: a osté p. i. 386;
a ostee p. i. 215 : fu ostee pass. d.
959.
Otroier, accorder 104; otroi / prés.
338 ; otroie ; prés. 425 ; outroient
prés. 340.
Ou. où adv. rel. 35, 37, 166, 263, 318,
436, 758, 839, voy. 0.
Outre, 377, 4 T 9, 997, Ï041, 1045.
[Outroier], v. otroier.
Ovraigne, affaire, 1025.
[Ovrer], travailler ; ovrcz/>w/7. p. 937.
[Paier], payer: paient près. 812.
Paile, étoffe précieuse, brocart, 936,
voy. A. Schultz, Dus hofische Leben,
t. i, p. 332.
Painne, subst./., peine 71, 166, 419,
436, 1125; poinne 176: besoin
1026.
Paliz, poteau 841,
200
I A DAMOISELF. A I.A MULE
Paor, peur 141, 17 1. 185, 276, 417;
peor $7 s. 116.
Par, prép.
1 . Indique la cause : 147, 1 |S, 569, $99,
IO29,
2.1a manière : 11. 239, 272, 576, ~o\,
801. 827, 904. 1024.
3. le lieu : 238 242, 402, 415 (par de
deson, 469, 477, (par desor), 730,
854, 898 (p. desoz).
4. l'intermédiaire : 3 [, 115, 184,674,
77% 7 S >< 788, 883, 903 (de par),
^)22, I03 I, IO79, I086, I I27.
5. sert à renforcer le sens : 684,878,
950.
6. introduit une adjuration, par De,
624, 71 >, 746, 977.
Parfond], profond, parfonde 170,
235, 132,498.
Parler, 941 ; parole ; prés. 608 ;
parolent prés. 46.
Parmi, à travers 33, 35, 473, 481,
497> 7°5, 7 T °> 73 8 > 75 5, 759» I00 5,
1010.
[Paroir], paraître; paroit 3 impf. 69.
Parole, 328, 332; paroles 30.
Part, m, 136,362, 383.
[Partir], part prés. 157.
[Partir], p. un jeu, proposer une
épreuve, un combat ; partis / prés.
565.
Partot, partout, 881.
Pas, s. 526.
Pas, nég., point 412, 614,771, 1010.
Passage, 237, 244, 401, 406 ; pas-
sages 256.
Passer, 138, 247, 363 ; passe prés.
695, 1041 ; past subj. 176 : passa
p. il. 375, KX)2; a passé p. t. 459,
1003; est passez p. i. 377, 419,
1045 : soit passez, subj. p. i. 637,
871 : fust passez subj. ppf. 839, 997.
Pecer), réduire en pièces; piecent
près. 815.
PeCOl, pied de lit 93 }.
Peine, 753.
Pel, pieu, 838.
|Pendre], pendent prc's. 793.
|Pener, se], se p. de quchose ; painne
prés. MO.
[Penser), pensez impér. 848.
Penteeoste, Pentecôte 20.
Peor, v. paor.
Perdre], perdu ai p. i. 81 ; as perdu
p. i. 526 ; eùst perdu subj. ppf.
508.
Père, père 74 ; Saint Père 746.
Péril, se mettre en péril 252.
[Perillier], périr; soit perilliezs///y.
p. i. 249.
Perilleus, périlleux 257 ; perillouse
171, 254.
Pes, paix 95, 562 (en p.), 743.
Pesanz, vigoureux 653.
Petit, 160, 378, 426, 580, 1017 ;
petiz 897.
Piaus, peau 706.
Pié, pied 4 14 ; p. comme mesure, 817 ;
pié de la sale seuil 320 ; piez 594,
682, 809, 1052.
[Pierre], (p. précieuse) ; pierres 937.
[Pieu], pieus 434,435, 786 ; piez 782.
Pis, adv. 186.
Place, 692.
Plain, plein 817; plaine 384; plainne
208, 214.
| Plaire], plaisoit impf. 972.
|PIait],plaiz, tenir plaiz tenir compte
349-
Planche, 237, 240, 403, 412, 415,
418, 1040.
Plenté, abondance ; a grant p. abon-
damment 549 ; laisser venir a p.
exposer complètement 623.
| Plier], ploient près. 150, 1050;
plient prés. 367 ; pleioit impf. 418.
[Plorer), pleurer ; plorant part. pr.
121 ; plorez imp. 306.
Plus, 108, 135, 156, 328, 349, 355,
536, 592,624, 859, 900, 949,957,
983, 1010, 1102; (dans la compa-
LEXIQUE ET INDEX COMPLET DES FORMES
201
raison), ro, 13, 113, 197, 257, 417,
488, 653, 929; plus de 352, 404,
470, 545, 1081 ; sanz plus 393;
[lej plus tost que 157.
Plusors, plusieurs 865.
JPo , peu : a po, à peu 190; poi 650.
Poe, patte 711.
[Poindre], piquer, éperonner ; point
près. 465.
Point, s. 460.
Pont, 450, 1003.
[Pooir], pouvoir ; puis 1 prés. 1125 ;
puez 2 prés. 714 ; puet ; prés, 6, 157,
178, 447. 491, 527, 604, 614, 707,
728, 766, 818, 1076: pot prés-, 44:
puent près. 155, 807, 1035; puisse
subj. 657 ; porrai fut. 849; porras
fut. 6}6- porra ////. 635; porroit
coud. 247; poïst subj. p. 138.
Pooir, s. verb.j pouvoir 966, 1090.
Por, pour ; indique :
1. la cause 10, 49, 137, 144, 151, 274,
466,753,969, 1021, 1125; por ce
M, i5 3> 3 2 7- 374; por ce que 10,
122, 225, 537, 564, 566, 617, 631,
7 6 3> 773-
2. le but 91, 224, 253, 290, 523, 555,
629, 776, 798, 843, 867, 918, 942,
945, 1 1 18 ; por ce que 652.
3. le prix 277, 279.
4. la qualité 604.
[Porchaeer], chercher; porchace
imper. 656; porchaçant part. 231.
[Porfandre], fendre en deux: por-
fant prés. 740 ; a porfendu p. i.
822.
Porreture, matière pourrie, 893.
Porte, 439. 451, 438, 462, 464, 467,
471. 1012.
[Porter], portoient impf 275 ; por-
tast subj. p. 241; Portée part. p.
119.
Pou, peu 36, 802.
Praerie, prairie, 280, 358, 1056.
Pré. ;//. 35 ; pree /. 216.
Premier, 699, 726; premiers 851.
Prendre, 493 (se prendre à qu'un);
prent prés. 543, 590, 594, 703, 988,
1080, 1 1 32 : pregne subj. 581 : pren
imper. )6~ ; prenez impér. 986 :
prenoie impf. 831 ; prendre ////.
582 ; prendroie cond.§13.
Près, 217, 470.
[Présenter}, présent / prés. 902 ;
présentez $ près. 935.
[Prester], prêter; presterai ////. 661.
Preu, preux 929.
Primes, d'abord, premièrement 100,
898, 1064; primes ançois que,
avantaque 343.
Pris, prix 836.
Prisier, apprécier 564 ; prise près.
955 ; prisoit impf. 502 ; prisiees
part. 8.
Proier (à qu'un), prier 11 18.
[Promettre], promet 3 près. 425.
Pucele, 39, 64, 121, 290, 346, 776,
1073, 1080, 1106, 11 14.
[Puer], puer; puant part. 188.
Puis, 227, 782, 800.
Puisque, 245.
Puor, mauvaise odeur, 186, 211.
Pute, puante, 263.
Quant, quand 105, 117, 133, 169,
178, 289, 325, 373, 375, 458, 462,
525, 578,605, 684, 775, 831, 1003,
1024, 1069, 1 108, 1 1 1 3 ; quant que,
comme 728.
[Quarole], danse de société ; quaroles
1 1 10.
[Quaroler], danser une danse de
société ; quaroloient impf. 1007.
Quatre (.iiij.) 713, 934 ; quatre cenz
(c. c. c. c.) 8(50.
Que, couj.
1. explicative ou consécutive 2, 3, 13,
15, 21, 31, 47, 70, 76, 82, 92, 97,
117, 118, 123, 143, 157, 173, 176,
187, 189, 196, 207, 210, 230, 277,
371, 375, 408, 409, 414, 418, 421,
422, 430, 458, 459, 476, 480, 490,
504, 514, 577. 59 2 > 601, 613, 708,
713, (si que; 717, 719, 736, 737,
740, 785, 817, 820, 833, 851, 856,
905, (tel que) 1009, 1016, 1026,
1070, 1083, si que v. si.
202
LA DAMOISELE A LA MU] E
l Apres les verbes déclaratifs 191, 312,
317- $34, J35. 594, Î9 8 » ^5* \& l *
500, 508, $69, 618, 000, 1 129.
: Conj. finale 51, 52, 53, 110, 251,
JiS, J37> 453. 5 8 S> 653, 904, 962,
94, rooi, il 19.
4. causale « car, comme » 6, 42. 87,
i6j., 181, 187,223, 235, 243, 293,
295, 109, 382, 389, 431, 527, 529,
>33 3 S H- 573s 6l 3> 6 -l°> 6 49> 6 7><
756, 807, 934, 949, 965, 965, 968,
97g. 1085 ; de ce que 283 ; dès que
766 : por ce que, v. por.
5. temporelle « quand » 37, 213, 363,
5) 1 » 795' 958, 1048 ; ainz que, v.
ainz, ançois que, v. ançois, dès que
599, 766, tant que, v. tant.
6. Introduit la comparaison plus... que
9, 16, 249; indique le degré quant
que 728 : si que 682, 700, 707, 1019,
tant que 140, 205 ; tel que 725,
822, tieus que 813.
7. concessif 11 1, 318; comment que
348, 582 ; fors que 120 ; a po que
190, 802.
8. narratif 173, 306, 639; ellipse de
« ainsi » 717, 817.
Que, prou, interr., v. qui.
Quel, pron. reJ. 49; quele m\prcn.
interr., 306; quieus /. 1015.
Quelque, 179, 419, 456, 1026.
Queque, quoique 124, 463.
Querre, chercher 50, 97, 528, 776,
908, 918, 981; querre por qu'un
290.
Queue, 469, 687.
Qui, pron. rel. m. 25, 80, 84, 93, 125,
126, 137, 165, 174, 282 (cui), 300,
379, 427, 44i, 474» 507. 586, 609,
648, 672, 688, 730, 759, 769, 777,
834, 841, 859, 874, 875, 898, 937,
999, 1013, 1055, 1078, 1096, 1101.
ft'm. 7, 19, 29, 128, 137, 162, 170,
275, 3 59> 36 6 Cqu'), 380, 392, 404,
412, 499, 917, 955, 1039, 1044,
1057, I0 95, 1106, 11 35 ; que, 63,
145, 149, 231, 255, 288, 301 (qu'),
326, 442, 447,491, 517, 528, 548,
606, 633, 659, 661, 723, 745, 771,
778, 869, 908, 981, 985, 1022 (qu'),
1034, 1076, 1086, 1092 (qu'), 1098
fqu'j : qui plur. 184, 199, 203, 218,
219- 340, 677,813, 853, 862, 880,
1007, 1023, io 33> I0 )4 (qu'), 1061
1089, 1090, 1121.
Qui, pron. inter. 486, 487 ; que 59,
570.
[Quidierj, penser ; quit / pris. 273 ;
quide ; prés. 230, 246, 374, 963 ;
quidoie impf. 832, 837, 844 ; quida
p. d. 2 12.
Quiens, v. quel.
Quite, quitte 537.
Quoi, coi 997.
[Raconter], v. reconter.
Rage, 681, 1029.
Raison, 494 (v. rendre).
[Râler], retourner ; rêva prés. 489.
Randon, de randon, avec impé-
tuosité, 465.
[Rapeler], rappeler ; rapel / pres. 611.
[Ratorner], remettre en état de course
un cheval (la mule) ; ratorne prés.
387.
[Ravoir], ravroie / fut. 88; ravra
fut. 123, 318, 348/37I ; ravroie
coud. 82; ravoir de quelquch. 123.
Recet, retraite des animaux 360.
Reconter, raconter, 772 ; a racontées
p.J. 1091; a raconté/^, t. 1113.
[Recroire], renoncer, se r. de... re-
fuser ; recroie prés. 453 ; recréant
part. 449 ; recreroies coud. 664.
[Redire], redit prés. 109.
[Redoter], redouter ; redote près.
244, 382, (se r.) 406 ; redotoit impf
430 ; redeta/'. d. 607.
Reduiz, réduit 501 ; réduis 756.
Referir], rendre le coup; refiert
prés. 69 7, 710.
Refroidier, se rafraîchir 224.
Refuser, 694.
[Regarder-,, regardent prés. 34;
a regardée p. i. 497 ; a regardé/' i.
520, 1004; ot regardée p. a. 605.
[Remanoir], rester ; remansist suhj.
p. 1026,
LEXIQUE ET INDEX COMPLET DES FORMES
20
[Remestre], rester: remest p. d.
121, 806 ; se remestrej, se remettre ;
remet prés. 228, 259 ; remises p. d.
1 1
j 1
Rendre. 86, 494 3 5 30, donner de nou-
veau (734); v&aXjprès. 485 ; rende
1 subi. 585 : rent impér. 744 ; rendre
/«f.309: rendrai////. 533; renderai
/«/. 584 ; rendreie coud. 97'i ; ren-
droit ce ml. 618 ; a rendu />. /. 734.
A/55., soit renduz 5///'/. 79; sera
renduz////. 105; iert renduz////.
106; fu renduz/?. d. 1107; fust
renduz subj. p. 780.
[Reoingnier], couper en rond ; reoin-
gne prés. 886.
[Reond], rond; reonde 1211; a la
reonde, tout autour 431.
Reposer , repostestoient />/>/. 1020.
[Reprendrej, reprent prés. 894.
[Requerre], attaquer, requiert près.
725, 821, 883.
[Resaillir], se lever en sursaut ; resalt
prés. 593.
[Resanbler], resanble prés. 515.
Respit, répit 90.
[Respitier]. différer; respite pn's.
536.
Respondre, répondre 492.
[Rester , rest s prés. 484 ; restoient
impf. 26.
[Retoldre], enlever de nouveau : rc-
toulp. d. 733.
Retorner, 248 ; retorna p. d. 376 ;
est retornez p. i. 258, 596; ert
retornez />/>/. 409.
Retraire], relater; fu retrete pass.
p. d. 325.
Revenir, 283 ; revient pn's. 457,
558, 709; revienent prés. 809;
revenrai ////. 578; revint p. d. 602,
1103; revenuz fust subj. ppf. 298.
[Reventer], venter de nouveau ;
reventent pn's. 202.
[Revoir], revoient prés. 365.
[Richeee], richesse ; richeces 938.
Rien, de rien, aucunement 609, 675.
[Rire], sourire; riant, part. 304, 377.
Rivage. 238, 402.
Roé, se dit d'un tissu travaillé en petits
ronds 936.
Roi, 19, 51, 74, 331,978; rois 21, 55,
72, 282, 324, 359, 1058, 11 17, 1128.
Roïne, reine 26,48,55, 339,1058,
1064, 1 1 16.
Rompre, arracher (les cheveux) ;
ront prés. 299.
[Rosteler], mettre de nouveau en
étable 1 la mule) ; ra ostelee p. i. 54 1 .
Rue, 481 ; rues 473, 1005 1110.
[Rungier], ronger; ronge près. 683.
Saehier], arracher; sache prés. 827 ;
a sachié p. i. 701.
Saignor, seigneur, mari 973 ; c. s. sire
(en s'adressant au roi) 56, 75, 102,
306, 311, 487, 1122; (a Gauvain)
966, 1020, 1074, 1082.
[Saillir], sauter; sait prés. 854 ; saut
prés. 411, 466; saillent près. 792;
sailli p. il. 551.
[Sain , sains 602; sainne 218.
Saint. 510, 746; sainz 666.
Sale, s. salle 33, 65, 320, 1062.
Salu, salut 485.
[Saluer], salue ; prés. 74, 482; salua
p. //. 899, 1101 ; a salué/, i. 519.
Sanblant, s. v. apparence, aspect 11,
69, 599 ; faire sanblant, feindre
328.
[Sanbler] , sembler ; sanble prés. 229,
254, 509, 931 ; sanbloit impf. 225,
255.
Sanc, sang 749, 853, 893.
Sanz, sans 89, 90, 347, 3< s r, 393>
597, 560, 579, 792, 800, 807, 995,
1 1 12.
Sarpent, serpent 1100; sarpenz!82;
sarpanz 877.
Sauvages, 269, 880, 924, 1047.
Sauz, saule 932.
Savoir, 448, 636, 689, 850 ; sai 1 prés.
82, 396, 581, 646, 888, 984, 1085 ;
set prés. 347, 735 ; sachiez subj.
204
I A DAMOISELE A LA MULE
294, 1036; Bâchés impér. 856; savoit
impf. 503, 756 ; savré .v//,/. 580;
savroit «ma. 'i7 : sot ù. </. 163 ;
seùsse subj. p. 1086; seust .w//y. y.
[45, 121 : savoir a... (adj.J, con-
naître comme 646.
Savoir, pour savoir, notamment 664 ;
vov. Lancelot, éd. Foerster, v. 28 [6 ;
Guillaume </' 'Angleterre, /</., v. 2155.
Notes.
Se, />n?w. /v//., 15,84 (s'), 96 (s'), 114
(s'), 117 00, 123 (s*), 136(8'), i>9>
152, i)-7(s'), i)9(s') 5 161 (s'), 189,
228, 258 (s'K 259, 316(8'), 319(8'),
J43 (s'), 356 (s'j, 362(3'), 368(8'),
S76(s'), 377(8'), 381 (s'), 382 (s'),
423 (s"). 424 (s'), 426 (s'), 445, n6,
467 (s'), 468 (s*), 479 (s'), 481 (s'),
489(8'), 491, 493, 501 (s'), 502, 513,
>i8 (s*), 538 (s'), 540 (s'), 596, 597,
boo, 604, 614, 620 (s'), 686, 687
688, 698, 722 (s'), 736, 758, 768,
773j 77 8 , 799, 800 (s'), 801, 802,
811, 816, 834, 846 (s'), 847, 901,
(s*) 911, 962 (s'), ion, 1028, 1038,
105 1 (s'), 1 1 1 1 (s'), 11 24, 11 32 (s'),
1133, 1134 (s').
Se, adv. et conj. vov. si,
Seeont, second 712,
[Séjorner], séjourner ; sejorne prés.
388.
Sele, selle 215, 386,991.
Sen, issir de sen, s'évanouir 190.
Senefiance, présage, signification
370, 1015.
|Senefïer], signifier; senefie près. 447.
Seneschal, sénéchal 289 ; voc. ? 59 ;
seneschaus, 54.
Sente, 1038.
Sentier, 160, 163, 378, 426.
Seoir, asseoir 953 ; Béant part. près.
94, 428, (bien s. , bien situé) ; seoient
impf. 933.
Sept f.vij.), 676.
Seror, sœur 969 ; suer 970, 1106.
JSerpent Serpens, 852.
Serre, garde 527.
(Serrer), serre près. 820 ; serrée
part. p. 706.
Servir], sert ? prés. 550, 948; ser-
vent, prés. 68, 538.
Servise, service 903, 967, 1084.
Seul, 43, 436 ; seule 39, 11 35 ; seus
118, 561.
Seulement, 120, 817.
Seùr, 1 5 3 ; se tenir a seùr, se croire
en sûreté 153.
Seùrement, en sûreté 598, 1002,
1041, 1045.
Si, conj. rond. 48 (s'), 83, 86, 143 (s'),
175 (s'), 242/ 252, 274, 297 (s),
317 (se) 416, 421 (se), 493 (s'),
503 (se), 523, 581, 585, 625 627,,
645, 664 (se), 750 (se), 779, 781
(se), 784 (se), 910 (se), 939, 972
(s'), 1009.
Si, adv.
1. Marque le degré, dans les compa-
raisons « tellement », « aussi » 142,
173, 194, 195, 277, 298, 336, 380,
394, 395,429, 440, 681, 699, 824,
873, 901, 1006, 1008, 1018, 1023,
1035.
2. A le sens de « ainsi » 88, 98, 228,
259, 266, 303 (se), 339 (se), 372,
468, 469, 531, 5 34, 890.
3. « Particule explétive » (God.) « et »,
« ainsi », « aussi » 11, 23, 34, 74,
171, 202, 209, 236, 246, 294, 307,
341, 351, 374; 381, 387, 397, 411,
43.3, 452, 465, 467, 4^3, 484, 519,
544, 548, 550, 553, 567, 576, 59 1 ,
597, 611, 615, 650, 660, 673, 676,
67 8 , 697, 7°9> 7 10 , 722, 725, 733,
751, 764, 797, 819, 821, 824, 836,
840, 887, 899, 920, 922, 926, 971,
1005, 1049, 1081, 1127, 1131, 1132,
1133.
4. Employé dans les adjurations 303
(se;, 571, 627, 666,
5 . Se non, conces. « seulement » 400.
6. Si que, consenti. 469, 713, 815, 825,
881, 886, 891, 1034; marque le
degré 682, 700, 707, 1049.
7. Si con u ainsi comme » 22, 885.
Siècle, monde 173.
Sire, v. saignor.
Si tost, aussitôt 88 (sitost conj.
Soe, adj. poss. fém.y sa 87, 91.
LEXIQUE ET INDEX COMPLET DES FORMES
205
Soffrir, supporter 807.
Soi, 446, 867.
Solans, soleil 5 17.
(Soloir], avoir habitude; suet pris.
4'i2 ; soloit impf. 22.
Son, 69, 123, 159, 259, 322, 337,460,
485, 511, 603, 723, 733 ; ses son
349, 882 ; sa 42, 120 (s'), 215, 222,
227, 321, 357 (s*), 386, 521, 603,
687, 696, 711, 717 (s'), 11 26; ses
299, 544, 594, 682, 970, 1080.
Sor, sur 37, 412, 450, 511, 594,603,
621, 811, 818.
Sororé, doré 935.
Sovent, souvent 12, 413.
Soz, sous 499, 833, 845, 873.
Suen, prou. poss. sien 5.
[Suer], suëroie coud. 940.
Sus, au-dessus 936.
Table, 546, 552, 959, 1121.
Talant, avoir talant, a. envie, vouloir
70, 630.
[Tanerj, tanner; a tanez p. i. 517.
Tant, 30, 91, 102, 120, 129, 139, 204,
206, 210, 322, 393, 820; tant seu-
lement 120; tant que, jusqu'à ce
que, ainsi que 79, 232, 238, 265,
383, 391, 402, 646, 752, 757, 787,
914. 997, 1042.
Tantost con, aussitôt que 73, 271,
761.
[Tarder], tarda p. d. 1055.
Tart, tard : est tart... il tarde... 962,
977, H31.
Tel, 252, 272, 557, 576, 680, 725,845,
884, 904; tieus 801, 812; tele
253, 774, 821.
Tempeste, tempête 709.
(Tenant, tenanz durable 859.
[Tencer], danser; tencoient impf.
1019.
Ténèbre, ténèbres 1033.
Tenebrose, ténébreuse 172.
Tenir, /. 60 1. 996; t. parole 30, 332 ;
t. plaiz 349; tenir a... 10, 153,
525 ; tenir por... 604 ; il me tient
de quchse 639 ; tieng / pris. 525,
573 ; tient 1 près. 10, 324 ; tienent
près. 153, 810; tenoit impf. 21;
tendra fut. 639 ; a tenu p. i. 260;
tenu avoit /'/y. 632; tenues part. p.
30; est tenuz/ww. p. d. 349.
Tens, temps 940.
Terre, 49, 150, 367, 496, 499, 682,
741, 775, 808, 817,982, 1050, 1079;
terres 24, 98.
[Tesmoignier], témoigner; tes-
moingne prés. 885.
Teste, tête 437, 574, 591, 594, 606 ;
teste 710, 738, 781,838,886; testes
184, 863, 1089.
Tierz, troisième 712.
Tieus, v. tel.
[Tigre], tigres 135.
Toaille, serviette 542, 944.
Toehier, toucher 630 (lui t.).
Toe, tienne 577, 583.
Toi, 751, 831, 844; te 836.
[Toldre], enlever ; toloit impf. 736;
a tolu p. i. 700, 711, 726; est
toluz pdss. pris. 80.
Ton, 745, 749 ; tes sg. ton 487; ta
487, 567, 748; tes 526.
[Torchier], torcher (un animal qu'on
monte) ; torche pris. 387.
[Torner], tourner ; torne prés. 356.
[Tornoier], tournoyer; tornoie pris.
454; tornoiant part. 450; tornoioit
impf. 440, 1096.
Tost, tôt 6, 88, 157, 298, 459, 472,
485, 864.
Tôt, adj. tout 198, 740, 974, 1075;
tote8i,2o6, 314, 390, 717,732,
748, 926, 11 35; toz sg, 118, 322,
482, 501, 561,602, 1001, 1032;^/.
77, 196, 517, 756, 937, 1028; totes
15, 24, 136, 840, 924.
Tôt, adv. tout 35, 54, 176, 200, 262,
265, 279, 347, 364, 365, 432, 444,
454, 478, 489, 535, 539, 551, 562,
567,628, 662, 670, 724, 754,757,
206
La DamoiSele a la mule
i, 800, 809, s 11. 907, 915, 988,
995, 997, 1063, 1083.
Train, route 259.
[Traire], tirer ; très part. pas*. 96;
trete part pass. 695.
Tranble, s. tremble 932.
Trenehier, trancher 707, 781, 806,
837; tranchant part. bn's. 575;
trenchant part. pics. 739 ; tren-
cherai fut. 577, 5S3 : ai trenchiees
p. i. 840.
Trente, 352; trente et huit
XXXVIII) 975.
Très, très 195, 429, (si très forz>,
989 imout très grant), 1036.
Très, par 35.
Tresliz, adj. tissu de mailles, genre
filet 861.
Trespasser, omettre 771 ; trespas-
sast subj. p. 175 ; avoir trespassé
pass. inf. 770.
Trestot, adj. tout, entier 503, 506,
(S22, 940; trestote 87, 243, 405 ;
trestuit, tous 63, 1019; trestotes
134.
Trestot, adv. tout à fait 952.
Trestuit, v. trestot.
Triste, 76: tristes 323.
Trompe, toupie 442.
Tronc, 588, 621.
Trop, 162, 254, 389, 642, 714, 982.
|Trover], trouver; trueve près. 3p.
236 ; trova p. dèf. 263 ; a trové
p. i. 476 ; a trovee p. i. 239, 403 ;
ot trovees p. i. 1092.
Tu, 48i, 522,528, 531, 561, 563,651,
663, 664, 714, 751, 7 6 °, 7 6 4,^3o,
835, 837, 850, 851, 863, 869, 908;
te 525, 530, 532 (t'), 562, 563, 564,
565, 57 2 , 573, 577, ) 8 4, 611, 638,
639, 640, 649 (t'j, 650(f), 652, 661,
662, 664, 745, 750, 752, 762 (t'),
765, 855, 857, 876.
Tuit, tous 354, 891,935.
[Tuër|, a tué p. i. 887.
[Umelier (s*)l, s'humilier: s'ume-
lient prés. 3<;8.
Un, 20, 93, 404, 420, 427, 436, 478,
|8i. sos, 506. 508, 592, 650, 673,
775. 782, 786, 791, 858, 916, 936;
une 131, 169, 217, 233, 240, 432,
437, 479, 502, 512, 542, 554, 656,
692, 774, 954; unes 866.
Un, pron. 'uni. 571, 679, 799, 1120;
l'uns 818; li uns 101 1.
[Vaintre), vaincre ; vainquist subj. p.
7SS; estoit vaincuz ppf. 779;
refust vaincuz/. d. pas. 785.
Vaïee, vallée, 169, 175, 262, 379,
1043, 1093.
Vassal, 826.
Venir, 0, 39, 327, 464, 623. 672, 720,
808 ; vient prés. 49, 248, 724, 729;
vienent près. 136, 154, 915 ; viegne
subj. 51, 53 ; vien imper. 587, 619;
venez imper. 56, 60, 291 ; veignant
part. 483; venoit impf. 41, 776,
1063, 1070; vint p. d. 19, 169, 262,
391, 481, 897, 899; venist subj. p.
787 ; sui venuz/. i. 610, 981 ; ies
venuz p. i. 525, 528, 908 ; est
venuz p. i. 207, 233, 350, 383, 479,
1043, 1072 ; est venue p. i. 320,
331 ; sont venues /'. i. 270; ont
venu p. i. 843 ; soit venue subj. p. i.
752 ; fu venue p. ant. 73 ; venuz
esteit ppf. 255, 261, 283 ; venu
part. p. 25, 285, 760, 919, 921 ;
venue part. p. 64 ; venues part. p.
29 ; venir a... devenir 6 ; il li vient
nîiaus, il lui vaut mieux, venir de-
vant qu'un 897; bien venu 92 L;
b. veignant 483.
Vent, 201.
Ventaille, partie du casque qui couvre
le menton et la bouche 731.
[Venter], vente près. 200.
Veoir, voir 212, 875; voi 1 près. 566,
613 ; vois 2 près. 863 ; voit ] près.
122, 2i6,245, 283, 373, 400, 407,
464, 490, 504, 537, 723, 1018 ; veez
prés. 75; voient près. 117, 149, 289,
1034 ; voie subj. 230 ; vez impèr.
987; veoit impf. 181; verrai////.
667 ; verre////. 748 ; vit y?, d. 235,
394, 5 14, 919; virent p.d. 37; veïst
subj. p. 300 ; a veù /'. /'. 208 ; veù a
/'. /. 761 ; a veùes />. /'. lOOo ; veù
avoit />//. 1016 ; avoit veùes ppf.
LEXIQUE ET INDEX COMPLET DES FORMES
20'
1 109 : eùst voù subj. ppf. 507 : veùe
part. p. 63.
Veoir. s. verb. aspect.
Vermel. vermeil. 719.
Vermine. 263, 1044.
Vers, prëp. 38, 272, 359. 368, 427,
496, 724, 857, 1004, 1039.
Vertu, courage 725, 801, 821, 883.
Viel . vieux : viez 3, 9, 13 ; vies 16.
Vilain. 506. 514, 993, 1099 : vilains
1. 509, 543, 552, 387, 589, 595,
601, 608, 619, 622, 678, 695, 705,
715, 721, 727. 754, 790, 8_|8, 865.
879 894,910, 913, 943, 948, 961,
990, 1000, 1015 ; pi. 516.
Vis. visage 892.
Voie, 85, 128.206, 229, 255, 389,
422,925,969,999; voies 9. 16, 141.
Voie, fois : totes voies 15 : tote voie
390, 926: v. foiz.
Voir. adv. vraiment. 313, 928, L036.
Voisine, 1057.
Voiz, voix : a haute voiz 296.
Volenté, volonté a. v. 55 >. 5 : ,7.
Volentiers. adv. 538, 345, 495, 618,
661, 1 124.
[Voler], volent près. 813.
Voloirj, vouloir; voil / prés. 104,
329, 393: visas prés. 585, 625, 750,
850; vialt ; prés. 99, 342, 5 5 6, 753.
1 1 30 : viaut s près. 616 : vuet ipris.
492 : voillent prés. 59 : voille s subj.
m, 1 77 : voloie impf. 939 : voloit
86 : voudra fut. 500 : voudroit coud.
448 : vost/\ d. 101, 156, 438, 488 ;
vousist suif p. 85, 191, 278.
Voloir. 5. v. volonté 7 39: faire a son
volcir de qu'un, faire sa volonté de
quelqu'un, disposer de quelqu'un à
sa volonté 906.
Vos. vous 57, 61. 62, 104, 106, 130.
167, 309, 311, 396, 397, 902, 921.
922,926, 929, 957, 971, 972, 973,
974, 97 6 > 977, 9^4, 9 8 5> 1031, 1075,
1077.
Vostre, votre adj. poss. 57, 292, 309,
967, 1084.
Vuel, volonté 302 mon vuel .
INDEX DES NOMS PROPRES
Artu. c. r. 19; Artus, c. s. 21, 282,
1058 : Artuz, 282.
Voyez Th. Pohl, Rom. Forsch. II
576 ff. ; Foerster, Yvain, p. 272.
Cardoil, 22, résidence du roi Artus.
(CarKsle en Cumberlandj.
Voy. Zimmer, Z. /■/>;. S., XII, 237.
Sur d'autres résidences d'Artus voy.
Seilïert, Fin Namenbuch ~ti dru
altfr-. Artusepen, Th. I. p. 4.
Champaigne, 516.
Gauvain (.G. dans le ms.), 341, 518,
819, 918 imonsaignor), 962, 994
1 nions.), 1037; Gauvains, 50, 66,
285, 304, 316, 333, 342, 350, 355,
363, 373, 39°> 4io, 438, 484, 49°>
513, 523, 532, 547, 559, 568, 570,
580, 591, 596, 600, 605, 610, 620,
634, 655, 667, 674, 694, 703, 716
(messire;, 736, 743, 760, 827, 830,
846, 848, 850, 868, 876, 883, 902,
909, 921, 933, 947, 986, 991, 998,
1002, 1014, 1054, 1063, 1070, 1072,
1091, 1113.
Girflez, 286.
Gueherïez, 28o.
Guenievre, 11 16.
Keus, 50, 56, 96, 108, 112, 129, 137,
142,156, 160, 258,293, 321,326,
376, 408.
Loire (fleuve), 392.
Marcel, Saint 510.
Moretaigne, 515.
Païens de Maisieres, 14.
Pantelions, Sainz 666.
Pavie, 279. Cligcs, v. 2500 et 6644.
Yvains (.Y.), 286 imessirej.
14
OUVRAGES CONSULTÉS
qui pourraient se trouver mentionnés avec une indication insuffisante
Editions des textes.
Amis et Amile, p. dans : Nouvelles françoises en prose du xiii c siècle,
p. p. Moland et d'Héricault. Paris, 1856 (Bibliothèque Elzé-
virienne).
Amis et Amile s und Jourdains de Blaives. Zwei Alfrz. Heldengedichte
des Kerlingischen Sagenkreises hgg. v. K. Hofmann. 2 e Aufl.
Erlangen, 1882.
Le Chevalier à l'epée, an old french poem edited by E. Cooke
Armstrong. Diss. John Hopkins Univ. Baltimore, 1900.
Le Chevalier du papegatt, nach der einzigen Pariser Handschrift zum
ersten Mal herausgegeben von Ferdinand Heuckenkamp. Halle
a. S., 1897.
Li chevaliers as deus espees. Altfranzôsischer Abenteuerroman hgg. v.
\Y. Fœrster. Halle a. S., 1877.
Chrétien de Troyes. Philoniena. Edition critique avec Introduction
par C. de Boer. Paris, 1909 (Thèse D. d'U).
Christian von Troyes. Sàmtliche erhaltene Wcrke, hersg. von
Wendelin Fœrster, 4 vol. Halle, 1884-1899.
Le Festin de Bricriu, traduit dans H. d'Arbois de Jubainville. Vêpopée
celtique en Irlande.
Flore und Blanceflor, herausgegeben v. Immanuel Bekker. Berlin,
1844.
The four ancient boohs of Wales. 2 vol., p. p. W. F. Skene. Edin-
burgh, 1868.
Gawein and the Green Knight, éd. dans Madden. Syr Gawayne.
London, 1839.
2 I 2 LA DAMOISELE A LA MULE
Gaweinand the Green Knight, éd. Richard Morris. The Early Englisn
Text Society, n° 4. London, 1864.
Le Grand [d'Aussy]. Fabliaux ou Contes du xiu et du xni e siècles.
Labiés et Roman du xm c . Paris, 1 78 1 .
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